Friday, January 20, 2012

Rapport ya Trevedic

COUR D’APPEL DE PARIS

TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE
DE PARIS

RAPPORT D'EXPERTISE
DESTRUCTION EN VOL DU FALCON 50
KIGALI (RWANDA)

Ordonnance
de Commission
d'Experts
en date du :
Information suivie
contre :
Numéro de
l'Instruction :
Numéro du
Parquet :
Magistrats :
5 janvier 2012
21 avril 2010
Mme Rose KANYANGE
Épouse KABUYE
2272/00/13 & 1341
9729523030
Mme Nathalie POUX
M. Marc TREVIDIC
Vice-Présidents chargés de
l’Instruction
Experts :
Claudine OOSTERLINCK
Daniel VAN SCHENDEL
Jean HUON
Jean SOMPAYRAC
Olivier CHAVANIS
Rapport comportant 314 pages + 24 pages de conclusion numérotées de
C1 à C24 et 1 dossier de 4 annexes
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
SOMMAIRE
0. MISSION........................................................................................................................ 4
1. RAPPEL DES FAITS .................................................................................................... 19
2. LE PROBLÈME POSÉ ET LA DÉMARCHE SUIVIE..................................................... 20
3. ÉTUDE DES PIÈCES DE LA PROCÉDURE ................................................................ 21
3.1 Pièces de la procédure remises avant le déplacement au RWANDA ............... 21
3.2 Pièces de la procédure remises après le déplacement au RWANDA................ 31
4. DESCRIPTION DU TRIREACTEUR FALCON 50 ........................................................ 35
5. CHRONOLOGIE DES OPÉRATIONS MENÉES AU RWANDA.................................... 38
6. DÉTAIL DES INVESTIGATIONS CONDUITES AU RWANDA ..................................... 40
6.1 Relevé topographique .......................................................................................... 40
6.2 Les sites relevés ................................................................................................... 47
6.3 Position des témoins ............................................................................................ 69
6.3.1 Principe de relevé........................................................................................... 69
6.3.2 Synthèse des témoignages............................................................................. 88
6.4 Examen et identification des débris .................................................................... 89
7. DESCRIPTION DES SYSTÈMES D’ARMES ANTI-AERIENS ................................... 102
7.1 Rappel historique sur les missiles ................................................................... 103
7.2 Généralités sur la composition et le principe de fonctionnement ................. 104
7.3 Comparatif entre la poursuite pure et la navigation proportionnelle ............. 108
8. CIRCONSTANCES DE L’ÉVÉNEMENT .................................................................... 175
8.1 Conditions du jour ............................................................................................. 175
8.1.1 Conditions météorologiques ....................................................................... 175
8.1.2 Obscurité ................................................................................................... 176
8.1.3 Date et heure de la destruction de l’avion .................................................. 176
8.2 Données techniques et paramètres de l’avion ................................................ 177
8.2.1 Configuration des réservoirs du Falcon 50................................................... 177
8.2.2 Estimation de la quantité de carburant, de la masse et de la vitesse de l’avion
en finale ..................................................................................................... 178
8.2.3 Trajectoire et type d’approche .................................................................... 178
8.3 Impact du missile et ses conséquences .......................................................... 186
8.3.1 Position de l’avion au moment de l’impact du missile .................................. 186
8.3.2 Le missile .................................................................................................... 193
8.3.3 Explosion de l’avion..................................................................................... 208
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.4 Travaux de l’expert acousticien ........................................................................ 224
8.5 Localisation des zones de tirs possibles ......................................................... 225
8.5.1 L’émission et la détection du rayonnement infrarouge ................................. 225
8.5.2 Performance balistique du missile SA16...................................................... 237
8.5.3 Performances opérationnelles du missile SA 16 : acquisition et accrochage de la
cible ............................................................................................................ 239
8.5.4 Hypothèse de tir 1 : KANOMBE, intersection des chemins
quartier PASUCH........................................................................................ 243
8.5.5 Hypothèse de tir 2 : KANOMBE, cimetière................................................... 245
8.5.6 Hypothèse de tir 3 : MASAKA, pylône ......................................................... 247
8.5.7 Hypothèse de tir 4 : MASAKA, la Ferme...................................................... 249
8.5.8 Hypothèse de tir n° 5 : porcherie ................................................................. 251
8.5.9 Hypothèse de tir n° 6 : KANOMBE, en bas du cimetière.............................. 253
8.5.10 Synthèse sur les hypothèses de tir ............................................................ 255
8.5.11 Perception des événements – Analyse des témoignages .......................... 260
8.5.11.1 Pièces de la procédure remises avant
le déplacement au RWANDA ........................................................ 260
8.5.11.2 Témoins entendus et positionnés sur le site .................................. 260
8.5.11.3 Pièces de la procédure remises après déplacement au RWANDA 286
8.5.11.4 Synthèse des témoignages ........................................................... 287
8.6 Modélisation de la scène ................................................................................... 290
8.7 Détermination de la zone de tir la plus probable ............................................. 300
9. CONCLUSION..............................................................................................................C1
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Nous soussignés,
• Claudine OOSTERLINCK, Expert aéronautique près la Cour d'Appel de CAEN.
• Daniel VAN SCHENDEL, Expert en explosions, explosifs et incendies, près la Cour d'Appel
de Toulouse.
• Jean HUON, Expert en armes, munitions, balistique, près la Cour d'Appel de Versailles,
agréé par la Cour de Cassation.
• Jean-SOMPAYRAC, géomètre-expert.
• Olivier CHAVANIS, ingénieur en armements aéronautiques et pyrotechnie embarquée.
Commis par M. Marc TREVIDIC et Mme Nathalie POUX, Vice-Présidents chargés de
l’Instruction au Tribunal de Grande Instance de PARIS, par ordonnance en date du 21 avril
2010, rapportée ci-après :
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Au cours de nos investigations, plus précisément lors de nos recherches engagées pour
déterminer le lieu de tir des missiles, il nous est apparu nécessaire de nous entourer d’un
spécialiste dans le domaine de l’acoustique. C’est ainsi que nous avons adressé aux
Magistrats Instructeurs un courrier en date du 17 mars 2011, sollicitant l’adjonction d’un
expert acousticien et demandant un report de délai au 30 septembre 2011 :
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Le 29 mars 2011, les magistrats instructeurs rendaient une ordonnance commettant
M. Jean-Pascal SERRE comme expert acousticien. Ce même jour, ces magistrats nous
informaient de l’adjonction de cet expert acousticien au collège d’experts et prolongeaient la
date de dépôt du rapport au 30 septembre 2011 :
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A la suite de nouvelles informations devant être étudiées avant le dépôt du rapport, le
collège d’experts a adressé le 22 septembre 2011, le courrier suivant aux Magistrats
Instructeurs :
Le 3 octobre 2011, les Magistrats Instructeurs nous communiquaient le courrier ci-après,
repoussant la date limite du dépôt du rapport d’expertise au 30 novembre 2011 :
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Par la suite :
- les magistrats instructeurs nous ont remis des auditions de témoins à exploiter avant de
déposer le rapport :
- par soit transmis du 9 novembre 2011, s’agissant des témoignages de Philippe LEIDING,
de Jean COLIGE, du Dr DAUBRESSE et son épouse, de Brigitte DELNEUVILLE épouse
PASUCH, du Dr Massimo PASUCH, pièces cotées D7968, D7982/4, 7 et 8, D7983,
D7987, D7988, D7990 et D7991,
- par courrier électronique du 7 décembre 2011, s’agissant de l’audition du général
Grégoire de SAINT QUENTIN (pièce cotée D7998 – 10 pages),
- l’un des magistrats instructeurs, M. Marc TREVIDIC, a rendu une ordonnance
complémentaire de commission d’expert en date du 22 décembre 2011, en vue
d’exposer les travaux d’expertise aux parties et à leurs avocats, lors de l’acte
d’instruction du 10 janvier 2012 à 14h00 au Tribunal de Grande Instance de PARIS
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1. RAPPEL DES FAITS
Le 06 avril 1994, vers 20h30, le FALCON 50 transportant le président du Rwanda, le
président du Burundi, leurs accompagnateurs et l'équipage, est abattu lors de son approche
en piste 28 de l'aéroport de KIGALI.
Les débris sont tombés à l’intérieur et à proximité de la résidence présidentielle. Tous les
occupants de cet avion sont morts dans le crash.
Photo de presse prise après l'attentat
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2. LE PROBLÈME POSÉ ET LA DÉMARCHE
SUIVIE
Les magistrats instructeurs nous ont communiqués de nombreuses pièces de la procédure,
citées dans la mission, ayant trait aux circonstances de cet événement. Ces pièces ont été
étudiées avant de nous transporter au RWANDA, dans le but de se fixer une démarche pour
les opérations et constatations techniques à réaliser.
Nous nous sommes transportés au RWANDA du 12 au 17 septembre 2010 et avons pris
connaissance de l’environnement, de la géographie des lieux, du relief, de l’aéroport, de la
piste d’atterrissage, de la trajectoire d’approche des avions, mais nous avons également
procédé :
- aux constatations des débris de l’épave de l’avion,
- à l’examen des lieux de tirs possibles cités par des témoins, conformément à la mission,
- aux relevés topographiques des différentes scènes d’investigations,
- aux relevés des positions et des coordonnées des témoins entendus par les magistrats
instructeurs,
- à l’appréciation du moment où l’avion peut être visuellement repéré la nuit et à
l’évaluation du temps d’acquisition et du délai dont dispose le tireur pour une mise à feu.
Les indices matériels recueillis sur le terrain ont représenté des données objectives devant
être analysées pour déterminer le (ou les) lieu (x) possible (s) de tirs, en se référant aux
performances balistiques et aux capacités d’acquisition des systèmes d’armes à guidage
infrarouge sol-air envisageables dans ce contexte.
La synthèse entre l’analyse de ces données objectives et les réalités scientifiques sera la
véritable démonstration à partir de laquelle nous pourrons établir des conclusions.
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3. ÉTUDE DES PIÈCES DE LA PROCÉDURE
Il existait au Rwanda au moment des faits les FAR (Forces Armées Rwandaises) et le FPR
(Front Patriotique Rwandais), mouvement armé d'opposition. Par la suite, il est question des
FGR (Forces Gouvernementales Rwandaises)1. Nous avons extrait des pièces de la
procédure que nous avons étudiées, certains points pouvant avoir un lien direct avec les
circonstances des tirs, dont celui qui a touché l’avion.
3.1 Pièces de la procédure remises avant le déplacement au RWANDA
Note : les documents n'ayant aucun rapport direct avec les circonstances du tir et les
perceptions visuelles et acoustiques des événements survenus, ont été consultés, mais ne
sont pas mentionnés.
Documents examinés
Observations des témoins
concernant les tirs
Témoignage de M. Jean-Luc HABYARIMANA en date du
6 juillet 1994
Cote D 6
Le témoin, qui se trouvait à proximité de la piscine, déclare
avoir vu l'avion où avait pris place son père, touché par deux
missiles. Le premier y a mis le feu, le second l'a fait exploser
en vol.
Déposition de M. Jean-Luc HABYARIMANA en date du 8
octobre 1998
Cote D 45
M. Jean-Luc HABYARIMANA confirme avoir vu deux traces
lumineuses se diriger vers l'avion qui a été touché par le
second et s'est enflammé au niveau de l'arrière du fuselage.
Puis il a explosé.
Le témoin a observé un trait
lumineux qui sans être
vraiment derrière l'avion,
semblait être un peu en biais
par rapport à celui-ci.
Lettre de M. Jean-Pierre MINABERRY
Cote D 179 et suivantes
L'auteur de la lettre est le pilote du Falcon 50 du président
rwandais. Il fait part à son correspondant de ses craintes
d'avoir appris que des missiles SA 7, seraient aux mains du
FPR (Front Patriotique Rwandais).
Note concernant les lance-missiles en date du 6
décembre 1999
1 Les points remarquables sont surlignés en jaune.
Les observations des témoins concernant le site de MASAKA, sont imprimés en rouge et ceux
concernant KANOMBE sont imprimés en bleu.
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Cotes D 196 et suivantes
Un officier rwandais aurait vu les deux tubes lance-missiles
après les tirs. Il s'agirait de missiles russes, marqués :
- 9 322-1-01 sur les tubes,
- 9 519-2 et 9 313-1 sur les poignées,
- date de fabrication 04-87,
- numéros de série 04835 et 04814 sur les tubes,
- numéros de série 3555406 et 5945107 sur les
poignées.
Déposition de M. Augustin MUNYANEZA en date du 20
mars 2000 à 11h00
Cote D 233)
Le témoin est ancien lieutenant des FAR, c'est lui qui a
signalé avoir vu les deux tubes lance-missiles, dont il a pu
déchiffrer les inscriptions, étant russophone.
Déposition de M. Augustin MUNYANEZA en date du 20
mars 2000 à 13h00
Cote D 299
Le témoin déclare avoir eu entre les mains deux tubes
lance-missiles trouvés par la population déplacée entre le 24
ou le 25 avril 1994. Il s'agissait de tubes d'environ 120 mm
de diamètre, de couleur vert kaki, avec des inscriptions en
russe.
Ce matériel n'était pas en service dans l'Armée rwandaise.
Déposition du lieutenant colonel Grégoire de SAINT
QUENTIN en date du 8 juin 2000
Cote D 353
L'officier était assistant militaire technique au Rwanda.
Il se trouvait à son domicile, au camp de Kanombe.
Selon ses déclarations : « j’ai nettement entendu deux
départs de coups que je veux assimiler à un départ de
lance-roquettes. Ces deux coups de départs sont très
rapprochés l’un de l’autre mais pas simultanés. Ensuite, très
rapidement, j’ai entendu une explosion plus importante. Je
me suis rendu immédiatement à une fenêtre et j’ai vu une
boule de feu dans le ciel en direction de l’Est ».
Il s'est rendu sur place et a observé que les débris de l'avion
étaient éparpillés, tant dans la résidence présidentielle qu'à
l'extérieur.
Ses recherches effectuées le lendemain, concernant la
"boîte noire" de l'appareil, sont restées vaines.
Résultat d'une enquête de l'Equipe Internationale
D 1891
Document belge classé "Secret".
L'attentat aurait été perpétré par une équipe issue des FPR
et connue sous le nom de code "Net Work". Elle était
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
composée de dix personnes d'origines rwandaise,
burundaise, ougandaise et zaïroise.
Ils étaient armés de deux missiles SAM et d'un RPG, qui n'a
pas été utilisé.
Renseignements concernant une correspondance de M.
Jean-Pierre MINABERRY
Cote D 1898
La correspondance fait état de la situation politique au
Rwanda et de la présence de missiles.
Annexe I en date du 10 avril 2001
Cote D 2198
Document faisant état de la présence de missiles SA 16 au
Rwanda et en Ouganda.
Album photographique du lance-missile SA 16
Cote D 2223
La photocopie de ce document est inexploitable.
Exploitation de documents
Cote D 2237
Corrélation pouvant exister entre les missiles tirés et les
stocks de l'Armée ougandaise.
Déposition du caporal Mathieu GERLACHE en date du
13 avril 1994
Cote D 2575
Le militaire belge était de permanence radio à l'ancienne
tour de contrôle de l'aéroport de Kigali. Il est sorti pour voir
atterrir un C 130 Hercules et il a vu arriver entre temps un
autre appareil.
Il a aperçu un point lumineux partir du sol et se diriger vers
l'avion dont les feux se sont éteints. Une dizaine de
secondes plus tard, un second point lumineux est parti du
même endroit et a touché l'avion qui a explosé en vol.
Ces missiles ont été tirés à droite de la piste
Feux de l'avion allumés.
Départ missile à droite de la
piste.
Extinction des feux de
l'avion.
Deuxième départ 10
secondes après le premier.
Origine des tirs à droite de la
piste (vu de l'ancienne tour,
face à l'avion en finale).
Direction Sud-Nord.
Déposition du caporal Mathieu GERLACHE en date du
30 mai 1994
Cote D 2590
Le militaire confirme sa précédente déposition
Origine : Camp de
KANOMBE.
Déposition du sergent Philippe LEIDING en date du 30
mai 1994
Cote D 2715
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Le militaire belge se trouvait sur la base "Top gun". Il a
assisté aux deux tirs de missiles et la destruction du Falcon
50.
Origine des tirs non
précisée.
Déposition du caporal Stéphane MEUNIER en date du 30
mai 1994
Cote D 2740)
Le militaire belge a vu deux traces rouges qui se dirigeaient
vers des lumières clignotantes dans le ciel, puis une énorme
explosion et un grand flash.
Localisation : GITARAMA.
Observation de deux traces
rouges se dirigeant vers des
lumières clignotantes dans le
ciel.
Origine des tirs non
précisée.
Déposition du soldat Nicolas MOREAU en date du 3 juin
1994
Cote D 2780
Cette déposition recoupe la précédente.
Le témoin a vu une flamme vive qui a fait une cloche et a
commencé à redescendre, puis il en a vu une seconde et
une cascade de flammes. Une boule de feu percute le sol,
suivie d'une détonation.
Le témoin ne se souvient
plus du nom de l'endroit où il
se trouvait.
Il situe l'origine des tirs "vers
le bout de la piste" (ou audelà
?).
Autres dépositions de militaires belges ou de
ressortissants belges
Cotes D 2569, D 2572, D 2580, D 2577, D 2649, D 2665, D
2667, D 2688, D 2694, D 2719, D 2736, D 2755, D 2763,
Ces dépositions concernent principalement les évènements
qui ont succédé à l'attentat. Elles émanent de :
- médecin-major Daniel DAUBRESSE,
- capitaine Bruno VANDRIESSE,
- adjudant-chef Jean LECHAT,
- médecin-colonel Massimo PASUCH,
- caporal Roan SMARS,
- M. Hong Cam TRAN,
- Mme Marie-Madeleine GERNIERS,
- sergent Yves CORNET,
- caporal Stéphane LAZARON,
- soldat Thierry TAMBOUR,
- soldat Fabrice CANFIJN,
- Jacques BARAS,
La position telle qu'indiquée
par le major DAUBRESSE,
n'a a pu être identifiée sur la
carte.'
Déposition de M. Paul HENRION en date du 21 juin 1994
Cote D 2846
Le témoin qui se trouvait à son domicile à Kigali, avenue des
Grands Lacs, a vu à 20h20, une grande lueur du côté de
l'aéroport, suivie de deux explosions presque simultanées.
Note de synthèse concernant le 6 avril 1994
Cote D 2865
La note reprend les témoignages des militaires belges.
Origine du tir : Camp de
KANOMBE.
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Nouveau témoignage du caporal GERLACHE en date du
30 mai 1994
Cote D 2962
Le militaire mentionne que le camp des FAR se trouvait en
contrebas de son point d'observation ancienne (tour de
contrôle).
L'éclairage de la piste s'est
allumé, puis s'est éteint
après l'accident de l'avion.
Déposition de M. Innocent MARANA en date du 29 août
2001
Cote D 3275
Il a été, fin 1993, le témoin de trois réunions où ont été
définis les préparatifs de l'attentat contre le président
HABYARIMANA.
Il désigne les membres du commando ayant tiré les deux
missiles.
L'un des tireurs lui aurait déclaré que le premier missile avait
raté sa cible et c'est le second qui l'a abattu.
Déposition de M. Innocent MARANA en date du 03
septembre 2001
Cote D 4083
M. MARANA confirme sa précédente déposition et confirme
la présence d'engins qui lui ont été présentés comme des
armes destinées à tirer sur des avions.
Procès verbal de synthèse en date du 1er octobre 2001
Cote D 4116
Synthèse des renseignements recueillis à propos des deux
missiles.
Déposition du caporal Pascal VOITURON en date du 30
mai 1994
Cote D 4967
Le militaire belge confirme le tir de deux missiles dont le
premier a raté sa cible.
Origine des tirs non
précisée.
Procès verbal de renseignements en date du 16 janvier
2002
Cote D 5172
Renseignements fournis par M. Bruno DECOIN, ancien
capitaine de l'Armée de l'Air, détaché au Rwanda :
- le point d'impact du missile sur l'avion se situe à
environ 1 500 / 2 000 m du seuil de piste,
- l'altitude de l'appareil se situait entre 150 et 300
mètres.
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Rapport d'expertise de M. Philippe PLANTIN DE
HUGUES, expert au BEA, en date du 10 avril 2002
Cote D 6036
Analyse des bandes magnétiques de la tour de contrôle.
Rapport d'expertise de M. Bernard GUILLERAND, expert
Cote D 6367
Analyse des bandes magnétiques et transcription des
conversations.
La page 119 (repère 04.06.18.05) mentionne un vol à 130
nautiques.
La page suivante (repère 04.06.18.27) fait état d'une rupture
de contact et de tirs anti-aériens.
Page 121, confirmation de la destruction de l'appareil.
Audition de M. Abdoul RUZIBIZA en date du 4 juillet
2003
Cote D 6617
Le témoin est un ancien officier du FPR et il disait faire
partie d'un groupe chargé de l'élimination de certaines
personnalités et autres basses besognes.
Après une première tentative avortée le 5 avril 1994, l'équipe
dont il faisait partie s'est repositionnée le jour suivant.
Il n'a pas vu les missiles utilisés, mais il s'agirait de SAM 16
provenant d'Ouganda.
Les tireurs avaient été formés en Ouganda.
Le jour de l'attentat, son rôle était de protéger les tireurs.
Le premier tir effectué par Eric HAKIZIMANA a raté sa cible,
mais il a déséquilibré l'appareil.
Le second missile a été tiré par Franck NZIZA, 4 ou 5
secondes plus tard et l'avion a été détruit.
Les sites éventuels de tir de
KANOMBE, MASAKA et
NDERA sont cités.
Audition de M. Abdoul RUZIBIZA en date du 3 juillet
2003
Cote D 6674
Cet ancien capitaine du FPR, réfugié politique en Ouganda il
faisait partie d'un commando d'élimination appelé "Net
Work".
Il indique quels ont été sa formation, sa carrière militaire, ses
missions.
Il connaissait le projet d'attentat contre le président rwandais
et donne les détails de sa préparation.
Il précise qu'aucun européen n'était impliqué dans la
formation des militaires de son unité.
Il savait que cet attentat était le prélude à une reprise des
hostilités et déclare que quatre caches d'armes avaient été
dissimulées, la plus importante renfermant 120 tonnes
d'armement.
Les tirs auraient eu lieu à
partir de MASAKA.
27
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Audition de M. Emmanuel RIZIGANA en date du 29 mars
2004
Cote D 6748
M. RUZIGANA était militaire, membre du commando "Net
Work".
Il était au courant du projet d'attentat et le jour des faits, il
faisait partie d'une équipe de couverture.
Il confirme que les tireurs étaient bien le sous-lieutenant
Franck NZIZA et le caporal Eric HAKIZIMANA. Il indique très
clairement que le lieu du tir était le lieu dit La Ferme à
MASAKA et que les missiles ont été abandonnés sur place.
Audition de M. Aloys RUYENZI en date du 25 mai 2004
Cote D 6749
Ancien militaire, membre du FPR, M. RUYENZI a été témoin
de l'expédition des deux missiles à KIGALI.
Il a aussi été témoin de la réunion préparatoire à l'attentat.
Audition de M. Aloys RUYENZI en date du 26 mai 2004
Cote D 6801
M. RUYENZI de nationalité rwandaise a d'abord servi dans
l'Armée ougandaise avant de rejoindre le FPR, puis le
commando "Net Work".
Cette unité comprenait une trentaine de personnes et était
elle-même cloisonnée en trois groupes.
Le FPR possédait un peu plus d'une dizaine de missiles.
Ceux utilisés pour l'attentat ont été livrés le 22 mars 1994
par le sous-lieutenant Hussene MUSEKERA aux quatre
militaires chargés de leur acheminement à KIGALI.
Les missiles avaient été dissimulés sous un chargement de
bois, dans un camion escorté par le "Minuar" (O.N.U.).
L'entraînement des servants de ces missiles s'est effectué
en Ouganda.
Le témoin n'a pas assisté à
l'attentat.
Audition de M. Thierry KOSINSKI en date du 10
septembre 2007
Cote D 6895
Le témoin est un ancien militaire du NEDEX, actuellement
fonctionnaire au laboratoire Central de la Préfecture de
Police à PARIS.
Il fournit des renseignements techniques sur le missile SAM
16 :
- missile très rapide pouvant atteindre Mach 2,
- technologie "Fire and forget",
- guidage infrarouge,
- il s'autodétruit au bout de 17 secondes,
- portée 3 500 m,
- distance minimum d'emploi 300 m,
Un dossier technique est joint à l'audition.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Procès verbal de synthèse en date du 15 octobre 2008
Cote D 7007
Synthèse des divers témoignages concernant la localisation
des tirs contre la résidence du président; ainsi que des
évènements ayant précédé ou suivi l'attentat.
Les collines de MASAKA et
GASOGI sont citées dans un
document (rapport BARRIL).
La colline de NDERA est
également citée comme lieu
possible du tir.
Procès-verbal d'interrogatoire de Mme Rose
KANYANGE, épouse KABUYE, en date des :
- 18 mars 2009 (Cote D 7036)
- 12 mai 2009 (Cote D 7039)
- 13 mai 2009 (Cote D 7040
- 22 septembre (Cote D 7048)
- 23 septembre 2009 (Cote D 7049)
La personne interrogée répond aux questions concernant
ses relations avec les parties présence à l'époque et le
commando "Net Work". En fait, elle déclare connaître peu
de monde et fait peu de commentaires sur la plupart les
faits.
Rapport d'enquête établi par un comité indépendant
d'experts en République du Rwanda, en date du 20 avril
2009
Cote D 7087
Etude des causes et circonstances de l'attentat.
Il semble établi que les FAR possédaient bien des missiles
sol-air SA 7 et/ou SA 16. Notamment des SA 16 cédés par
la France qui le saurait récupéré au Koweit.
Renseignements sur la trajectoire d'atterrissage, le lieu de
chute et l'origine des tirs (page 15 à 19).
Le rapport conclut que le
Falcon 50 du président
HABYARIMANA a été abattu
à partir du domaine de
KANOMBE, par des
éléments des FAR qui
contrôlaient cette zone
Rapport de l'Académie Militaire du Royaume-Uni
(Université de Cranfield) en date du 27 février 2009
Cote D 7089
Le lieu des faits a été considérablement modifié en 15 ans.
Certaines parties de l'épave sont manquantes.
Visites des lieux entourant l'aéroport.
Analyses des déclarations des témoins.
Croquis du lieu des faits en 1994 (Cote D 7089/55 et
suivantes)
Spécifications techniques du SA 16 (Cote D 7089/57 et
suivantes)
Photos de l'épave en 1994, 2007 et 2009.
Les conclusions du rapport
mentionnent que la
composition du métal du
cône de charge est différente
de celle des débris en
termes de composantes
secondaires et de traces de
métaux, ce qui suggère que
les matières du cône de
charge analysées ne
correspondent pas à la
source des débris.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Note de synthèse en date du 27 juillet 1994
D 7149/3
Le caporal GERLACHE, de garde à la tour de contrôle
(ancienne tour), voit l’avion arriver et un point lumineux
blanc partir du sol. Un second missile part du même endroit
et abat l’avion.
Selon un autre témoin (soldat MOREAU) le missile venait de
la gauche. L’angle de tir était d’environ 70°.
Le capitaine DAUBRESSE mentionne que la direction du tir
serait Sud-Est vers Sud-Ouest.
Origine : Camp de
KANOMBE.
Note de l’Etat-Major de la Force Aérienne Belge en date
du 1er août 1994
Cote D 7154
Descriptions sommaires des SA 7 « Grail », SA 14
« Gremlin », SA 16 « Gimlet », Red Eye et Stinger.
Description des lieux du sinistre.
Plan.
Croquis des lieux avec légendes en néerlandais.
Témoignage de M. Jacques GASHOKE en date du 1er
janvier 1995
Cote D 7156
Le témoin a vu passer un point lumineux rougeâtre qui a
frôlé la queue de l’avion. Un deuxième point suivait, très
proche et il a percuté l’avion, apparemment dans le flanc.
L’avion a immédiatement explosé. La distance entre les
points lumineux était d’environ 50 mètres.
Origine : colline de
MASAKA
Note du ministère des Affaires Etrangères Belge
Carte de la région de l’aéroport
Cote D 7266 et D 7267
Le document mentionne la localisation :
- du camp de militaire KANOMBE,
- de la « Ferme »
- de la résidence présidentielle.
Détermination des zones
probables des tirs.
Note concernant le matériel du FPR en date du 07 juillet
1992
Cote D 7268
La note mentionne les matériels suivants :
- canons de 23 mm, portée 2 000 m,
- canons de 30 mm Oerlikon, portée 3 000 m,
- missiles SA 16, portée 6 000 m,
- missiles SA 7, portée 4 000 m.
Transmission d’informations au procureur du Roi en
date du 12 novembre 1996
Cote D 7278
Vol de deux missiles « Stinger » au SHAPE, matériel
éventuellement envoyé à Kinshasa, puis à Kigali.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoignages relatifs à la présence de ces deux missiles
dans la région.
Témoignage de Mme Joséphine MUKAZITONI, en date
du 19 novembre 1998
Cote D 7280
Le 6 avril 1994, vers 20 heures, le témoin a entendu deux
détonations et a vu deux fusées qui se suivaient monter vers
le ciel.
La situation dans le pays étant devenue très tendue, le
témoin a trouvé refuge au Congo, puis en Belgique.
Témoin positionné à côté du
stade.
Origine non précisée.
Témoignage de M. Tharcisse RENZAGHO, ancien Préfet
de KIGALI en date du 20 mai 1997
Cote D 7288
Destruction de l’avion présidentiel le 06 avril 1994, vers
20h30.
Combats dans la capitale.
Mort de 10 Casques Bleus belges.
Courrier et article de M. Michel RIBARDEY en date du 1er
avril 2010
Cote D 7366
Observations relatives au rapport britannique.
Mention de certaines interventions politiques et du manque
d’indépendance des auteurs du rapport.
Les débris de l’avion auraient servi de cible, avec mention
de la page 9 où nous n’avons rien retrouvé concernant ce
point.
Analyse des témoignages et mise en doute de certaines
versions.
Suspicion sur la compétence des experts en matière de
missiles.
Contestation du point d’impact, de la trajectoire des missiles
et des conclusions du rapport.
Témoignage de M. Daniel DAUBRESSE, médecin
militaire, en date du 13 avril 1994
Cote D2569
Il a entendu un bruit ressemblant au départ d’un missile
léger et vu monter, en regardant en direction de l’Est, de la
droite vers la gauche, un projectile propulsé par une flamme
rouge orange.
En sortant de la maison il a entendu le moteur de l’avion
s’arrêter après une explosion puis une ou deux secondes
après le ciel s’est violemment éclairé au Nord-Est de sa
position.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoignage de M. Massimo PASUCH, médecin
lieutenant colonel, en date du 9 mai 1994
Cote D2577
Il a entendu dans un premier temps un bruit de souffle, puis
a aperçu un éclairage filant orangé. Le souffle a été suivi de
deux détonations et il n’a plus entendu les réacteurs de
l’avion. En sortant de chez lui il a vu une boule de feu
s’écraser sur la parcelle du président.
Il dit qu’entre les détonations et le moment où il est sorti de
chez lui, le ciel était éclairé en jaune orangé.
3.2 Pièces de la procédure remises après le déplacement au RWANDA
Note : les documents n'ayant aucun rapport direct avec les circonstances du tir et les
perceptions visuelles et acoustiques des événements survenus, ont été consultés, mais ne
sont pas mentionnés.
• Soit transmis du 9 novembre 2011
Audition de Mme VAN DEENEN Denise en date du 12
octobre 2011
Cote D7988/3-4-5-6-7-8
Le témoin (médecin militaire) se trouvait au moment des
faits dans la maison du docteur PASUCH. Une grande
fenêtre donnait sur le jardin, côté piste.
Mme VAN DEENEN a entendu une détonation similaire à
celle d'un tir de FNC (*).
Puis elle se souvient qu'il y a eu des tirs avec quelque chose
de visible, d'éclairant dans le ciel de la nuit, elle pense deux
ou trois.
Les bruits lui semblaient proches, de l’ordre d’une dizaine de
secondes. Après ces bruits, dans la foulée il y a eu un bruit
plus puissant dont la lueur était plus puissante, comme une
explosion avec un illuminement et en a conclu que c’était le
résultat de ce qu’elle venait de voir et d’entendre
auparavant.
Assise à la table par rapport à la fenêtre qui donnait sur le
jardin, les tirs venaient de gauche et se dirigeaient vers la
droite. Elle indique les axes de directions supposées des tirs
ainsi que des lueurs sur un plan joint à son audition.
Audition de M. LEIDLING Philippe en date du 11 octobre
2011 (daté par erreur du 11 novembre 2011)
Cote D2717
Le témoin (militaire) se trouvait près de la tour de contrôle
de l'aéroport au lieu dit "Top Gun".
Il a entendu une détonation similaire à celle de l'explosion
d'une grenade. Ses souvenirs sont imprécis.
32
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Audition de M. COLIGE Jean-François en date du 11
octobre 2011 (daté par erreur du 11 novembre 2011)
Cote D2688
Le témoin (militaire) se trouvait dans la villa qu'il occupait à
proximité de l'hôtel Méridien à environ 2 km au Nord-Ouest
de l'aéroport.
Il a entendu une forte détonation, sans pouvoir la localiser.
Le bruit était similaire à l'explosion d'une grenade, il fait une
comparaison avec le bruit de départ d'une roquette tirée
dans un LAW (**) (Light Antitank Weapon).
Ses souvenirs sont imprécis.
Audition de Mme DELNEUVILLE Brigitte, épouse
PASUCH, en date du 20 novembre 2011
Cote D7987
La personne entendue a accompagné son mari (militaire
belge) au Rwanda de 1990 à 1994.
Ils logeaient dans une maison située dans le camp militaire,
qu'elle décrit et dont elle dresse un croquis.
Cette maison se trouvait en bout des pistes de l'aéroport.
Au moment des faits, les fenêtres de la maison étaient
fermées, elle a entendu deux déflagrations puis elle a senti
une odeur d'essence ou de kérosène et vu une lueur.
Le bruit semblait provenir de la vallée, du fond du jardin vers
l’entrée de la maison, il s’agit de la même direction d’où
atterrissaient les avions quand ils passaient au-dessus de
leur maison. Elle ne sait pas préciser la chronologie des
événements mais se souvient que c’était très proche. Elle ne
sait pas affirmer si après ces bruits et éclairage elle a
entendu des bruits d’explosion car c’est trop confus. Elle se
demande si elle n’a pas entendu tirer également.
Sont joints au document :
2 croquis cotés D7987/8/9
Audition de M. Massimo PASUCH, en date du 21 octobre
2011
Cote D7983-2/3/4/5/6/7/8/9/10/11/12/13
Le témoin se souvient d’un premier coup suivi rapidement
d’un deuxième coup et d’un espèce de bruit de souffle sans
pouvoir préciser si c’était le bruit du missile qui montre vers
l’avion ou celui du missile au moment ou il touche l’avion. Il
ne sait pas dire s’il y a eu trois coups. Il a vu une et non
deux traînées partant dans une direction solaire, verticale
inclinée vers la gauche avec certitude. De l’endroit où il se
trouvait, il a été frappé par rapport aux arbres, de l’endroit
d’où cette traînée était partie. En sortant par la baie vitrée de
sa maison, il a vu des traces de filantes qui partaient
presque à la verticale, en oblique vers la gauche vue de son
living. Elles étaient presque en face de lui.
Quand il parle de missile, il veut dire un type roquette ou
missile, ce n’était pas une rafale anti-aérienne. C’était un
coup comme un souffle avec une traînée comme ce qui peut
suivre un missile ou une roquette.
Sont joints 6 croquis
cotés :
D7983/8/9/10/11/12/1
33
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Par contre il ne se souvient plus de la couleur de la traînée
de feu, sinon que c’était comme un feu d’artifice.
M. PASUCH est certain d’avoir entendu en premier deux
coups et c’est ensuite qu’il a vu une traînée ou un restant de
traînée, une ou deux il ne saurait le préciser, mais à
tendance à dire deux sans le jurer.
Après ces souffles de détonations il a aperçu, du côté de la
résidence du président, une boule de feu qui tombait du ciel
vers cette direction, le ciel étant parsemé d’une pluie de
flammèches et a senti une très mauvaise odeur d’essence. Il
précise avoir eu parfaitement en tête la chronologie de cette
séquence lors de son témoignage en 1994, ce qui n’est plus
le cas actuellement.
M. PASUCH ne peut localiser la direction du bruit du souffle,
mais selon lui il provenait du fond du jardin, vallée
NYABARONGO, direction MASAKA. C’est ce qu’il indique
sur son croquis en hachuré comme étant la zone probable.
Il pense avoir entendu le bruit de souffle avant d’apercevoir
l’éclairage filant orangé, mais sans pouvoir le préciser à ce
jour et se demande si le ou les coups qu’il a entendus par la
suite étaient les bruits de l’impact sur l’avion. Il dit quand
même que le bruit de souffle et l’éclairage filant provenaient
de la même direction, celle indiquée sur son croquis.
Audition de M. Ghislain DAUBRESSE, en date du 26
octobre 2011
Cote D7968-2/3/4/5/6/7/8/9/10
Le témoin se trouvait chez le Docteur PASUCH, résidence
située à l’extrémité de la bas de KANOMBE, dans le
prolongement des pistes. Il avait la piste dans le dos et la
colline de MASAKA face à lui.
Il était en train de dîner dans une pièce avec grande baie
vitrée du sol au plafond qui donnait sur cette colline. Il faisait
beau et clair, sans vent particulier.
Il ne se souvient plus s’il a entendu un bruit mais quelque
chose a attiré son attention et de son siège a vu d’abord une
puis une deuxième traînée lumineuse qui montait dans le
ciel un peu à l’image d’une belle traçante mais en plus gros.
Il a pensé à un tir accidentel de RPG7 mais au vu de la
deuxième traînée a pensé que ce n’était pas accidentel. Le
ciel s’est éclairé et a pensé à l’avion de ses collègues
Belges qu’il attendait qui avait été abattu.
Quelques secondes, trois à quatre, se sont écoulées entre
les deux traînées qu’il estime avoir vues à une distance de
l’ordre du kilomètre, mais sans toutefois être précis. Il en
indique par contre formellement la direction en dessinant sur
un plan un faisceau représentant son angle de vision ce soir
là. Les traînées allaient de droite à gauche avec un angle
d’ascension de 60 degrés environ, sachant que le deuxième
tir lui semblait plus vertical que le premier. Elles venaient de
la direction de la colline de MASAKA, soit de la colline ellemême,
soit de devant par rapport à son champ de vision.
Sont joints 5 photographies
cotées D7968-5/6/7/8/9/ et 1
croquis D7968/10
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
(*) La FNC est un fusil d'assaut belge de 5,56 mm. La détonation au départ du coup est similaire à
celle d'une arme de même type (FAMAS, M 16, etc).
(**) Le LAW ou M 72 (orthographié LOW dans le P.V.) est un lance roquette anti-char américain à
usage unique. Son usage et sa portée réduite, le rendent incompatible avec les circonstances des
évènements.
• Courrier électronique du 7 décembre 2011
Audition du général Grégoire de SAINT QUENTIN,
en date du 7 décembre 2011
Cote D7998 (10 pages)
Ce témoin indique qu’au moment des faits il se trouvait
dans sa résidence entre 100 et 200 mètres des trois
maisons des médecins belges alignées, sur une
parcelle appelée aussi quartier des officiers. Sa maison
se situait plus à l’intérieur du camp de KANOMBE que
les maisons des coopérants belges.
Sur une photographie (cote D7999) et un plan de cette
zone (D8000), il a repéré les maisons des médecins
belges et la sienne.
Il confirme avoir entendu « les deux départs de coups
assez rapprochés », sans qu’il puisse dire s’il s’agit
« d’une arme anti-aérienne ou une arme de tir à terre ».
Après ces départs de coups, il a entendu une explosion
plus importante et s’est rendu à la fenêtre. Sur les deux
premières détonations, à la question posée par les
magistrats instructeurs, il a répondu : « je me réfère à
mon « catalogue », dans la mesure où j’ai entendu pas
mal de départs de coups dans ma vie. Je dirais entre
500 et 1000 mètres. C’était suffisamment proche pour
que je crois qu’on attaquait le camp. »
Sur la première explosion il déclare : « avec les
flammes, j’aurais dit 500 mètres. Je ne peux dire
l’endroit d’où provient cette plus forte explosion ».
Il indique qu’il a pu y avoir « 2 ou 3 secondes entre les
deux premières détonations et 5 à 10 s entre la
deuxième détonation et l’explosion ».
Est joint 1 croquis coté
D8000 et une
photographie cotée D7999
35
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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4. DESCRIPTION DU TRIRÉACTEUR FALCON 50
Dassault-Aviation a lancé en 1974 l’étude du Falcon 50 pour répondre à la demande
américaine d’un avion à long rayon d’action. L’avion effectue son premier vol le 7
novembre 1976. Il est équipé en 1977 d’une aile à profil « supercritique », présentant
des performances aérodynamiques améliorées ; le Falcon 50 se place alors en
pointe de l’état de l’art de l’époque.
Le Falcon 50 est équipé de trois réacteurs Allied Signal TFE 731 (ex-Garrett) de 3
700 livres de poussée, placés à l’arrière du fuselage, soit deux latéraux et un central.
Par convention, les moteurs sont numérotés de droite à gauche vus de la place
pilote, soit 3-2-1, c’est la dénomination que nous utiliserons au cours du présent
rapport.
Un groupe auxiliaire de puissance (APU – Auxilary Power Unit) est installé dans le
cône de queue ; il s’agit d’un turboréacteur de faible puissance destiné à assurer le
démarrage des moteurs, la génération électrique et le conditionnement d’air avant la
mise en route des moteurs.
La cabine est habituellement équipée de huit sièges, mais elle peut accommoder
jusqu’à 19 sièges. On a la certitude que l’aménagement du 9XR-NN était supérieur à
huit sièges, puisque douze occupants y avaient pris place le jour des faits.
Le Falcon 50 est conçu et certifié pour être piloté par un équipage composé de deux
pilotes ; néanmoins l’équipage de l’avion présidentiel comportait un « troisième
homme » : le mécanicien de bord. Tous trois ont péri dans l’accident.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Caractéristiques et performances du Falcon 50
DIMENSIONS EXTERNES
Envergure 18,86 m
Longueur 18,52 m
Hauteur 6,98 m
DIMENSIONS INTERNES
Hauteur Cabine 1,8 m
Largeur Cabine 1,86 m
Volume soute à bagages 2,55 m3
MASSES
A vide 9163 kg
Masse maximale au décollage 17 600 kg
Capacité carburant 8 763 l (7 040 kg)
PERFORMANCES
Vitesse maximale Vitesse de croisière maximum à 31 000 ft (9450 m) :
870 km/h
Rayon d'action ou distance
franchissable
5 830 km
MOTEURS 3 réacteurs Allied Signal (Garrett) TFE 731-3 3 X 1
680 kgp
Plan 3 vues du Falcon 50
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Certifié le 27 février 1979, le Falcon 50 a connu une longue carrière, prolongée par
une nouvelle version capable de voler plus haut, plus vite et plus loin : le Falcon 50
EX (« Extended Range »).
En France, l’Escadron de Transport, d’Entraînement et de Calibration (ETEC) basé à
Villacoublay utilisait en 2010 quatre Falcon 50, principalement pour le transport
d’autorités gouvernementales ; ces appareils effectuent également des missions
d’évacuations sanitaires et humanitaires.
Le 9XR-NN
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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5. CHRONOLOGIE DES OPÉRATIONS MENÉES
AU RWANDA
Lors de notre déplacement au Rwanda, les opérations que nous avons menées sont
résumées ci-après :
Dimanche 12 septembre 2010
Matin : Réunion à la Cour Suprême en présence des autorités rwandaises, des
magistrats, experts et policiers français (DNAT, Identité judiciaire), des
représentants des parties et des experts britanniques.
Après-midi : Reconnaissance générale des lieux où se dérouleront les opérations.
Soirée : Synthèse du travail de la journée.
Lundi 13 septembre 2010
Matin : Briefing avec les magistrats.
Visite de l'ancienne tour de contrôle à l'aéroport (zone militaire).
Déplacement à l'ancienne résidence présidentielle.
Examen de l'épave de l'appareil.
Après-midi : Déplacement sur les lieux des différents check-points existant dans
les zones supposées des tirs au moment des faits :
- Route de Masaka.
- Carrefour route de N'Dera.
- Usine Gutanite.
- Ferme Cebol à Masaka.
Retour à l'ancienne tour de contrôle pour assister à un atterrissage.
Réunion avec les magistrats pour fixer le programme de la semaine.
Soirée : Synthèse du travail de la journée.
Mardi 14 septembre 2010
Matin : Etude de l'axe d'arrivée et de l'altitude de l'avion sur les cartes.
Visite des sites du camp militaire de Kanombe (anciennes résidences des
coopérants, hôpital militaire).
Déplacement à l'ancienne résidence présidentielle pour assister à des phases
d'approches pour l'atterrissage.
Après-midi : Audition de témoins en plusieurs lieux :
- Hôpital militaire.
Observation d’un atterrissage de nuit.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Soirée : 22H00. Déplacement à l'ancienne résidence présidentielle (près de la
porcherie) pour assister à une phase d'approche.
Synthèse du travail de la journée.
Mercredi 15 septembre 2010
Matin : Travail sur le dossier.
Visite des sites de N'Dera, Roussororo, maison communale de Nyarugunga.
Après-midi : Travail sur le dossier.
Visite du site de Rutongo à 20 km environ au Nord-Est Kigali, altitude 1 873
m.
Retour à la maison communale de Nyarugunga, phase d'approche de nuit.
Soirée : Synthèse du travail de la journée.
Jeudi 16 septembre 2010
Matin : Nouvel examen de l'épave.
Prises de mesures, photos, retournement de la dérive à l'aide d'un
engin de levage.
Après-midi : Usine Gutanite.
Masaka (village, ferme Cebol), phase d'approche de jour
Kikukiro (papyrus).
Retour à Masaka, ferme Cebol, phase d'approche de nuit.
Soirée : Kanombe, cimetière militaire (phase d'approche de nuit).
Vendredi 17 septembre 2010
Matin : Synthèse du travail de la veille.
Réunion informelle entre experts avec participation des deux experts anglais
et des avocats.
Réunion au Ministère de la Justice avec le Ministre rwandais de la Justice, le
vice-président de la Cour Suprême, le procureur général, de l'Ambassadeur
de France, les magistrats français, les avocats, les experts et en présence de
la presse nationale et internationale. Les autorités rwandaises remettent
officiellement aux magistrats français un certain nombre de documents.
Après-midi : Aéroport.
Audition d'un témoin contrôleur aérien :
Camp de Kanombe.
Audition d'un témoin
Colline de Masaka.
Cette colline se trouve à l'est/sud-est de la ferme Cebol. On y accède par
plusieurs chemins. Á son sommet (altitude 1 550 m env), on trouve une
chapelle et quelques constructions.
Il y a là une excellente visibilité. C'est l'endroit idéal pour un guetteur.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au lieu dit Remera 3, d'où un
témoin aurait entendu quelque chose.
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6. Détail des investigations conduites au
RWANDA
6.1 Relevé topographique
6.1.1 Méthodologie pour le relevé topographique
6.1.1.1 Préambule
La zone d’étude est immense ; elle représente une longueur de 20 km environ sur une
largeur de 10 km.
Ainsi et afin d’avoir une bonne définition de la scène, il a été proposé d’effectuer des relevés
topographiques sur les zones sensibles et de les relier entre eux dans le même système de
coordonnées afin d’avoir une vue d’ensemble.
6.1.1.2 Les appareils utilisés
LE TACHEOMETRE ELECTRONIQUE
La représentation en plan d’une zone à lever nécessite une prise de
mesures sur le terrain.
Nous disposons de plusieurs type d’appareils topographiques et avons
pour cette mission retenu le tachéomètre électronique type TCRP
1202 qui se situé dans la gamme la plus précise et la plus fiable chez
le constructeur leader du marché LEICA GEOSYSTEMS.
LA PRECISION
Les caractéristiques techniques sont les suivantes :
- Précision angulaire 0,3mgon
- Compensateur : 0,2mgon
- Distance : 1mm + 1,5ppm
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Les distances les plus longues mesurées sur le site avoisinaient les 300m, soit des
précisions intrinsèques :
- Précision en longueur de 4.5mm
- Précision angulaire de 2,5mm
- Précision de calage etc. 3mm
Soit une précision planimétrique brute par point relevé de 7,1 mm.
PRINCIPE DE RELEVE
Le tachéomètre électronique relevé et stocke sur une carte mémoire les informations
suivantes :
• numéro du point relevé,
• la distance oblique entre l’axe des tourillons de l’appareil et le prisme situé à la verticale
du point à relever,
• l’angle horizontal,
• l’angle vertical,
• une codification personnifiée permettant d’identifier le point relevé.
Le principe du relevé tachéométrique est le suivant :
Un opérateur vise le prisme depuis l’appareil qui est tenu par une personne située sur le
point à déterminer (B).
L’appareil mesure la distance oblique entre l’axe de l’appareil (A) et le prisme (B), l’angle
horizontal et l’angle vertical.
La hauteur du prisme par rapport au sol est mesurée ainsi que la hauteur d’appareil et toutes
ces informations sont automatiquement stockées dans la mémoire de l’appareil.
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Calcul des coordonnées planimétriques
Schéma de principe
A partir d’un point « A « qui sera stationné ( connu dans un système de coordonnées ), il
sera visé un point « B » le plus éloigné possible qui servira de référence pour l’ensemble du
lever.
Les points « A » et « B » étant déterminés en coordonnées, il est facile de calculer le
gisement de B par rapport à A, c'est à dire l'angle que forme la direction AB par rapport au
Nord depuis A, soit sur le schéma Hc.
Hc = arctan ((Xb - Xa) / (Yb - Ya))
La station sera dite orientée et il sera possible lorsque le chef de brigade se positionne avec
le prisme sur le point « V » de mesurer depuis la station « A » l’angle horizontal, l’angle
vertical et la distance oblique jusqu’au point « V » à déterminer.
Le calcul en coordonnées rectangulaires sera effectué comme suit :
Xv = Xa + Dh x sin (H0+Hv)
Yv = Ya + Dh x cos (H0+Hv)
Dh correspond à la distance horizontale entre le point A et le point V.
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Lorsque certains points à relever ne sont pas visibles depuis une station, il est nécessaire de
se déporter et de créer une autre station sur laquelle viendra se positionner l’appareil pour
viser ce point.
Ainsi le lever s’étoffera au fur et à mesure de la création des stations qui seront reliées entre
elles suivant un cheminement topographique.
Schéma d'un cheminement
Le calcul du cheminement planimétrique amène à constater toujours un écart à l’arrivée
entre le point calculé et le point déjà connu en coordonnées
Si l’écart est dans les tolérances, une compensation est appliquée proportionnellement à
toutes les stations afin de rendre le relevé le plus homogène possible.
Calcul de l’altitude d’un point
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Visée directe (on stationne un point connu et on vise un point inconnu pour déterminer son
altitude).
- Visée ascendante Alt B = Alt A + Ha - Hp + (Delta H)
Pour des visées de distances plus longues il faut tenir compte de deux erreurs
systématiques dont l'influence ne peut être négligée : l'erreur due à la sphéricité terrestre et
l'erreur due à la réfraction atmosphérique. Chacune de ces deux erreurs peut être corrigée
séparément. Leur correction globale est appelée correction de niveau apparent. Cette
correction est appliquée à la dénivelée, elle est toujours positive quand on stationne le point
connu en altitude et négative quand la station n'est pas connue en altitude.
La réfraction : Le trajet optique du rayon lumineux issu du théodolite n'est pas linéaire. Il est
incurvé vers la terre par le phénomène de réfraction atmosphérique : on peut assimiler
l'atmosphère à une
succession de
couches de densité
différentes
décroissantes du sol
vers la haute
atmosphère, le rayon
lumineux subit alors
une déviation vers le
sol en chaque point
de sa trajectoire.
La sphéricité : Les
surfaces de niveau
terrestres ne sont pas
planes. Localement,
elles peuvent être
assimilées à des
sphères. Cette
"sphéricité" de la terre
induit des erreurs lors
d'une visée de
nivellement indirect.
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Cette correction est négligeable à courte distance mais doit être appliquée dès que la
distance mesure plusieurs centaines de mètres.
A titre d’exemple, une visée de 300 m entraîne une correction de niveau apparent de 6
millimètres.
La codification
En plus de ces données géométriques, l’opérateur indique suivant une codification interne au
cabinet la nature des points relevés ( angle de bâtiment, trottoir, mur, arbre,…)
Ainsi après
traitement
informatique,
lorsque le logiciel
reconnaît le code
symbole désignant
l’objet, il le dessine
automatiquement (
exemple lorsque le
point calculé est
suivi du code 189 ,
le logiciel
représentera un
arbre)
LE GPS
Afin de relier les divers sites relevés entre eux, il a été utilisé
le GPS type Leica SR 530
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LA PRECISION
Le GPS comprend deux éléments :
• un GPS faisant office de pivot qui généralement est positionné sur un trépied
• un GPS mobile, porté par l’opérateur, qui se positionne sur le point à déterminer.
Ce GPS assure une précision de relevé sur le point de +- 2 cm en planimétrie et de +- 5 cm
en altimétrie lorsqu‘il est mis en oeuvre un pivot permettant à l’aide d’une liaison radio de
communiquer avec le GPS mobile.
Malheureusement sur place, la liaison radio n’a pas fonctionné et nous avons été obligé
d’utiliser uniquement le GPS mobile pour déterminer dans le système WGS 84 les
coordonnées des points relevés.
La précision diminue, mais par souci de contrôle et de cohérence nous avons relevé pour
chaque zone importante plusieurs points afin de les comparer avec ceux relevés par
méthode tachéométrique et en déterminer la moyenne et les écarts.
PRINCIPE DE RELEVE
L’opérateur se positionne sur le point à déterminer et vérifie avant de déclencher la mesure
le nombre de satellites présents (une moyenne de 8 satellites) afin d’avoir une bonne
détermination sur le point à relever.
Tenant compte du fait que la radio n’a pas fonctionné, la précision planimétrique et
altimétrique est de +- un mètre.
6.1.3 Calculs systèmes de coordonnées
Le transfert des données issues du GPS vers un ordinateur se fait automatiquement.
Le GPS donne pour le point à déterminer la longitude et la latitude dans le système WGS84.
Les coordonnées géographiques sont ensuite transformées en coordonnées planes suivant
la projection cylindrique conforme de Gauss-Krüger dans le système UTM 36S (Universal
Transverse Mercator).
Paramètres de projection de la projection conforme de Gauss-Krüger:
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Origine des coordonnées:
méridien central 30° E x = 500 000
équateur y =10 000 000
Après avoir récupéré dans un logiciel dédié les coordonnées polaires des points issus du
relevé à l’appareil et la codification associée, les points seront calculés dans un système
indépendant en coordonnées rectangulaires( X,Y,Z) puis une translation sera effectuée pour
amener le lever dans le système GPS et ainsi avoir tous les relevés dans le même système.
6.2 Les sites relevés
L’intervention sur site a eu lieu du 13 au 17 septembre 2010, accompagné de Monsieur
COUGNENC, technicien géomètre du cabinet SOMPAYRAC. Ces travaux topographiques
ne pouvaient être réalisés qu’avec l’aide d’une autre personne.
Après avoir récupéré le dimanche les appareils topographiques qui avaient été acheminés
par la valise diplomatique, nous avons, avec les autres experts judiciaires, visité les
principaux sites afin d’avoir une vision globale de l’ensemble de la scène et de la région.
6.2.1 La villa présidentielle
Le but du relevé
La villa présidentielle a été une zone importante à relever car c’est à proximité immédiate
que l’avion présidentiel s’est écrasé sur le sol, des débris aboutissant à l’intérieur de
l’enceinte de la résidence présidentielle. Nous avons constaté que des débris, bien que
déplacés, sont toujours visibles. Ils ont été relevés. Plusieurs témoins se trouvaient dans la
villa au moment de l’explosion de l’avion.
Madame Agathe HABYARIMANA, a travers la fenêtre du salon, a aperçu des « éclats de
lumière » qui tombaient dans le jardin. M Jean-Luc HABYARIMANA sortait de la piscine. Il
estime que le Falcon était à environ 500 m à vol d’oiseau de la résidence. Il indique que les
débris enflammés sont tombés dans l’enceinte de la résidence « du coté des garages et
derrière le mur ».
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Après l’explosion, un croquis repérant les débris a été dressé par les gendarmes belges
(cote D 7154/5). Il était donc important de relever tout cet environnement extérieur de la villa
présidentielle.
Relevé terrain
Les 13 et 14 septembre 2010, nous avons procédé au relevé de la zone située entre le mur
d’enceinte de la résidence présidentielle et l’arrière de la villa.
Tenant compte de l’encombrement, il a été nécessaire à l’intérieur de l’enceinte de faire
plusieurs stations pour relever les arbres importants, les piscines, les bordures de trottoir, les
candélabres, le nu extérieur des murs de la villa présidentielle, le hangar,…
Nous avons positionné une station sur le mirador pour relever la zone située au-delà de la
clôture ceinturant la villa présidentielle et faire ainsi la liaison avec le lever précédent.
Depuis cet endroit, il a été facile de relever la position des débris de l’avion et
l’environnement immédiat.
Traitement bureau
Le relevé de cette zone a été effectué à l’aide de 4 stations que nous avons reliées entre
elles à l’aide des visées réciproques; un calcul de cheminement a été effectué et les points
de détails calculés dans un système de coordonnées indépendantes.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Ayant déterminé par GPS des points caractéristiques, nous avons pu faire la transformation
pour insérer ce relevé dans le système GPS .
Le tableau ci-dessous montre une précision de recalage de 60 cm en planimétrie et de 70
cm en altimétrie.
Photographies
Station sur le
mirador au droit du
mur d’enceinte
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Façade de la villa présidentielle avec le balcon
depuis lequel Madame Agathe HABYARIMANA a vu les débris de l’avion en flammes.
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Extrait du plan
Ci-dessous l’extrait du plan de la villa présidentielle (2010049_4908 Topo Pièce N° 3 Indice
3 octobre 2011).
Sont reportés les divers éléments relevés, représentés en traits pointillés mauves et la
position de l’axe de la piste d’atterrissage.
6.2.2 La piste d’atterrissage de l’aéroport de KIGALI
Le but du relevé
La piste d’atterrissage sera le référentiel de tous les relevés qui seront effectués.
Un avion atterrit aux instruments suivant un guidage automatique et constant (Instrument
Landing System ILS) ; ce n’est qu’aux dernières secondes que le pilote reprend les
commandes pour finaliser l’atterrissage.
Afin de déterminer cet axe et l’I.L.S, la piste devait être relevée.
De plus, il était nécessaire de relever l’ancienne tour de contrôle, le hangar hélicoptères, la
nouvelle tour de contrôle, de localiser « Top Gun », et trois témoins : M. GERLACHE
MATTHIEU, M. NSENGIYUMBA THEOGENE et M. NTWARANE ANASTASE.
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Relevé terrain
Cette zone a été relevée en plusieurs fois :
• relevé de l’ancienne tour de contrôle et de l’environnement immédiat, dont le camp "TOP
GUN" les 13 et 14 septembre 2010;
• relevé de la piste d’accès au hangar hélicoptères le 14 septembre 2010 ( le Falcon
présidentiel stationnait à cet endroit);
• relevé de la piste principale à partir de plusieurs stations positionnées le long de la piste
pour déterminer ses caractéristiques géométriques les 16 et 17 septembre 2010.
• relevé de la position de trois témoins, M. GERLACHE MATTHIEU, M. NSENGIYUMBA
THEOGENE et M. NTWARANE ANASTASE.
Nous avons observé l’atterrissage de plusieurs avions et avons relevé le contact des roues
sur la piste.
Traitement bureau
Un cheminement polygonal a été effectué et nous avons pris pour contrôle au droit de la
piste des points caractéristiques au GPS et à l'appareil.
Ayant déterminé par GPS des points caractéristiques, nous avons pu faire la transformation
pour insérer ce relevé dans le système GPS .
Le tableau ci-dessous montre une précision de recalage de 0,60 m en planimétrie et de 1,60
m en altimétrie.
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Photographies
Prise du point de l’angle de piste au
GPS et à l’appareil
Atterrissage d’un avion
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Hangar hélicoptères
Extrait du plan
Ci-dessous l’extrait du plan de l’aéroport de Kigali (2010049_4908 Topo Pièce N° 2 Indice 2
octobre 2011).
Sont reportés la piste, les divers bâtiments, ce qui est calculé et représenté en mauve l’axe
de la piste que l’on retrouvera sur tous les autres documents.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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6.2.3 La maison communale
Le but du relevé
La « maison communale » est située à flan de colline bien avant la villa présidentielle et
pratiquement à l’aplomb des avions en phase d’atterrissage. De plus un témoin, M.
GASHOKE JACQUES, positionné à cet endroit déclare avoir vu l’explosion de l’avion en vol.
Il était donc nécessaire de relever l’environnement.
Relevé terrain
Suite au transport sur les lieux, nous avons relevé les principaux bâtiments constituant le lieu
dit « la maison communale ». Une dénivelée assez importante entre les bâtiments est à
remarquer
Traitement bureau
Il a été mis en place une seule station située au niveau d’un petit muret pour avoir une
visibilité des bâtiments existants au droit du parking existant ainsi que ceux situés en
contrebas
La précision pour le recalage de cette partie est d'environ 1,2m à cause des grands arbres.
Après traitement, nous avons établi le plan désigné Topo Pièce N°4 : « PLAN MAISON
COMMUNALE DE KANOMBE QUARTIER NYARANGUNGA ».
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Photographies
Vue du parking
Extrait du plan
Ci-dessous l’extrait du plan de la maison communale de KANOMBE QUARTIER
NYARANGUNGA (2010049_4908 Topo Pièce N° 4 Indice 2 octobre 2011). Sur ce document
sont reportés les bâtiments relevés composant l’îlot de la maison communale. Il a été
reporté également la villa présidentielle et l’axe de la piste afin de pouvoir localiser en vue de
dessus cette zone.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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6.2.4 Lieu dit « La Ferme » MASAKA
Le but du relevé
Selon des témoignages, deux tubes lances missiles ont été retrouvés dans des champs non
loin du lieu dit "La Ferme". Cette zone est décrite comme pouvant être un des endroits
probables de départs des missiles. Nous nous sommes transportés sur les lieux le 16
septembre 2010.
Relevé terrain
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Après avoir relevé quelques points singuliers dans l’usine GUTTANIT, nous nous sommes
transportés au lieu dit « La Ferme » qui se trouve à proximité.
A partir du carrefour après l’usine de Guttanit, nous avons pris à droite une piste qui, après
avoir traversé un fond de vallée, remonte légèrement vers un point d’eau. A l’est de ce point
d’eau, à 20 m environ de la piste, se trouve un bâtiment en ruine supposé correspondre au
lieu dit « la Ferme »
Nous avons mis en place une station en bordure de piste sur le haut du talus afin de
disposer d’une bonne visibilité pour relever ce bâtiment et quelques points de niveau
jusqu’au ruisseau en fond de vallée.
Nous en avons profité, en nous rapprochant de l’usine de GUTTANIT, pour relever quelques
points en fond de vallée, les murs d’un bâtiment formant un corps de ferme, ainsi qu’un
pylône électrique situé au-delà.
Traitement bureau
Ayant déterminé par GPS des points caractéristiques, nous avons pu faire la transformation
pour insérer ce relevé dans le système GPS.
Le tableau ci-dessous montre une précision de recalage de 32 cm en planimétrie et de 60
cm en altimétrie.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Photographies
Le bâtiment « La
Ferme » situé à
gauche du point
d’eau
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Extrait du plan
Ci-dessous, l’extrait du plan de la ferme
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6.2.5 Lieu dit « KANOMBE »
Le but du relevé
Dans l'enceinte du camp militaire et de l’hôpital de KANOMBE, se trouvaient plusieurs
témoins. Certains d’entre eux ont appuyé leurs dires sur des éléments physiques sur le
terrain, d'où la nécessité d’effectuer un relevé, ce qui fait l’objet du chapitre suivant 6.3. De
plus, cette zone est décrite comme pouvant être un des endroits probables de départs des
missiles.
Relevé terrain
Le 14 septembre 2010 nous avons relevé la zone de KANOMBE telle qu‘elle nous avait été
présentée par les personnes en place.
Il s’agit d’un cimetière situé à l’extrémité Est du camp militaire de KANOMBE.
La zone relevée est située à l’extrémité Est du camp de KANOMBE ; elle est délimitée coté
Sud et Ouest par un grillage qui la sépare d’un chemin, au Nord Ouest par un bois assez
clairsemé. Entre ce bois et la fin du chemin d’accès, se trouve le cimetière. Ce dernier
n’existait pas le 6 avril 1994 au moment des faits.
62
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
La clairière est la zone potentielle indiquée par les témoins pour être une zone de départ des
missiles.
Nous avons relevé, à l’appareil dans un premier temps, la zone côté cimetière en revenant
vers l'hôpital, puis, dans un deuxième temps, une zone située à l’intérieur de l'hôpital militaire
de KANOMBE. Ces deux phases ont été rattachées par la suite grâce au GPS.
Ultérieurement, il nous a été demandé de relever la position de plusieurs témoins,
M. NSENGIYUMVA THARCISSE (Témoin N°2), M. SIBORUREMA SILAS (Témoin N°3)
situés dans l’enceinte de l’hôpital ainsi que M. TURATSINZE SAMSON (Témoin N°10) situé
dans l'enceinte du camp militaire de KANOMBE. Des relevés complémentaires d’une zone
dans le lotissement existant, entre le cimetière et l’hôpital, ont été effectués afin d’essayer de
localiser les maisons du Lieutenant Colonel Grégoire de SAINT QUENTIN et du Lieutenant
Colonel PASUCH.
Traitement bureau
Ayant déterminé par GPS des points caractéristiques, nous avons pu faire la transformation
pour insérer ce relevé dans le système GPS .
Le tableau ci-dessous montre une précision de recalage de 33 cm en planimétrie et de 110
cm en altimétrie pour le relevé concernant l’hôpital de KANOMBE et une précision de
recalage de 51 cm en planimétrie et de 33 cm en altimétrie pour le relevé concernant le
cimetière de KANOMBE.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Photographies
Vue de la piste menant au cimetière de KANOMBE
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Le cimetière de KANOMBE
L’hôpital de KANOMBE
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Extrait du plan
Ci-dessous l’extrait du plan de KANOMBE (2010049_4908 Topo Pièce N° 16 Indice 2
octobre 2011)
6.2.6 Lieu dit « RUTONGO »
Le but du relevé
Le soldat Nicolas MOREAU ( D2780) situé à proximité du couvent de RUTONGO a été
témoin de l'attentat.
Le couvent de Rutongo est situé à 21.2 km du point d'impact du missile au sommet d'une
colline qui domine toute la plaine et permet d'avoir une vue d'ensemble de toute la scène.
Relevé terrain
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Le 15 Septembre, nous nous sommes transportés sur les lieux pour relever au GPS la
position approximative du témoin, relever le mur de clôture situé en limite de la zone en
espace vert.
En l'absence du témoin et d'éléments précis, les points relevés permettent de localiser la
zone d'observation très éloignée du point d'impact.
Photographies
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Conclusion sur les relevés de terrain
Le relevé des zones effectué à l’appareil est assuré pour une précision de +- 2 cm sur le
point.
Tenant compte du fait que la radio GPS n’a pas fonctionné, nous avons relevé pour chaque
zone importante les écarts constatés entre la détermination d’un point à partir de l’appareil et
à partir du GPS.
La moyenne de ces écarts permet de préciser que les relevés effectués sur site sont
assemblés entre eux suivant une précision planimétrique de 45 cm et une précision
altimétrique de 85 cm
(2010049_4908 Topo Pièce N° 1 Indice 4 octobre 2011)
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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A partir de ces relevés géolocalisés, il sera donc possible d’établir tous les plans souhaités.
Parallèlement, il a été digitalisé une partie de la carte : OP LANCE (UNAMIR II) Région de
Kigali à l’échelle 1/50 000 e.
La digitalisation n’a porté que sur la zone située à proximité de l’aéroport de Kigali et
correspondant au lieu du crash ; cette zone occupe une longueur de 17 km sur une largeur
de 7 km environ.
Après avoir scanné la carte, les détails figurant sur cette carte ont été vectorisés pour une
représentation informatique.
Les courbes de niveau ont été également vectorisées pour ensuite se voir attribuer
informatiquement l’altitude correspondante et ainsi commencer à créer le modèle numérique
de terrain nécessaire pour la modélisation.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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6.3 Position des témoins
6.3.1 Principe de relevé
Une fois que chaque témoin a été positionné, comme le souhaitaient les magistrats
instructeurs, nous avons déterminé par GPS, à la précision indiquée auparavant, leur
emplacement et relevé la direction des événements qu’ils ont perçue.
Nous avons établi un plan pour chaque témoin sur lequel sont représentés :
• sa position et ses coordonnées planimétriques,
• la direction de la lueur issue de l’explosion de l’avion et des traînées lumineuses des
projectiles,
• la distance du témoin à la droite passant par la trajectoire de l'approche de l’avion,
• la distance entre la position du témoin et celle de l’impact du missile sur l'avion que nous
avons déterminé par la suite,
• les distances entre l’emplacement du témoin et les positions supposées du départ des
missiles, repérées 1, 2, 3, 4, 5 et 6.
A l'issue de ce constat, nous avons apporté des remarques sur leurs témoignages dans le
chapitre 8.5.11 intitulé «Perception des événements – Analyse des témoignages », avec une
visualisation des trajectoires de missiles tirés depuis quatre positions.
A titre indicatif, deux plans ont ensuite été établis, reportés en fin de chapitre 8.5.8 et joints
également en annexe 1 (2010049_4908 Topo Pièce N° 6 Indice 4 octobre 2011) et
(2010049_4908 Topo Pièce N° 6 bis Indice 4 octobre 2011) :
- le premier permettant d’avoir une vue d’ensemble de tous ces témoins,
- le second, identique au premier, avec la direction de l’explosion de l’avion et/ou des
traces lumineuses que ces témoins ont aperçues dans le ciel.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.1 Témoin n° 1 : M. GERLACHE Matthieu
Nous n'avons pas vu ce témoin mais d'après son témoignage à la gendarmerie belge, il a
indiqué qu'il se trouvait en haut de l'ancienne tour de contrôle de l’aéroport de KIGALI, haute
de 5 à 6 mètres, lorsque l’avion présidentiel a été abattu. Nous avons relevé l’ancienne tour
de contrôle l'après midi du 13 septembre 2010 et dressé le plan ci-dessus.
Il a été tenu compte de son audition du 30 mai 1994 [D2694] dont des extraits ont été repris
dans l’étude des pièces de la procédure : chapitre 3 du rapport.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.2 Témoin n° 2 : M. NSENGIYUMVA Tharcisse
Nous n'avons pas vu ce témoin, mais ses témoignages nous ont permis de situer sa position
ainsi que l’orientation qu'il a donnée.
Sur la photographie ci-dessus, monsieur le Juge est positionné à l’endroit où se trouvait le
témoin. Il indique la direction de l'explosion de l’avion conformément aux déclarations du
témoin qui correspond à l’emplacement de la cheminée visible sur cette photographie.
Nous avons relevé sur place cette position, la direction de cette cheminée ainsi que certains
bâtiments au niveau du service pédiatrique de l'hôpital militaire de KANOMBE.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.3 Témoin n° 3 : M. SIBORUREMA Silas
M SIBORUREMA SILAS a été entendu le mardi 14 septembre 2010. Nous avons relevé sa
position au moment des faits, ainsi que la direction qu'il nous a indiquée. Il se situe à 1107
m du point d’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Le témoin était, au moment des faits, un militaire au grade de caporal, blessé de guerre.
Il déclare que les tirs venaient de la direction de KANOMBE. Les tirs partaient de la droite
vers la gauche avec une pente de l'ordre de 45°. Il a perçu deux tirs espacés de 2 à 3
secondes. Il dit que le premier tir passe au niveau de la queue de l'avion qui le déstabilise et
que les feux de navigation de l'avion s'éteignent aussitôt. Puis, il perçoit un deuxième tir plus
fort.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.4 Témoin n° 4 : M. NGIRUMPATSE Pascal
C’est un témoin que l'on a rencontré le mardi 14 septembre 2010 à l'intérieur du camp
militaire de KANOMBE, avant d'aller relever sa position le long de la route entre l'aéroport et
la villa présidentielle. Nous avons ensuite relevé une direction que le témoin nous a indiquée
et dressé le plan correspondant. Il se situe à 2928 m du point d’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Le témoin était militaire, moniteur parachutiste. Il a vu une traînée lumineuse vers l'avion
suivie d’une deuxième à 2 secondes près. Le premier missile est passé à coté de l'avion, le
deuxième missile a percuté l'avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.5 Témoin n° 5 : M. MUTWARANGABO Jean Bosco
Nous avons rencontré ce témoin le mardi 14 septembre 2010 à l'intersection de la route de
l'aéroport de la villa présidentielle et de l'entrée du camp militaire de KANOMBE. Nous avons
relevé sa position ainsi que la direction qu'il nous a indiquée.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Ce témoin se trouvait à 1143 m du point d’explosion de l’avion. Situé au carrefour menant au
camp militaire de KANOMBE, le témoin déclare qu'il a entendu un bruit important qui l'a fait
se retourner pour apercevoir l'avion en phase d'atterrissage.
Il remarque, dans le ciel, une traînée de feu, puis 4 ou 5 s après, une autre traînée de feu de
couleur jaunâtre suivant une trajectoire à 45°, puis l’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.6 Témoin n° 6 : M. BWANAKWERI Isidore
Nous avons rencontré ce témoin le mardi 14 septembre 2010 devant un bar et nous avons
relevé sa position. Aucune direction n’a pu être identifiée car le bâtiment existant à droite sur
la photographie ci-dessus l'empêchait de voir l'explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Ce témoin se trouve à 4812 mètres du point d’explosion de l’avion. Le témoin est un ancien
capitaine aujourd'hui détenu. Il déclare qu'il n'a pas vu l'avion, qu'il y avait des militaires de la
garde présidentielle qui patrouillaient. Il a entendu deux coups secs de même niveau sonore,
puis un grand bruit. Ensuite, le ciel est devenu rouge. La radio indiquait 20h30.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.7 Témoin n° 7 : M. NSENGIYUMBA Théogène
Nous avons rencontré ce témoin le mardi 14 septembre 2010 dans la soirée, à l'aéroport
international de KIGALI, à côté des grands hangars. Nous avons relevé sa position ainsi que
la direction qu'il nous a indiquée.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Le témoin qui se trouve à 4805 mètres de l’explosion de l‘avion, déclare avoir remarqué deux
tirs qui, par rapport à l'horizon, n'étaient pas très hauts. Il y a eu deux traînées lumineuses
dans le ciel qui montaient vers l'avion. Deux secondes environ se sont écoulées entre les
deux tirs. Il n'a pas vu d'explosion dans le ciel.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.8 Témoin n° 8 : M. NTWARANE Anastase
Nous avons rencontré ce témoin le mardi 14 septembre 2010 dans la soirée le long de la
piste de l'aéroport international de KIGALI et avons relevé sa position. Ce témoin se situe
très près de l’axe de piste, à 5050 m du point d’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le témoignage
Le témoin était membre de la garde présidentielle le jour des faits. Dans la direction de
l’atterrissage de l’avion, il a vu deux lumières rouges monter vers l'avion. Il a entendu deux
bruits espacés de deux secondes suivis de deux traînées qui montent vers l'avion. Les deux
bruits étaient assez éloignés. Il a observé ensuite un feu dans le ciel qui tombait.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.9 Témoin n° 9 : M. GASHOKE Jacques
Nous n'avons pas vu ce témoin, situé dans la zone relevée dite « La maison communale »,
sa position est approximative. Ce témoin se trouvait à 262 m de l’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.10 Témoin n°10 : M. TURATSINZE Samson
Nous avons rencontré ce témoin le vendredi 17 septembre 2010, à l'intérieur du camp
militaire de KANOMBE et nous avons relevé sa position ainsi que la direction qu'il nous a
indiquée. Il se situe à 1674 m du point de l’explosion de l’avion et à environ 1000 mètres des
positions de tirs de KANOMBE.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.11 Témoin n°11 : M. MUNYANEZA Patrice
Nous avons rencontré ce témoin au pied de la nouvelle tour de contrôle. C'est le contrôleur
qui était en service lors de l'évènement. Après avoir relevé la tour de contrôle, nous avons
positionné le témoin. Il se trouve presque dans l’axe de la piste, à 5108 m de l’impact du
missile sur l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.1.12 Témoin n°12 : M. MUKAZITONI Joséphine
Nous n'avons pas rencontré ce témoin. Nous avons relevé 3 points dans le quartier
REMERA III et l’avons positionné dans cette zone, à 6831 m du point d’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.3.2 Synthèse des témoignages
De la majorité des témoins qui a vu la scène, nous pouvons retenir que :
- deux projectiles se déplaçant à grande vitesse ont été tirés en direction de l’avion en
approche, aperçus dans le ciel par leur signature lumineuse,
- les trajectoires de chaque projectile ont été concrétisées par une trace ou traînée
lumineuse. Cette trace lumineuse est la caractéristique d’un propulseur de missile
sol-air. Les gaz de combustion du propergol solide, portés à une très haute
température (plus de 1500°C), sortant à très grande vitesse par la tuyère du
propulseur, produisent une lueur rouge-orangé, visible la nuit. Elle constitue un
traceur de trajectoire caractéristique de missiles sol-air, dont les missiles SA16 et
SA18 d’origine soviétique,
- ces deux missiles se déplaçaient de la droite vers la gauche, c’est-à-dire vers l’avion
que certains témoins ont vu « exploser ». Cette explosion a été entendue par la suite
par les témoins les plus proches,
- les traces lumineuses des missiles étaient séparées de quelques secondes, en
moyenne 2 à 3 s. Elles convergeaient vers l’avion. C’est le second missile qui a
impacté l’avion sur son flanc gauche, l’explosion étant concrétisée immédiatement
par une boule de feu très lumineuse,
- les directions indiquées localisent un événement à droite de l’avion vu de face, c’està-
dire au sud de l’axe de la piste,
- les directions observées par les témoins n° 3 et n° 10 correspondent sensiblement
aux positions supposées de tirs du camp militaire de KANOMBE (positions étudiées
par la suite),
- les témoins n° 1 et 4, situés approximativement dans l’axe de la piste, tout en étant
éloignés du point d’impact du missile sur l’avion, présentent des directions similaires,
- tous les témoins qui ont vu « l’explosion » de l’avion évoquent une boule de feu
parfaitement visible, donc de taille et de luminosité importantes, qui a persisté
pendant toute la durée de la chute de cet aéronef.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.4 Examen et identification des débris
Lors de notre déplacement au Rwanda, nous avons pu examiner les débris restants de
l'appareil.
Ceux-ci ont été rassemblés sur un terrain jouxtant l'ancienne résidence présidentielle,
comme l’illustrent les deux photographies ci-après. Le terrain avait été nettoyé et l'herbe
tondue récemment.
Vue générale : cône arrière et élément du train principal (premier plan)







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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.4.1 Description des débris de l’avion
Les débris, objet de la description qui suit, ont été relevés et positionnés sur le plan
201004984908 Topo pièce n°11 indice 5, joint en annexe 1 et repris ci-après :
• Train principal (voir aussi photographie en annexe 2)
Il s’agit d’une des deux jambes du train principal. Cette jambe de train principal est entière
mais séparée par arrachement. Elle comporte son jeu de deux roues, appelé diabolo. Les
deux pneumatiques en caoutchouc ne sont pas dégonflés et ne présentent aucune trace
d’impact de projectile ou d’éclat, ni trace de brûlure. Les jantes ne sont ni altérées ni
déformées. La jambe cylindrique de ce train, en acier inoxydable, n’est pas corrodée. Elle
n’est pas déformée et ne présente pas de trace de chocs. Cet ensemble n’a pas été soumis
au flux thermique produit par la boule de feu. Par manque d’indice, il n’a pas été possible de
déterminer si cette jambe de train était celle du côté gauche ou celle du côté droit.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Moteur 3, droit (voir aussi photographies en annexe 2)
Le moteur est entier, arraché de son support nacelle. Il ne comporte pas de traces d’impact
d’éclats ni de trace de chaleur. De part les déformations externes, le moteur a roulé sur luimême.
Il présente un orifice important, de l’ordre de 20 cm de diamètre, au niveau de la
chambre de combustion . L’origine de cet orifice n’a pas pu être déterminée. Toutefois, les
bords sont déchiquetés, relevés légèrement vers l’extérieur, indiquant que cet orifice serait
probablement consécutif à une surpression interne. Il n’a pas été causé par l’impact d’un
projectile sinon les lèvres du trou seraient retournées vers l’intérieur.

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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Moteur 1, gauche (voir aussi photographies en annexe 2)
Le moteur 1 est présenté sans son enveloppe externe et sans sa chambre de combustion.
Le coeur du moteur est globalement entier et ne présente pas d’orifice traversant lié à des
éclats. Il n’est pas calciné.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Moteur 2, central (voir aussi photographies en annexe 2)
Le moteur 2 central se présente sans sa chambre de combustion, mais avec son plateau de
fixation .
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Comme le moteur 3 droit, il a été arraché de ses supports d’ancrage, à l’issu de l’impact au
sol. Les dégradations mécaniques périphériques permettent d’indiquer qu’il a été traîné sur
le sol et qu’il a roulé plusieurs fois sur lui-même. Ce moteur ne présente aucune trace
d’éclat, ni de zone calcinée.
• Aile droite (voir aussi photographies en annexe 2)
L’aile droite est en un seul morceau, représentant 80 % environ de sa surface globale. Nous
remarquons la fracture de cette aile, par arrachement, à l’aplomb du puits de train. Le bord
d’attaque est relativement intègre. Au bord de fuite, il manque les volets et l‘aileron. Nous ne
relevons aucune trace de combustion, ni d’impact d’éclats. Le saumon d’aile est absent.

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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Aile gauche (voir aussi photographies en annexe 2)
L’éclatement de la ligne de rivets est typique d’une explosion interne de réservoir d’aile .
Cette partie de l’aile est complètement disloquée et tordue par cette explosion interne. On
constate que la peinture a brûlé sur certains morceaux. Il manque la portion de l’aile qui était
rattachée au fuselage.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Intrados
Puits de train
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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• Tronçon fuselage arrière (voir aussi photographies en annexe 2)
Nous relevons de nombreuses traces d’arrachement, ainsi que plusieurs traces d’impacts de
projectiles, de munitions de petits calibres en différentes parties de l’enveloppe externe.
Nous constatons que l’intérieur de l’arrière de la cellule est calciné.
Sortie APU
Base de la
dérive
Mât du moteur
3 droit
A.P.U
Extincteur incendie
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Empennage (voir aussi photographies en annexe 2)
La partie restante de l’empennage est l’empennage horizontal droit. Il présente une très forte
trace d’oxydation externe (couleur noire). Cet ensemble a été détaché de l’appareil par
arrachement. Nous n’avons relevé aucun point d’impact d’éclats, ni de trace de combustion.
Une partie du bord d’attaque est absente, suite à un choc .

Attache du moteur
2 central
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
• Cône de queue (voir aussi photographies en annexe 2)
Le cône de queue se présente entier, décroché de la cellule à la suite d’un choc. Il ne
comporte pas de trace d’impact de projectile de munition de petit calibre, ou d’éclat de
missile.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
6.4.2 Synthèse de l’examen des débris de l’avion
Les débris examinés ont été repositionnés sur le Falcon 50, pour avoir une évaluation des
parties manquantes. La vue de l’avion en perspective, ci-après, montre la nette différence
entre les parties manquantes et les débris examinés :
Nota :
- le moteur droit n’est pas représenté du fait de la vue en perspective de l’avion,
- la jambe de train n’est pas représentée dans la mesure où nous n’avons pas pu identifier
s’il s’agissait de la gauche ou la droite.
Les éléments présents sur les lieux du crash représentent moins de 20 % de l’appareil.
Des constatations effectuées, il ressort que :
- les trois moteurs à réaction de l’avion n’ont pas été déformés par les effets de l’explosion
du missile. Les endommagements mécaniques sont dus aux chocs subis lors du contact
brutal de l’avion avec le sol. Ils ne comportent pas d’orifice traversant venant d’éclats
produits par l’explosion de la tête du missile fonctionnant à proximité de la cible.
Moteur 1
gauche
Aile droite
Empennage
Moteur central
Cône de queue
Tronçon fuselage arrière
Aile gauche
Contrefiche
principale gauche
Partie du
fuselage près de
la porte d’accès
de l’appareil
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Ces trois réacteurs n’ont donc pas été sollicités, de près ou de loin, par l’explosion de la
charge explosive du missile,
- l’empennage, le tronçon fuselage arrière et le cône de queue, n’ont également pas été
déformés par l’explosion de la charge explosive du missile. Aucun orifice, causé par un
(ou plusieurs) éclat (s) de la charge explosive, n’a été identifié. Des orifices causés par
des munitions d’armes de petits calibres ont été observés, résultant de tirs réalisés après
le crash de l’avion. Les déformations mécaniques relevées, dont de nombreux
arrachements, sont uniquement dues aux chocs survenus lors de l’impact de l’avion sur
le sol,
- les ailes :
. l’aile gauche est nettement plus endommagée que celle de droite. Une grande partie a
disparu. Certains morceaux ont été soumis à un flux thermique très élevé qui a brûlé la
peinture. L’éclatement de la ligne des rivets est typique d’une explosion interne de
réservoir d’aile. Il manque la portion de l’aile et du réservoir qui était raccordée au
fuselage,
. l’aile droite ne présente aucune trace de calcination : la peinture n’a pas brûlé. Par
contre, il en manque une petite partie, elle a été fracturée par arrachement à l’aplomb
du puits de train,
- pour ces deux ailes, aucun orifice lié à une projection d’éclats de la tête du missile n’a été
relevé.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
7. SYSTÈMES D’ARMES ANTI-AÉRIENS
UTILISABLES
Sachant que notre cible est aérienne, nous allons définir une liste des moyens aériens que
sont les armes usuelles mais aussi les petits missiles sol air appelé « MANPAD » car ceux-ci
sont utilisables et mis en oeuvre généralement par un seul homme. La liste de ces
armements est présentée sous forme de fiche individuelle (53 fiches)
Afin de mieux cerner l’armement utilisé au milieu de toutes ces fiches, nous allons procéder
par tableaux d’élimination en partant de la liste principale et en respectant l’ordre suivant :
- liste des armements cités (tableau 1)
- liste des armements au 6 avril 1994 (tableau 2)
- liste avec extraction des armements non utilisables techniquement (tableau 3)
- liste des armements possibles (tableau 4).
Un bref explicatif, tant historique que technique, sur les principes de fonctionnement des
missiles sol/air est présenté ci-après pour aider à la compréhension de ces types de
systèmes d’armes.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
7.1 Rappel historique sur les missiles
En 1944-1945 en Allemagne, des bombes autopropulsées ont été utilisées comme moyen
de représailles en réponse au débarquement allié en juin 1944. Hitler a donné l’ordre de
lancer ses armes secrètes dans l’espoir de contre balancer la situation stratégique. Dans la
nuit du 12 au 13 juin 1944 les premiers V1 tombent sur Londres puis les premiers V2 le 8
septembre 1944. Entre juin 44 et Mai 45, 8 000 V1 et 7 000 V2 sont lancés. V étant l’initiale
de Vergeltungswaffe (arme de représailles).
Le V1 était une bombe volante, équipée d’un pulsoréacteur, ayant les caractéristiques d’un
petit avion sans pilote de l’ordre de 5 tonnes. Il avait été inventé par l’ingénieur Lusser de la
société Fieseler. Ces engins étaient catapultés sur une rampe inclinée à 15° sur 45 m de
long puis stabilisés par un gyroscope durant le vol. Grâce à un système de loch (petite hélice
située dans le nez) réglé au départ de l’engin pour calculer la distance à parcourir, celui-ci
coupait l’arrivée d’essence, obligeant le missile à basculer. Trois détonateurs électriques
assuraient, au contact du sol l’explosion des 500 kg de la charge militaire. Sa portée réduite
(250 km), sa vitesse lente (500 km/h), sa faible altitude (800/900m) en faisait une proie facile
pour l’aviation alliée. De fait 23% des V1 sur Londres et 15% sur Anvers atteindront leur
cible.
Le V2 beaucoup plus sophistiqué est le véritable précurseur des missiles, mis au point par
Wernher Von Braun entre 1938 et 1943, d’une masse de 12,8 tonnes, pour 14 m de long,
d’un diamètre de 1,65 m, il pouvait emporter une charge militaire d’une tonne sur 350 km. Le
moteur alimenté par un mélange d’alcool éthylique et d’oxygène liquide était contenu dans
des réservoirs de 4 m3 constamment refroidis qui développait 600 000 ch. Le V2 quittait le
sol verticalement pour atteindre l’altitude de 30 km puis basculait de 40° sous l’action de
volets en graphite placés dans la tuyère sous contrôle des gyroscopes préréglés au sol. Á 50
km, soit une minute après le départ, sa vitesse était de 5 800 km/h, par radio les opérateurs
contrôlaient le mouvement d’ascension du missile qui pouvait atteindre 93 à 97 km avant de
retomber en chute libre à 3 500 km/h d’où une grande dispersion sur les cibles.
Le missile est donc un mobile destiné à la destruction d’un objectif mais conduit tout
le long de sa trajectoire en fonction de son mode de guidage.
Il existe donc des missiles AIR/AIR, AIR/SOL, SOL/SOL, SOL/AIR, AIR/MER, MER/MER, de
courtes, moyennes et longues portées, et des engins Cibles.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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7.2 Généralités sur la composition et le principe de fonctionnement
Le missile se compose d’une cellule qui se divise en tronçons, sur lesquels se fixent la
voilure, les commandes et les équipements. Ainsi on trouve les organes de guidage et de
pilotage, les gouvernes, la batterie, la charge militaire et son système d’amorçage, le
propulseur complété au besoin d’un moteur d’éjection.
Le guidage peut se faire par téléguidage direct ou indirect (par optique, radio ou filaire) ou
autoguidage par un autodirecteur actif, semi-actif ou passif (acoustique, optique, infrarouge,
électromagnétique).
Dans notre cas ce sont les gaz chauds produits par les moteurs de l’avion qui fournissent le
point de guidage du missile basé sur la puissance du rayonnement infrarouge.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
En fonction du type de moteur, moteur à piston, turbopropulseur, réacteur avec ou sans
postcombustion le rayonnement thermique sera différent. La figure ci-après nous donne,
pour un avion de chasse, une idée (mesure en pied) du rayonnement sans Post Combustion
(PC) (partie haute du diagramme) et avec Post Combustion (partie basse du diagramme).
La charge militaire de plusieurs types peut être de diverses compositions explosives
(Octogène, Hexogène, Pentrite, Tolite…) coulé suivant différentes formes à fragmentation, à
barreaux, semi-perforante, l’amorçage étant réalisé par une fusée de contact, une fusée de
proximité et/ou une fusée temporisée.
Fuselage
Réflexion solaire
Réflexion solaire Plume
Parties métalliques chaudes
Fuselage
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Compte tenu des besoins énergétiques durant le vol le missile sera équipé généralement
d’une batterie amorçable par une cartouche pyrotechnique, le courant continu est transformé
par un convertisseur/régulateur en courant alternatif en fonction des besoins. Pour le bloc
moteur, c’est généralement une charge de propergol avec son dispositif d’allumage qui
assure la combustion du propulseur qui peut être à plusieurs phases (accélération puis
croisière).
Le vol du missile quant à lui se découpera en quatre phases, le lancement, l’accélération, le
vol de croisière à vitesse connue et la phase finale sur objectif le tout suivant les lois de
navigation.
L’alignement est la phase préalable visant à donner les références au départ du missile, elle
est suivie de la loi de poursuite qui peut être : la poursuite pure ou courbe du chien, la
poursuite sur but futur ou la navigation proportionnelle.
L’opération de dépointage
avant tir est impérative pour
les missiles de première
génération de type Stréla 2
– SA 7.
1 – Visée (rouge)
2 – Opération de dépointage
(violet)
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Poursuite pure ou courbe du chien Poursuite sur but futur
Navigation proportionnelle
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
7.3 Comparatif entre la poursuite pure et la navigation proportionnelle
Analyse et description des divers types d'armements anti-aériens légers existant dans le
monde, présentés sous forme de fiches individuelles.
TABLEAU 1 – Liste des armements cités :
Fiches N° Désignation Code Otan Pays d’origine License
1 Mitrailleuse M2 HB Etats-Unis
2 Mitrailleuse M3 Etats-Unis
3 Mitrailleuse DShK Russie
4 Mitrailleuse NSV Russie
5 Mitrailleuse KPV Russie
6 Canon de 23 mm Russie
7 Lance-roquette RPG-7 Russie
8 Javelin Angleterre
9 Starburst javelin S15 Angleterre
10 startreak I Angleterre
11 startreak II Angleterre
12 Igla IE SA 16 Bulgarie sous License russe
13 FN 6 (HY 6) Chine copie tête missile Mistral
14 FN 16 Chine
15 HongYing HN 5 SA 7 "grail" Chine copie SA 7 Stréla 2
16 Qian Wei 1 Chine Similaire au Stinger 92A - USA
17 Qian Wei 2 SA 16 Chine copie SA 16 Igla 1
18 Qian Wei 3 Chine
19 Qian Wei 4 Chine evolution
20 Qian Wei 11 Chine copie Stinger
21 Qian Wei 18 Chine
22 chiron (singung) Corée du sud
23 LG innotek Corée du sud copie Igla SA 18 russe
24 Sakr Eye SA 7 "grail" Egypte copie Strela 2/2M - SA 7
25 Mistral 1 France
26 Mistral 2 France
27 Al Quds Martyrs brigade Gaza mélange Stréla 2/3, Igla 1E, QW1
28 Igla inde SA 16 Inde adaptation russe du SA 16
29 Misagh 1 Iran
30 Misagh 2 Iran copie chine Qian Wei 1
31 Kin sam type 91 Japon
32 Anza Mk I Pakistan copie HN 5
33 Anza Mk II / Qian Wei-2 Pakistan copie Qian Wei 1
34 Anza Mk III - QW-2 Pakistan copie de Qian Wei 2/Stréla II
35 Grom Pologne copie Igla 1
36 Piorun Pologne développement du GROM 1
37 CA 94M Roumanie évolution du CA 94
38 CA 94 Roumanie copie Strela 2M russe
39 Igla 1 – Gimlet SA 16 Russie
40 Igla 1M SA 16 Russie rénovation des Igla 1 en version naval
41 Igla – Grouse SA 18 Russie développement du GROM 1
42 Igla S Russie rénovation des Igla 1
43 Strela 2 – Grail SA 7 a Russie
44 Strela 2M – Grail SA 7 b Russie
45 Strela 3 – Gremlin SA 14 Russie
46 RBS 70 Suède
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
47 Bolide Suède
48 Stinger 43A Etats-Unis FIM 43A
49 Stinger 92A Etats-Unis FIM 92A
50 Stinger 92B Etats-Unis FIM 92B (Stinger post)
51 Stinger 92C Etats-Unis FIM 92C (IRCM)
52 Stinger 92D Etats-Unis FIM 92D (Stinger Block 1)
53 Stinger 92E Etats-Unis FIM 92E (Stinger block 2)
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mitrailleuse M 2 H.B. (Etats-Unis - Belgique)
Fiche N° 1
Origine : Mitrailleuse de gros calibre, tirant la
munition .50 Browning (12,7 x 99)
universellement répandue.
L'arme et sa munition ont été développées après
la Première Guerre Mondiale par John Browning.
Il s'agit tout d'abord d'un modèle lourd et
encombrant, refroidi par eau.
Dans les années qui suivent, on développe aussi
des armes plus légères, où le radiateur à eau est
supprimé et remplacé par un tube perforé
permettant à l'air de circuler autour du canon. Ce
tube est rendu facilement interchangeable afin de
pouvoir le remplacer en cas de surchauffe.
La version définitive est figée en 1938, d'abord
produite par Colt, sa fabrication est étendue au
cours du Second conflit mondial à d'autres
constructeurs et on en produit plusieurs millions.
C'est aujourd'hui l'arme de sa catégorie la plus
répandue dans le monde et elle est toujours en
fabrication dans deux usines aux Etats-Unis ;
ainsi que par la FN Herstal en Belgique.
Elle est en service dans la plupart des armées occidentales, comme arme d'appui sur les engins
blindés.
Descriptif et fonctionnement : Elle possède une cadence de tir d'environ 550-600 c/mn et
fonctionne par court recul du canon, le verrouillage de la culasse est assuré par une pièce ascendante
venant se loger dans la rallonge du canon Les organes de visée mécaniques sont constitués par un
guidon nu et une hausse à curseur et planchette graduée. Elle tire des munitions de type 12,7 x 99 à
balle ordinaire, traçante, perforante, incendiaire, perforante-traçante, perforante-incendiaire-traceuse,
explosive-incendiaire, etc.
La M 2 H.B. est servie par deux hommes (un tireur, un pourvoyeur). Elle est montée sur divers affûts
terrestres, des véhicules, des chars et des navires.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Algérie, Allemagne Fédérale, Arabie Saoudite, Argentine, Australie,
Autriche, Bahreïn, Belgique, Belize, Bénin, Bolivie, Botswana, Brésil, Burkina Faso, Burundi,
Cameroun, Canada, Chine Nationaliste, Chypre, Congo (R.D.), Corée du Sud, Côte d'Ivoire, Croatie,
Cuba, Danemark, Djibouti, Egypte, Emirats Arabes Unis, Equateur, Espagne, Estonie, Etats-Unis,
France, Gabon, Ghana, Grèce, Grenade, Guatemala, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Iran, Irlande,
Italie, Jamaïque, Japon, Jordanie, Kenya, Koweït, Lettonie, Laos, Liban, Libera, Luxembourg,
Malaisie, Malte, Maroc, Maurice (Ile), Mauritanie, Mexique, Nicaragua, Niger, Norvège, Nouvelle-
Zélande, Oman, Pakistan, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Portugal, Qatar,
République Dominicaine, Roumanie, Rwanda, Salomon (Iles), Salvador, Sénégal, Serbie, Singapour,
Slovénie, Sri Lanka, Suède, Suisse, Surinam, Tchad, Thaïlande, Timor Oriental, Togo, Tonga,
Turquie, Uruguay, Venezuela, Viêt-Nam (Nord), Viêt-Nam (Sud), Yémen, Yougoslavie, Zimbabwe, etc.
Peu répandue au Rwanda au moment des faits, son utilisation aurait été possible, toutefois les
circonstances du tir (de nuit), son poids, les dégâts observés sur l'appareil et les dépositions
des témoins permettent d'écarter l'emploi de ce type d'arme.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mitrailleuse M 3 (Etats-Unis - Belgique)
Fiche N° 2
Origine : La mitrailleuse M 2 décrite sur la fiche précédente, a aussi été montée sur des avions et la
firme Colt en a vendu plusieurs milliers d'exemplaires à l'exportation jusqu'en 1940. Á la fin des
années 1930, suite aux travaux menés par l'Arsenal de Springfield et Colt, on a pu augmenter la
cadence de tir à 850 c/mn, puis à 1 000 c/mn avec la mitrailleuse d'avion AN-M 2 adoptée en 1940. A
la fin du conflit, on réalise la M 3 dont la cadence de tir est encore plus élevée (1 250 c/mn). On
l'installe d'abord sur des avions mais elle fait place à des canons automatiques avec l'apparition des
chasseurs supersoniques. Elle est toujours utilisée sur des hélicoptères et elle peut aussi être montée
sur des véhicules ou des embarcations.
Pays utilisateurs : Les M 3 sont toujours produites aux Etats-Unis et en Belgique. Elles sont ou ont
été employées par les pays suivants : Allemagne Fédérale, Argentine, Belgique, Bolivie, Brésil,
Canada, Chypre, Colombie, Egypte, France, Italie, Japon, Liban, Laos, Malaisie, Mexique, Nouvelle-
Zélande, Paraguay, Philippines, Thaïlande.
L'utilisation de cette arme aurait été techniquement possible, mais à notre connaissance elle
n'était pas présente dans cette région de l'Afrique au moment des faits et aucun impact de type
12,7 n’a été observé sur les restes de l’appareil.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mitrailleuse DShK (Russie)
Fiche N° 3
Origine : Mitrailleuse de gros calibre, tirant une cartouche de 12,7 mm non-interchangeable avec la
cartouche américaine .50 Browning. Les premiers prototypes (DK) développés par Vasiliy Degtyarev
et Ivan Koleshnikov ont été testés à partir de 1930, ils étaient alimentés par un tambour.
Perfectionnée avec un dispositif d’alimentation par bande, dû à Georgy Shpagin, la mitrailleuse DShK
est adoptée en 1938. Après la guerre, elle est modifiée avec le modèle DShK 1938/46. Sa fabrication
est alors assurée par des pays autres que la Russie (Chine, Bulgarie, Iran, Pakistan, Roumanie,
Tchécoslovaquie).
Descriptif et fonctionnement : L'arme fonctionne par emprunt des gaz, la culasse mobile est
verrouillée par deux taquets latéraux. L’alimentation s’effectue au moyen de bandes métalliques à
maillons non détachables. Les organes de visée mécaniques sont constitués par un guidon nu et une
hausse à curseur et planchette graduée.
Elle tire des munitions de type 12,7 x 108 à balle perforante, incendiaire, perforante-incendiaire,
perforante-incendiaire-traceuse, explosive et explosive-incendiaire. La DShK 1938/46 est servie par
deux hommes (un tireur, un pourvoyeur). Elle est montée sur divers affûts terrestres, des véhicules,
des chars et des navires.
Pays utilisateurs : La DShK 1938/46 est (ou a été) largement utilisée par les pays satellites de
l'U.R.S.S., ainsi qu'en Asie, en Afrique ou ailleurs : Afghanistan, Albanie, Algérie, Allemagne de l'Est,
Angola, Arménie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Belarus, Bénin, Bosnie Herzégovine, Bulgarie,
Cambodge, Cap-Vert, Centrafrique, Chili, Chine, Chypre, Congo (R.P.), Congo (R.D.), Corée du Nord,
Cuba, Djibouti, Egypte, Erythrée, Estonie, Finlande, Georgie, Ghana, Grenade, Guinée, Guinée
Bissau, Guinée Equatoriale, Haïti, Hongrie, Inde, Indonésie, Iran, Irak, Kazakhstan, Kirghizistan, Laos,
Lettonie, Liban, Libye, Lituanie, Macédoine, Madagascar, Maldives, Maroc, Maurice (Ile),
Mozambique, Népal, Nicaragua, Ouganda, Pakistan, Pologne, République Tchèque, Roumanie,
Russie, Serbie, Sierra Leone, Slovénie, Syrie, Tanzanie, Togo, Viêt-Nam, Yémen, Yougoslavie,
Zambie
Son utilisation est possible contre des objectifs aériens lents, toutefois les circonstances du tir
(de nuit), son poids (152 kg avec l'affût), les dégâts observés sur l'appareil et les dépositions
des témoins permettent d'écarter l'emploi de ce type d'arme.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mitrailleuse NSV (Russie)
Fiche N° 4
Origine : Le successeur de la DShK 1938-46 est la mitrailleuse NSV, plus légère et tirant la même
munition (12,7 x 108). Sa conception est due à un groupe d'ingénieurs : G.I. Nikitin, J.M. Sokolov et
V.I. Volkov. L'arme entre en fabrication en Russie au début des années 1970, elle est aussi produite
en Bulgarie, Inde, Kazakhstan, Pologne, Serbie, Ukraine.
Descriptif et fonctionnement : La NSV fonctionne par emprunt des gaz, avec une culasse mobile
munie d'une tête rotative. L'alimentation est similaire à celle de la DShK 1938-46, décrite sur la fiche
précédente et les deux armes utilisent les mêmes munitions. Essentiellement destinée à tirer contre
des objectifs terrestres, elle reçoit des organes de visée mécaniques ou une optique.
Elle est habituellement servie par deux hommes et est habituellement montée sur un affût trépied
terrestre ou sur des véhicules blindés récents.
Pays utilisateurs : Afrique du Sud, Algérie, Allemagne de l'Est, Angola, Arménie, Azerbaïdjan,
Belarus, Bosnie Herzégovine, Bulgarie, Cambodge, Chypre, Corée du Nord, Croatie, Cuba, Djibouti,
Egypte, Erythrée, Estonie, Ethiopie, Finlande, Georgie, Hongrie, Inde, Iran, Irak, Kazakhstan,
Kirghizistan, Koweït, Lettonie, Libye, Lituanie, Macédoine, Malaisie, Maroc, Mongolie, Monténégro,
Myanmar, Ouzbékistan, Pakistan, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Russie, Serbie, Sierra
Leone, Slovaquie, Slovénie, Syrie, Tadjikistan, Turkménistan, Viêt-Nam, Ukraine, Yémen.
Son utilisation semble peu probable au moment des faits (1994), car elle était assez peu
répandue en Afrique à cette époque.
Son utilisation est possible contre des objectifs aériens, toutefois les circonstances du tir (de
nuit), son poids (51 kg avec le trépied), les dégâts observés sur l'appareil et les dépositions
des témoins permettent d'écarter l'emploi de ce type d'arme.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mitrailleuse KPV (Russie)
Fiche N° 5
Origine : Le développement de cette mitrailleuse débute en 1949, afin de doter les forces du Pacte de
Varsovie d'un matériel de défense anti-aérien plus puissant que la DShK 1938/46, à une époque où
les missiles destinés à la même fonction n'avaient pas encore fait leur apparition. Pour ce faire l'arme
tire une munition de 14,5 mm utilisée pour le combat antichar pendant la Seconde guerre mondiale.
Elle est mise en fabrication à partir de 1954 en Russie et un peu plus tard en Bulgarie, Chine, Corée
du Nord, Iran, Pologne, Roumanie.
Descriptif et fonctionnement : La KPV fonctionne par court recul du canon, avec une culasse mobile
munie d'une tête rotative avec verrouillage par vis à filets interrompus. Elle est alimentée par bandes
métalliques à maillons non détachables et utilise une visée optique pouvant varier suivant le type de
montage.
Elle est déclinée en plusieurs versions :
- ZPU-1, montage simple sur affût trépied ou remorque,
- ZPU-2, montage jumelé sur affût de véhicule ou remorque,
- ZPU-4, montage quadruple sur affût spécifique ou engin blindé.
Cette arme tire des munitions de 14,5 x 114 à balle perforante-incendiaire, perforante-incendiairetraceuse,
traceuse-incendiaire, explosive-incendiaire.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Albanie, Algérie, Allemagne de l'Est, Angola, Arménie, Bangladesh,
Belarus, Botswana, Bulgarie, Burundi, Cambodge, Cameroun, Chine (R.P.), Congo (R.P.), Corée du
Nord, Cuba, Djibouti, Egypte, Equateur, Erythrée, Estonie, Ethiopie, Finlande, Georgie, Ghana,
Grenade, Guinée, Guinée Bissau, Guinée Equatoriales, Hongrie, Inde, Indonésie, Iran, Irak,
Kazakhstan, Kirghizistan, Koweït, Laos, Lettonie, Liban, Libye, Madagascar, Malawi, Maldives, Malte,
Maroc, Mexique, Mongolie, Mozambique, Népal, Nicaragua, Pakistan, Pérou, Pologne, République
Tchèque, Roumanie, Russie, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Syrie, Tchad, Togo, Turquie, Ukraine,
Uruguay, Viêt-Nam (Nord), Yémen, Zambie.
Son utilisation est possible contre des objectifs aériens (jusqu'à une distance de 2 000 m et
une altitude de 1 000 m) avec une conduite de tir appropriée, toutefois les circonstances du tir
(deux tirs et non une succession de projectiles traçants), son poids (plusieurs centaines de
kilos avec l'affût), les dégâts observés sur l'appareil et les dépositions des témoins ne nous
permettent pas d'envisager son utilisation.
Mitrailleuses KPV, montées sur affûts
ZPU-2 installés sur pick-up 4 x 4
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Canon de 23 mm (Russie)
Fiche N° 6
Origine : Apparu dans les années 1960, le canon de 23 mm 2 A 14 représente la montée en
puissance des armes terrestres de défense anti-aérienne. Il est efficace contre les aéronefs volant à
basse altitude, jusqu'à une por tée de 2 500 m et une altitude de 2 000 m.
Descriptif et fonctionnement : C'est une arme qui fonctionne par emprunt des gaz, avec une
culasse verrouillée au départ du coup. Elle est alimentée par la droite ou par la gauche avec des obus
montés sur maillons détachables, placés dans un tambour de 50 coups.
Elle utilise des munitions de 23 x 152, pouvant tirer des obus perforants-incendiaires, perforantstraceurs,
explosifs, explosifs-traceurs ou perforants sous calibrés à sabot détachable.
La visée s'effectue au moyen d'une optique pouvant être associée à une conduite de tir et à un radar à
micro-ondes.
Ce canon est généralement combiné à un affût jumelé ZU 23-2 sur remorque ou un affût ZU 23-4
installé sur engin blindé. Il peut être couplé à des lance-missiles.
Le système ZU 23 est fabriqué par la Russie, la Bulgarie, la Chine, l'Egypte et la Pologne.
Pays utilisateurs : Russie, Afghanistan, Algérie, Arménie, Bangladesh, Bosnie Herzégovine,
Bulgarie, Cambodge, Chine, Cap Vert, Cuba, Chypre, Equateur, Egypte, Estonie, Ethiopie, Finlande,
Gabon, Georgie, Grèce, Guinée-Bissau, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Israël, Hongrie, Laos, Liban,
Libye, Maroc, Moldavie, Mongolie, Mozambique, Myanmar, Nicaragua, Nigeria, Ouganda, Pakistan,
Pérou, Pologne, Serbie, Sri Lanka, Tanzanie, Ukraine, Viêt-Nam, Yémen, Zimbabwe.
Son utilisation est improbable dans la mesure où il s'agit d'un système sophistiqué, lourd (950
kg pour le ZU 23-2). Les dégâts observés sur l'appareil et les déclarations des témoins ne
concordent pas avec ce type de matériel.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Lance-roquette RPG-7
Fiche N° 7
Origine : Créé en 1962, le lance-roquette anti-char RPG-7, est une évolution du modèle précédent le
RPG-2. Il s'agit d'une arme anti-char simple, économique et facile à mettre en oeuvre. Elle est très
répandue en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.
Descriptif et fonctionnement : C'est aussi un engin léger (6,3 kg) et peu encombrant (longueur =
0,95 m). L'élément principal se compose d'un tube en alliage léger de 40 mm. Il reçoit :
- un dispositif de mise à feu mécanique avec chien externe, ce qui lui assure une parfaite sécurité,
- un dispositif de visée mécanique ou une lunette de visée munie d'une échelle stadimétrique et de
repères permettant la correction des tirs sur objectifs en mouvement.
Le RPG-7 tire divers types de roquettes à charge creuse ou thermobarique dont les performances et
le calibre varient en fonction des modèles. La portée est d'environ 200 à 300 m.
Il été fabriqué en Russie, chine, Egypte, Géorgie, Iran, Irak, Pakistan, Roumanie.
Pays utilisateurs : Ils sont à peu près aussi nombreux que ceux du Kalashnikov, avec peut être une
centaine de pays.
Bien que cet engin ait été cité sur le lieu
des faits, son utilisation dans l'affaire
concernée doit être écartée en raison de
sa portée limitée et de la trop grande
vitesse de l'objectif.
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Javelin (Royaume-Uni)
Fiche N° 8
Origine : Présenté officiellement en 1983 ce petit missile sol-air (12kg) a été développé en 1979 par
Thalès sous contrat du Ministère de la Défense britannique. C’est un missile à guidage visuel semiautomatique
sur ligne de visée, il est équipé d’une détection infrarouge et d’un mode d’acquisition
vidéo (TV), c’est un system compact (19 kg), une seconde version fut mise en service en 1984
permettant de déjouer les principaux systèmes lance leurres. Il a été évalué en 1985 (100% de succès
au tir), pour une mise en service opérationnelle en 1986, il est remplacé en 1993 par le Starburst, il est
alors mis en réserve de guerre et utilisé pour l’entraînement.
Descriptif : long de 1,40m, il est contenu dans son tube lanceur dont la tête rotative est protégée par
un couvercle éjecté au départ du missile. Le gyro est pressurisé au gaz et le missile est équipé d’une
batterie thermique. Il est équipé d’un système de stabilisation commandé soit en automatique
(autoguidage) soit en manuel (joystick) par guidage TV par onde radio.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le tube comporte pour cela une poignée sur le coté gauche. La charge militaire (2,7kg) fonctionne
avec la fusée d’impact, la fusée de proximité ou le système d’autodestruction.
Fonctionnement : L’observateur par acquisition visuelle dirige le tireur vers la cible. Le tireur active
alors le système (on/off) puis déclenche le système d’acquisition (camera CCD) qui se confirme par un
cercle rouge dans le viseur. Le tireur presse alors la détente ce qui active les deux batteries internes
pour l’allumage du moteur et lancer le gyro. Après 0,2 seconde la coiffe du missile est éjectée et c’est
le départ du missile. Lors du tir durant le vol le missile doit être suivi et guidé sur sa trajectoire par la
ligne de visée du tireur sous peine de perdre le signal ce qui entraîne son passage en mode
autonome mais peut perdre le signal et alors déclencher son autodestruction.
Portée : 300 m à 4.500 m – Altitude 10 m à 3000 m.
Pays utilisateurs : Angleterre (1984), Botswana (1986), Pérou (1995), Corée du Sud (1986), Oman
(1984).
Conclusion : Son utilisation est possible contre les objectifs aériens avec acquisition visuelle
de jour. Cependant, vu les circonstances du tir de nuit et le fait qu’il n’a jamais été revendu en
Afrique par les pays acheteurs au moment des faits, son utilisation est peu probable
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Starburst (Royaume-Uni)
Fiche N° 9
Origine : Le Starburst (nom d’origine Javelin S15) fut lancé dans les années 1985, il garde les
caractéristiques du Javelin et utilise la technologie du guidage laser optique. Le développement est
terminé en 1989 et dés 1990 commence la mise en service opérationnel. Il est utilisé pour la première
fois durant la conflit en Irak (Opération Tempête du Désert). Au départ le système comporte 2
composants : le tube contenant le missile et le système de tir ; puis le système est ensuite modifié
pour contenir 3 tube lance-missiles montés sur un tripode pour une application terrestre, aérienne ou
naval. La production cesse en 2001.
Descriptif : Le poste de tir comporte trois tubes-lanceurs. Le missile est long de 1,40m, sa tête
rotative est protégée par un couvercle éjecté au départ. Le gyro est pressurisé au gaz et le missile est
équipé d’une batterie thermique. Il possède un système de guidage laser redondant, monté dans deux
ailes à l'arrière. Le système de tir comporte l’antenne réception laser. La charge militaire (2,7kg)
fonctionne avec la fusée d’impact, la fusée de proximité ou le système d’autodestruction, en option il y
a un détecteur IFF.
Fonctionnement : Le tireur doit acquérir sa cible puis enclencher le système pour connaitre les
angles de tir et l’altitude, il appuie sur la détente et le missile est éjecté à une distance de sécurité puis
il maintient la cible dans le viseur à l’aide de la commande et le missile se verrouille sur sa cible. Si la
cible n’est pas la bonne, le tireur peut détruire le missile.
Portée : 3.000m à 7.000m.
Pays utilisateurs : Grande-Bretagne (1990), Malaisie (1993), Koweït (1995), Qatar (1997), Canada
( ? ).
Conclusion : Son utilisation est possible contre les objectifs aériens avec acquisition visuelle,
mais en raison de son encombrement (trépied et tri-tube), de sa date de mise en services et
des dates de vente à l’exportation son utilisation est impossible
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Starstreak I (Royaume-Uni)
Fiche N° 10
Origine : Le projet remonte à 1984 pour un début de développement en 1986 (projet S14) par Thalès
et MBDA auprès du MoD britannique, la définition du missile est arrêté sous le nom de « Startreak »
en 1995, la mise en service opérationnelle est prononcée en 1997. Le système est associé à un
viseur de toit avec trois tubes lance-missiles. Les quatre avantages de ce système sont le viseur de
nuit, l’imagerie thermique, la capacité de veille sur 24 heures et la vitesse du missile (mach 3). Cet
engin est actuellement en production.
Descriptif : Les trois versions actuelles du missile utilisent la même base. Le missile utilise un
propulseur solide à deux étages. L’éjection missile et l’allumage moteur se font en une fraction de
seconde. Le missile est équipé de trois ailettes et d’une charge militaire à haute pénétration ainsi que
d’une fusée à retard. Le système de visée est stabilisé avec échange de données par Bus. Le module
de commande est équipé de batterie au lithium. Il existe une fonction "super élévation". La charge
militaire à fragmentation est à base de tungstène.
Fonctionnement : L’acquisition visuelle se fait par le viseur qui doit être maintenu sur la cible afin de
Starstreak les angles de tir et la confirmation que le missile ira sur la cible. Le missile est équipé d’un
propulseur double base extrudé de type roquette pour extraire le missile puis le second étage
permettant au missile d’atteindre la vitesse de mach 3,5. Les diodes laser permettent de Starstreak la
position du missile en 2D.
Portée : 300 à 7.000 m avec une vitesse initiale de 1 020 ms.
Pays utilisateurs : Angleterre (1992), Afrique du sud (2007)
Conclusion : Vu la date de mise en service de ce matériel, son utilisation au moment des faits
est impossible
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Starstreak II (Royaume-Uni)
Fiche n° 11
Origine : C’est en 1997 que Ministère de la Défense britannique (MoD) signe le contrat, les premiers
tests on lieu en 1998, ce missile doit rester opérationnel jusqu’en 2020, il est présenté officiellement
en 2007.
Descriptif : Toutes les versions du Starstreak utilisent le même missile fondamental. La particularité
de ce missile réside dans le fait que sa tête est composée de trois dards de tungstène. Le missile se
compose d'un ensemble propulseur solide à deux étages, un propulseur d'éjection et le moteur
principal. Chaque dard est guidé da façon autonome par le laser. Une tête militaire à haute densité est
incluse dans chaque dard.
Fonctionnement : Le missile est guidé par deux rayons lasers (faisceau de ralliement et faisceau
d'excitation) projetés dans une matrice de bidimensionnel par le dispositif de pointage. Les trois dards
se pilotent en formation dans une rayon approximatif de 1,5 m. La charge explosive de chaque dard
est suffisante pour détruire la cible par impact des nombreux éclats de tungstène. C'est un système
principalement monté sur véhicule léger équipé de tourelle.
Portée : 7 000 m pour 1 020 m/s
Pays utilisateurs : Royaume Uni,
Conclusion : Vu la date de mise en service de ce missile et la nécessité d'employer un affût,
son utilisation n'est pas envisageable.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Igla-1E (Bulgarie)
Fiche n° 12
Origine : C’est la société Vazovski Machinostroitelni Zavodi (VZM) qui produisait sous licence Russe
ce missile de seconde génération type KBM 9K310E Igla-1E (sous désignation OTAN SA-16) de la
famille des missiles Igla-1. Sa désignation exportation est 9K310E. La décision de production a été
prise en 1971 par l'Union Soviétique pour l’exportation afin de se concentrer sur les versions Strela-
2/2M/3 sous le nom d'Igla (pointeau). Ce missile utilise l'expérience acquise du système portatif de
défense aérienne Russe et en particulier la technologie du refroidissement de d'autodirecteur (Igla-1).
Il utilise l'autodirecteur du Strela-3 (type 9M313) ainsi que des équipements aérodynamique
nouveaux. Le propulseur du type 9M313 était nouveau ainsi que la plupart de l'électronique et
certaines parties de la tête militaire dont les détonateurs.
Descriptif : L'Igla-1E est conçu pour engager les cibles à basse altitude ou en vol stationnaire en
détectant les surfaces chaudes bord d’attaque ou échappement tout en étant guidé en mode FM. Le
missile peut engager des cibles ayant une vitesse comprise 360 et 400 m/s. Il est tiré en position
stationnaire mais il est également possible de le tirer à partir d'un véhicule blindé, en roulant si la
vitesse est inférieure à 20 km/h.
Fonctionnement : Le missile, est éjecté de son tube par un propulseur à deux étages (accélération et
croisière). L’autodirecteur est un infra rouge passif avec refroidissement. Les ordres de guidage
proviennent de la section du contrôle du missile par guidage FM. La fusée d’impact ou de proximité
fait détonner les 1,2 kg de la charge explosive à fragmentation. Le tube est accompagné d’une mire à
l'avant ainsi que d'un indicateur de lumière. Le bloc électronique assure la montée en régime du
système d'autoguidage de l'autodirecteur et l’interface mécanique vers la poignée.
Portée : 5.000 m pour 320 à 400 m/s avant auto destruction entre 14 à 17s.
Pays utilisateurs : Bulgarie, d’après l’ONU seul le Pérou a acheté ce missile.
Conclusion : Peu répandu, ce missile n'a pas pu être utilisé lors des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Fei Nu 6 (HY-6) (Chine)
Fiche n° 13
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Origine : C’est un tout premier petit missile a visé optique et guidage radio présenté officiellement en
2008. Il est destiné aux avions ou hélicoptères à faible vitesse.
Descriptif : L'ensemble de 17 kg ne peut pas engager de cible sous facteur de charge (au-delà de
4g).
Fonctionnement : Le missile est éjecté du tube, il se produit ensuite l'ouverture des ailettes puis
l'accélération à moins de 600m/s. La tête est équipée d’un détecteur IR passif, en apparence elle est
similaire à celle du Mistral français développé par MBDA.
Portée : 3.800 m avec une vitesse d’engagement de la cible à moins de 360 m/s
Pays utilisateurs : Chine, Malaisie (envisagé), Soudan (non confirmé), Pérou, Cambodge.
Conclusion : En raison de la date de sa mise en service, il ne peut pas être retenu.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
FN 16 (Chine)
Fiche n° 14
Origine : Le FN 16 est l’un des derniers missiles présentés en 2009 à l’exportation pour un client
étranger non cité. Son développement semble terminé.
Descriptif : C’est un missile de 11,5 kg équipé d’un détecteur IR bi-color, d’une fusée de contact et
d’une fusée Laser de proximité, son moteur de nouvelle génération est à poudre à haute énergie.
Fonctionnement : Le missile est tiré soit par un homme, soit par une unité de tir comportant 4 tubes
lance-missiles.
Portée : de 500 à 5.500 m
Pays utilisateurs : Chine.
Conclusion : Ce matériel est trop récent pour avoir été utilisé en 1994.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
HongYing 5 (HN-5 Chine)
Copie du SA 7 Russe
Fiche n° 15
Origine : C’est en 1973 durant la guerre Israélo/Arabe, que via l’Egypte, la copie du STRELA 2 (SA 7
Russe) arrive en Chine, le développement de ce missile démarre en 1975, mais sa certification n’est
acquise qu’en avril 1985. En 1979 est créée une deuxième version de ce missile sous le nom de
"Hong Nu-5A" pour une mise en service en 1986.
Descriptif : L’ensemble de 16 kg contient un missile de 13 kg, il est équipé d’un détecteur IR à
refroidissement externe, d’une poignée de contrôle et batterie externe, le tube est rechargeable et les
équipements réutilisables. Il peut être monté sur véhicule.
Fonctionnement : Le missile est guidé par le détecteur infra rouge suivant une loi de navigation
proportionnelle sur but futur.
Portée : de 800 à 4.400 m
Pays utilisateurs : Chine, Corée du Nord, Afghanistan, Bangladesh, Iran, Irak, Birmanie, Pakistan,
Bolivie (1996), Thaïlande (1997),
Conclusion : Bien qu'ayant été largement diffusé et observé dans diverses zones de conflits
depuis 1985, ce matériel n'a pas pu être employé car son utilisation de nuit n’est pas possible,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei-1 Vanguard (Chine)
Fiche n° 16
Origine : Il est présenté à l’exportation en 1994, comparé au HN-5 précédent, les principales
évolutions sont l’augmentation de la vitesse et l’amélioration du senseur IR (technologie similaire au
Stinger Américain) avec détection de la surface d’échauffement du bord d’attaque des ailes. En 1998
il est monté sur véhicule et hélicoptères.
Descriptif : L’ensemble de 17 kg contient un missile de 11 kg composé d’un détecteur IR à navigation
proportionnelle, de deux vannes de contrôle de vol (mini tuyères), 4 ailettes, d’une charge militaire à
fragmentation, de fusées de contact et proximité. Le tube en fibre de verre comporte la poignée de tir,
la batterie et la bouteille de gaz haute pression.
Fonctionnement : Sur ordre de l’observateur, si le tir est confirmé, le tireur active la batterie ce qui
déclenche la mise sous pression de l’autodirecteur, le tireur doit attendre le son continu confirmant
l’acquisition de la cible et son verrouillage puis le signal visuel dans le viseur confirme les angles de
tir. Le missile éjecte le booster à distance de sécurité puis démarre le propulseur.
Portée : de 500 à 5 000 m.
Variantes : QW1, QW1A (Radar LCD), QW1G (fusée proximité), QW1M (viseur J/N), QW1T
(entraînement).
Pays utilisateurs : Chine.
Conclusion : N'était pas encore exporté au moment des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei-2 (Chine)
Fiche n° 17
Origine : Le Qian Wei 2 de fabrication chinoise est similaire à l’IGLA 1 Russe bien que légèrement
moins long. C’est un missile à autoguidage infrarouge passif utilisant les lois de navigation à guidage
proportionnel. L’autodirecteur serait capable de discerner certaines contre-mesures (l’Iran et le
Pakistan utiliseraient la même série de composants).
Descriptif : Le missile utilise un propulseur à carburant solide qui ne pèse que 11,32 kg avec une tête
militaire de 1,42 kg pour une installation complète de tir de 18,4 kg. En option un système de TV tir de
nuit est possible mais on ne possède aucune information sur la portée opérationnelle dans ces
conditions.
Fonctionnement : Le missile fonctionne de la même façon que les missiles IGLA 1 Russe.
Portée : Elle varie en altitude suivant les différentes documentations entre 3.500 et 4.000 mètres pour
une portée opérationnelle de 500 à 6 000 m.
Pays utilisateurs : Chine, Inde, Pakistan, Bangladesh.
Nota : Le cout moyen d’un système serait de l’ordre de 100.000 $.
Conclusion : N'est entré en production qu'en octobre 2002,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei 3 (Chine)
Fiche n° 18
Origine : C’est la société d'industrie aérospatiale de la Chine (CASIC) qui produit la famille des
missiles Qian Wei ainsi que les systèmes d'armes. Selon les porte-paroles de la société, le QW-3
serait en production depuis 2001/2002. Il est donc raisonnable de penser que le développement a
débuté au milieu des années 90.
Descriptif :.La version (IR) infrarouge de la famille des missiles QW serait semblable au missile russe
Igla-1. Le missile QW-3 serait capable du guidage laser avec auto directeur semi-actif ainsi que
l’autoguidage infrarouge. Le missile à guidage laser en comparaison au guidage infra rouge aurait une
poursuite légèrement plus lente de l’ordre de 15° par seconde. Ce qui prédestine ce missile pour des
cibles aux altitudes très faibles qui ne peuvent pas manoeuvrer aussi rapidement que celles se
trouvant à des altitudes plus élevées. Le système missile possèderait un circuit de brouillage incorporé
dans sa fonction infra rouge avec une capacité omnidirectionnelle d'attaque.
Fonctionnement : C'est un missile avec propulseurs à deux étages, qui pèse approximativement 23
kg au moment du lancement pour 2,10m de long ; mode dual guidage Laser + Infrarouge.
Portée : de 800 à 8 000 m.
Pays utilisateurs : Chine, Indonésie.
Note : De par ses éclats, son explosion est mortelle dans un rayon de 3 m et vu la masse du missile
(23 kg), on peut supposer que le tir à l’épaule est impossible sans l’utilisation d’un support (Tripode ou
autre).
Conclusion : Mis en production en 2001/002,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei 4 (Chine)
Fiche n° 19
Origine : Comme à l’habitude, il a été rapporté tardivement en 2002 que la société d'industrie
aérospatiale de la Chine (CASIC) avait commencé le développement d’un système missile à courte
portée de défense aérienne de 3éme génération Qiang Wei-4 (QW-4). Ce système utilise la technologie
d'imagerie infrarouge (IR). Mais vu la masse du missile Qian Wei 3 on peut penser que ce système
sera monté sur les véhicules terrestres, les navires de guerre et probablement les hélicoptères. Ce
système semble opérationnel depuis 2007.
Descriptif : Cette nouvelle version est le Qian Wei 4, il fait suite aux précédentes versions, mais
suivant le cahier des charges, le missile doit pouvoir arrêter les missiles de croisière, les hélicoptères
et les avions.
Fonctionnement : La détection serait à longue portée, avec une plus grande zone de létalité autour
du missile, de plus le ciblage est omnidirectionnel. L’autodirecteur infrarouge (IR) serait renforcé
contre les leurres et autres systèmes de défense.
Portée : de 500 à 6 000 m pour une vitesse de 640 m/s.
Pays utilisateurs : Chine.
Conclusion : Ce matériel a été mis en service postérieurement aux évènements.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei 11 (Chine)
Fiche n° 20
Origine : Le missile Qian Wei 11 ou Qian Wei 1G a été développé spécifiquement pour l’interception
des missiles de croisières ou des appareils lents.
Descriptif : Selon la documentation chinoise, il combine cette mission tout en maintenant la capacité
d'engager des avions à haute et basse altitude. Ce missile utilise une fusée d’impact et une fusée
laser de proximité ainsi que le traitement numérique de l'information. Le missile présente juste avant la
tête militaire une bande rouge qui contient probablement 8 lentilles détectrices laser. Comparé aux
fusées d'impact présentes sur les précédents modèles, la fusée laser de proximité améliore
grandement l’interception des missiles de croisière. Le missile lui-même est semblable dans tous les
aspects aux précédents modèles, seuls sont identifiés certaines nouveaux composants comme la
poignée de tir suite de l'apparition des circuits numériques. La source de puissance (batterie) est
cependant de forme plus ancienne, elle est semblable à celle du Stinger et est montée en position
droite, avant la poignée de tir. Vu la forme de l’ogive du missile, l'autodirecteur fonctionne dans la
bande de 3 à 5 microns. Suivant les sources chinoises l’autodirecteur est infrarouge Bi-bandes, il
permet d’augmenter la détection de la chaleur d'échappement mais également la différence de la
température de la surface de la cible.
Portée : de 500 à 5 000 m pour une altitude maximum de 4 000 m.
Pays utilisateurs : Chine.
Conclusion : Ce missile est en service depuis 2006 seulement.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Qian Wei 18 (Chine)
Fiche n° 21
Origine : Le missile Qian Wei-18 a été présenté pour la première fois à la fête aérienne de Zhuhai en
Chine en novembre 2006. La société d'industrie aérospatiale de Shenyang dans Xinle a développé ce
nouveau système de missile portable pour engager diverses objectifs :
• hélicoptères,
• avions à hélice,
• missiles de croisière,
• avions à réaction.
Le système est décrit dans la documentation chinoise comme une suite à la famille des missiles Qian
Wei.
Descriptif : D’une masse de l’ordre de 10 kg, le missile utilise un autodirecteur convexe infrarouge
(IR) Bi-bandes évoluant dans les 1.2 à 2.5 μm et 3 à 5 μm. Le missile utilise également une
techniques anti brouillage intense qui le rend résistant aux brouilleurs et aux leurres multiples lancés
dans un système séquentiel. L'installation de tir sol est de type plus ancien, la batterie est montée
horizontalement.
Portée : 500 à 5 000 m pour une altitude de 10 à 4 000 m.
Pays utilisateurs : Chine.
Nota : Le développement est terminé et le missile est proposé à l’exportation depuis 2006.
Conclusion : Matériel trop récent pour avoir été utilisé lors des faits
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
CHIRON - Singung (Corée du Sud)
Fiche n° 22
Origine : Le développement du système portable de missiles surface-air de Chiron (Singung) par
NEX1 Future Company Ltd (Corée du Sud) est censé pour avoir débuté en 1995. Ce système doit
posséder la capacité de prendre en compte des cibles comme :
• les avions,
• les hélicoptères,
• les missiles de croisière.
La fabrication en série débute pendant 2004, avec un déploiement dans la même année, cependant
des essais ont confirmé que le système n'était pas prêt pour la fabrication en série et la mise en
service avant septembre 2005.
Les ingénieurs sud-coréens ont admis que la technologie d'autodirecteur était russe (on reconnait la
forme du missile IGLA) ; mais que la section, la tête militaire et le propulseur de contrôle étaient d'une
conception sud-coréenne.
Descriptif : Le Singung est un missile épaulé-tiré qui était censé être meilleur marché que le Stinger
américain ou le Mistral français. Le coût unitaire serait de l’ordre de 153.000 $. Le Chiron (Singung)
est un système monté sur un trépied, il est mis en oeuvre par deux hommes et tiré comme le Mistral.
Portée : 7 000 m pour une altitude maximum de 3 500 m.
Pays utilisateurs : Corée du Sud
Conclusion : Matériel mis en service en 2006
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
LG Innotek (Corée du Sud)
Fiche n° 23
Origine : L’Innotek est un système de tir missile autonome mis en oeuvre par deux hommes, il est
monté sur un trépied et est tiré comme le Mistral. La première différence entre le système russe d'Igla
et l’Innotek est à l’avant du tube lanceur le système d'identification ami-ennemi (antenne).
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Descriptif : C’est un combiné du système russe IGLA et du Mistral français.
Fonctionnement : Le missile fonctionne sur un système autodirecteur infrarouge passif bicolore.
Portée : inconnue
Pays utilisateurs : Corée du Sud
Conclusion : Ce matériel est trop récent pour avoir pu être utilisé en 1994.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Sakr Eye (Egypte)
Fiche n° 24
Origine : L'Armée de terre égyptienne a d'abord utilisé des missiles russes puis en 1970, a développé
une version locale du Strela-2M. Appelée "Sakr Eye", il est qualifié en 1982 et mis en service en 1988.
Le "Sakr Eye" a été déployé par les Égyptiens durant la Guerre du Golfe de 1991. L'Egypte a
apparemment fourni une petite quantité du système Strela-2 à la Chine et la Corée du Nord en 1974.
Descriptif : Le "Sakr Eye" comporte : le missile et son tube jetable en fibre de verre, la poignée de tir.
Il est équipé de deux viseurs positionnés sur le côté avant gauche avec indicateur d'acquisition, une
pile thermique remplaçable est montée à l'avant (40 s). La poignée de tir contient le mécanisme de tir
et le circuit électronique de tir, à poste elle autorise la séquence de lancement et l'éjection du missile
en mode manuel ou automatique.
Fonctionnement : Le tireur acquiert sa cible dans le viseur puis sélectionne le mode de tir manuel ou
automatique de jour. Des indications sonores et visuelles sont données au tireur quand la cible est
dans l'enveloppe de tir. Au départ le missile est éjecté puis le propulseur pousse le missile durant 16
secondes avant de se détruire. L'autodirecteur infrarouge passif (IR), est plus sensible que l'original
russe. Il est équipé d'un filtre limitant les reflets liés aux nuages. L’explosion est produite par une
fusée de contact. Le temps de préparation est de 10 s. Vitesse limite d’acquisition cible : 280 m/s en
poursuite et 150 m/s en frontal.
Portée : efficace de 4 400 m pour une altitude maximum de 2 400 m.
Pays utilisateurs : Egypte, Afghanistan, (son emploi par le Hamas en Palestine n'est pas confirmé).
Conclusion : Matériel de faible diffusion, et non utilisable de nuit.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
MISTRAL 1 (France)
Fiche n° 25
Origine : CMatériele monté sur tripode, il est développé en 1979 sous le nom de "Mistral" ; les
premiers essais de tir ont lieu de 1983 à mars 1988. La mise en service opérationnelle est prononcée
en janvier 1990, il est utilisé en 1991 durant la guerre du Golfe, mais c’est en 1996 qu’arrive la
première commande à l'export.
Descriptif : Le système se compose du missile dans son tube de lancement, du tripode avec mât
vertical, d’un boîtier électronique de commande, d’un système de visée de jour, d’une batterie externe
et d’un système de refroidissement, avec en option un dispositif de visée de nuit (caméra thermique)
et un interrogateur IFF. Le système complet, démonté, se compose de 2 colis de 20 kg.
Fonctionnement : Le tireur acquiert la visée en gisement puis en site. Le réticule de pointage
lumineux et continu est affiché. Le tireur appuie sur la détente, une fois initié le système peut
fonctionner 45 s. Le propulseur d'accélération éjecte le missile à 40 m/s. A 15 m du tireur, le
propulseur de croisière démarre et le missile est guidé sur la cible par autoguidage infrarouge
(navigation proportionnelle) en utilisant un gyro en tant que référence. La durée maximale de vol est
de 14 s.
Portée : 300 à 6 000 m à 800m/s.
Pays utilisateurs : France, Brésil, Brunei, Chili, Autriche, Belgique, Chypre, Equateur, Estonie,
Finlande, Corée du Sud, Norvège, Pakistan, Qatar, Arabie Saoudite, Singapour, Espagne.
Conclusion : Largement diffusé, mais trop récent, ce matériel n'a pas pu être utilisé lors des
faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Mistral 2 (France)
Fiche n° 26
Origine : Le constructeur (MBDA) a commencé la production du Mistral 2 en 2000. Le but étant
d’améliorer l'aérodynamique et les performances du modèle initial, tant pour la version sur trépied que
pour celles montées sur véhicules ou autres porteurs.
Descriptif : Les principaux points d’amélioration sont l’aérodynamisme, le domaine de tir, le booster
l'autodirecteur infrarouge, les ailettes de navigation. La vitesse maximale est supérieure à Mach 2,6.
Portée : maximum 6 500 m et altitude maximum 3 000 m, vitesse maximum 880 m/s.
Pays utilisateurs : France, Arabie Saoudite, Emirat Arabe Unis.
Conclusion : De réalisation trop récente, l'emploi de ce matériel ne peut être envisagé.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Al Quds (Palestine)
Fiche n° 27
Origine : Un porte-parole du HAMAS a confirmé en 2004 que l'organisation palestinienne essayait de
développer des petits missiles sol air. En 2009 cette information n’est pas confirmée, mais d’autres
missiles importés de Chine via l’Iran sont utilisés.
Descriptif : Sur la base des informations disponibles à ce jour, seul des missiles russes type Strela-
2/2M ou Misagh-1 Iraniens sont susceptibles d’être modifiés. Les rapports des services secrets
israéliens évaluent qu'au moins 10 Strela-2 (Strela-2M) sont passés en contrebande dans la bande de
Gaza ces dernières années. Il est probable que l’on trouve des missiles de type :
• SAM portable ex-Soviétique de type Strela-2/2M,
• SAM portable ex-Soviétique de type Strela-3,
• SAM portable Russe de type Igla-1E,
• SAM portable Chinois de type QW-1.
Plusieurs militants islamiques ont été blessés en février 2006 en essayant d'utiliser un Manpad de
conception locale pour abattre un hélicoptère israélien.
Fonctionnement : Le missile serait une copie du modèle russe.
Portée : inconnue.
Pays utilisateurs : Palestine.
Conclusion : Ce matériel n'étant pas au point et d'une conception postérieure aux faits.
Misagh 1
Stréla 2b
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Igla 1 (Inde)
Fiche n° 28
Origine : Suivant des rapports de presse des autorités indiennes, l’Inde utilisait des missiles STRELA
relativement anciens introduit dans les années 1983 puis des missiles IGLA. Les ingénieurs indiens
ont modifié les missiles russes Igla-1 afin d'augmenter leur durée de vie et leur potentiel.
Descriptif : Aucun changement n'est intervenu dans le système de guidage, qui reste un infrarouge
passif et autonome après lancement.
Fonctionnement : Le missile est similaire aux missiles russes.
Portée : de 500 à 5.000m pour une altitude maximum de 3.500m.
Pays utilisateurs : Inde
Conclusion : Ce matériel n'a pas été vendu à l’exportation,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
MISAGH 1 (Iran)
Fiche n° 29
Origine : Le Misagh-1 est un missile infra rouge passif compact de seconde génération d’origine
chinoise (copie du QW 1) mais pilotable sur un seul canal. Il est en service dans les forces Iraniennes
depuis les années 2000 puis il a été remplacé petit à petit par le MISAGH 2. Il est depuis peu proposé
à l’exportation.
Descriptif : Il est équipé d'une tête militaire avec fusée d’impact, estimée à 1,42 kg d’explosif, sa
longueur est de 1,477 m, son diamètre 71 cm, la masse du missile est de 10,86 kg pour une
installation complète pesant 16,9 kg. Le tube est à usage unique, la poignée ne semble pas
démontable, à l’avant la batterie et la cartouche de gaz réfrigérant sont remplaçables.
Fonctionnement : Lors du lancement le missile est éjecté hors de son tube par son propulseur
d'accélération qui tombe à l'arrière afin de permettre au propulseur principal de prendre le relais. Le
missile est alors accéléré à une vitesse maximale de 600 m/s. Il dispose de 4 ailettes de stabilisation à
l'arrière du missile et de gouvernes de type canard, montées à l’avant juste après la tête chercheuse.
Portée : de 500 à 4.000/5.000m
Pays utilisateurs : Iran, Irak,
Conclusion : C’est une copie du missile chinois QW1 de 1994, il ne peut pas avoir été en
service au moment des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Misagh-2 (Iran)
Fiche n° 30
Origine : Le Misagh-2 a été développé comme une suite du Misagh-1 original. Le Misagh-2, est
également connu sous le nom de Mithaq-2 (probablement une appellation occidentale). Comme son
prédécesseur, c’est un missile infrarouge passif à courte portée développé par le Ministère de
Défense à Téhéran. C’est le 6 février 2006 que le ministre de la Défense a inauguré la nouvelle ligne
de production. Il aurait une apparence semblable au QW-2 chinois, lequel est issu de l’IGLA Russe.
Fonctionnement : C’est un missile à navigation proportionnelle avec guidage terminal infrarouge
basé sur le QW 2 chinois.
Portée : pour une vitesse de 700ms il aurait une portée de 5 000 m avec une altitude max de 3 500m.
Pays utilisateurs : Iran, Irak.
Conclusion : Ce matériel est trop récent pour avoir été utilisé lors des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Kin Sam 91 (Japon)
Fiche n° 31
Origine : L'Agence de Défense Japonaise (JDA) a étudié les autodirecteurs infrarouges dès 1979,
mais c’est en 1982 que les forces japonaises ont commencé à rechercher un système de missile
d’autodéfense portable de type Stinger de Raytheon. En 1987 le développement a été reporté et le
programme a été repris dans les années 1990/1991.
Descriptif : Le missile est d’une configuration courante, utilise un propulseur d’accélération séparé et
un propulseur de croisière à poudre. Le système d'autoguidage est à double mode, on pense qu’il
utilise les bandes infrarouges visibles et 3,5 à 5,2 μm et de 0,4 à 0,7 μm. Le missile est équipé d’un
détecteur haute résolution (CCD) qui mémorise la trajectoire de sa cible, ce qui le rend extrêmement
résistant à tous les contre-mesures défensives. La longueur du missile est approximativement de 1,43
m, pour un diamètre 8 cm, sa masse au lancement est de 11,5 kg environ.
Portée : L'engagement minimum est de 300 m et la vitesse de 640 m/s pour une portée maximum de
5 000 m.
Pays utilisateurs : Japon.
Conclusion : Ce missile n’existait pas à l’époque des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Anza Mk I (Pakistan)
Fiche n° 32
Origine : C’est un missile à tête infra rouge passif, en service sur la frontière pakistano-indienne dés
les années 1990. Il ressemble au missile HN5 Chinois. Il est très rapidement remplacé par le Anza MK
II.
Descriptif : C’est un système de 15 kg pour un missile de 9,5 kg.
Fonctionnement : Le missile comporte une charge militaire de 370 gr avec une auto destruction au
bout de 14 à 17s, durée de la batterie 40s, fusée d’impact électromécanique.
Portée : 1 200 à 4 200 m, engagement cible 250 m/s.
Pays utilisateurs : Pakistan (pas d’exportation).
Conclusion : Ce modèle n'est pas exporté et le tir de nuit est impossible.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Anza Mk II (Pakistan)
Fiche n° 33
Origine : Matériel mis en pleine production à partir de 1994 et observé sur la frontière pakistanoindienne.
Descriptif : De par sa forme et ses performances c’est la copie du QW 1 chinois. Le système de 16,5
kg emporte un missile de 10,5 kg. La charge militaire est de 550 g. Autodestruction 14 à 18 s, fusée
d’impact électromécanique.
Fonctionnement : Le système est limité en déplacement angulaire à 15° par seconde, navigation
proportionnelle et guidage terminal.
Portée : 500 à 5 000 m, vitesse cible > 300 m/s,
Pays utilisateurs : Pakistan, Malaisie.
Conclusion : Matériel mis en production après les faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Anza Mk III (Pakistan)
Fiche n° 34
Origine : Mise en service en février 2008, il est utilisable de jour comme de nuit.
Descriptif : C’est la copie conforme du Qian Wei-2 chinois lequel est la réplique du Strela 2 russe
avec quelques modifications mineures. Détecteur infrarouge, charge militaire de 550 gr.
Fonctionnement : Le missile suit la loi de navigation proportionnelle avec guidage final.
Portée : 500 à 6 000 m
Pays utilisateurs : Pakistan, Corée du Nord, Chine, Pologne, Singapour, Vietnam, Bulgarie.
Conclusion : Largement diffusé mais postérieur aux faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Grom (Pologne)
Fiche n° 35
Origine : Le développement de ce missile a commencé en 1992 avec une mise en service en 1995. Il
a été produit jusqu'en 1999.
Descriptif : Le Grom ressemble en apparence à l'IGLA 1 russe, mais on remarque les différences
suivantes : boîtier électronique plus petit, optique et système de détection différent, miniaturisation de
l’électronique (-30%) et augmentation de la charge militaire, possibilité de reprogrammation suivant la
géographie du terrain. Le système présente une masse de 16,5 kg dont 10,5 kg pour le missile. La
charge militaire passe à 1,82 kg.
Fonctionnement : Le missile est guidé en infrarouge passif en Bi-bande avec verrouillage sur cible
avant tir. Avec transmission des informations par message sonore.
Portée : de 500 à 5 000 m, d’une vitesse de 650 m/s il peut engager des cibles évoluant à 400 m/s.
Pays utilisateurs : Pologne et Géorgie.
Conclusion : Sa mise en service est postérieure aux faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Piorun (Pologne)
Fiche n° 36
Origine : Le Piorun est issu du Grom–M. Le projet est lancé en 2006 après une pré-étude en 2007, la
fin du développement était prévu en 2010 avec une mise en service espérée pour 2012.
Descriptif : C’est la copie améliorée du GROM portant sur les points suivants : booster plus puissant,
commandes numériques, laser. La mass de l’ensemble est évaluée à un maximum de 17 kg.
Fonctionnement : C’est un missile à guidage laser avec gyro intégré.
Portée : On espère une portée de 500 à 6 000 m avec une vitesse de 660 m/s.
Pays utilisateurs : Pologne
Conclusion : Son développement n'est pas terminé au jour de la conclusion de notre rapport.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
CA 94 M (Roumanie)
Fiche n° 37
Origine : Le CA 94 M est une version améliorée du CA 94 évalué dés 1998, c'est lui-même en copie
du Strela 2M russe. La qualification a été obtenue en 1998.
Descriptif : Les principales différences avec le CA 94 sont : une électronique hybride, l'activation des
fusées de proximité dés 15 cm. Charge militaire préformée, batterie thermique démontable. Indicateur
automatique des angles morts. Le missile pèse près de 15 kg !
Fonctionnement : Le système est capable de tir de jour ou de nuit, avec guidage infrarouge passif et
navigation proportionnelle.
Portée : de 500 à 4 600 m
Pays utilisateurs : Roumanie, proposé à l’exportation…
Conclusion : Ce matériel est postérieur aux faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C 94 (Roumanie)
Fiche n° 38
Origine : Ce système est la copie du Strela 2 M, construits partiellement avec des composants
russes : quelques éléments du missile, le tube lanceur, la poignée, la batterie thermique, le reste étant
de fabrication roumaine.
Descriptif : L'installation présente une masse de 16 kg pour un missile de 9,8 kg. Le missile se
compose de quatre parties : l’avant avec le désignateur infrarouge passif simple bande, la section de
contrôle avec les vannes de stabilisation de vol, la charge militaire de 3 kg dont 1,15 kg de charge à
fragmentation et 370 g d’explosif détonant avec fusée de contact, fusée de proximité et
autodestructeur. Le moteur est composé d’un booster qui propulse le missile à 28 m/s et lui assure
aussi une rotation angulaire d'environ 28°/s, puis c'est le démarrage du moteur d’accélération à 5/6m
du tireur et enfin le moteur principal. Le tout présente une masse de 4,2 kg.
Fonctionnement : Le missile peut engager des cibles évoluant entre 150 et 260 m/s, l’acquisition des
cibles se fait visuellement. La batterie demande un temps de réaction de 1 à 1,3 s pour une durée de
40 s max avec une période de lancement de 5 s. Autodestruction 14 à 17 s. Charge militaire mortelle
dans un rayon de 4 m.
Portée : 800 à 4 200 m
Pays utilisateurs : Roumanie.
Conclusion : Ce matériel ne semble pas avoir été exporté, son utilisation de nuit est
pratiquement impossible en raison du principe de dépointage du viseur.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
IGLA 1 - SA 16 (Russie)
Fiche n° 39
Origine : Le missile IGLA 1 (NATO SA-16) "Gimlet'" est la seconde génération de missile russe, de la
famille IGLA, les caractéristiques sont sensiblement toute les mêmes. Entré en service en 1981, le
missile IGLA 1 est apparu pour la première fois en Angola, puis durant la 1ère Guerre du Golfe en Iraq
en 1991.
Descriptif : Composé de cinq parties, ce missile est équipé d’un détecteur IR et de son électronique
de commande, d’une section de contrôle des vannes de navigation et de guidage, d’une charge
militaire à fragmentation de 1,27 kg accompagnée de sa fusée d’impact et de proximité. Il est muni
d'un propulseur de croisière assurant la stabilité et la rotation du missile ; ainsi que d’un booster
d’accélération.
Fonctionnement : Le missile IR est capable de détecter les surfaces chaudes comme le bord
d’attaque des ailes d'un avion. Dans des engagements frontaux, le système peut être utilisé contre
des cibles avec des vitesses de jusqu'à 360 à 400 m/s. Contre des objectifs en éloignement, la vitesse
de cible de maximum est ramenée à 320 m/s. 70 tirs d’entraînement sont nécessaire pour qualifier le
Tireur.
Portée : Vitesse moyenne : 570 m/s. Champ de tir maximum, objectif en rapprochement : 4.500 m
Vitesse maximum d'enclenchement, objectif en rapprochement : 360-400 m/s
Altitude efficace maximum, objectif en rapprochement : 2 000 m (jets)
Altitude efficace maximum, objectif en rapprochement : 3 000 m (hélicoptères et avions à
piston)
Altitude efficace minimum : 10m
License de fabrication : Bulgarie, Corée du Nord, Pologne, Singapour, Vietnam…
Pays utilisateurs : Angola, Arabie Saoudite, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine,
Botswana, Bulgarie, Corée du Nord, Corée du Sud, Croatie, Cuba, Emirats Arabes Unis, Equateur,
Finlande, Géorgie, Hongrie, Inde, Irak, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Moldavie, Monténégro,
Nicaragua, Ouzbékistan, Pérou, Pologne, Russie, Rwanda, Serbie, République Tchèque, Slovaquie,
Slovénie, Syrie, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine, Vietnam.
Conclusion : Compte tenu de sa large diffusion, de ses possibilités de tir frontal et de nuit, vu
les marquages cités dans la procédure
L'utilisation de ce matériel est envisageable
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
IGLA 1M (Russie)
Fiche n° 40
Origine : Le bureau central de conception d'arsenal en Ukraine propose une revalorisation du missile
sol-air Igla-1 portable, ce qui améliore ses capacités à faible altitude contre des cibles telles que des
appareils à turbopropulseurs, les avions à réaction et les hélicoptères, pour une meilleure acquisition
de front et des engagements arrière sur le plan thermique dans de forts environnements (IR)
infrarouges de brouillage.
Descriptif : La revalorisation d'Igla-1M comporte :
- Le remplacement de l'autodirecteur 9E418 existant par un nouveau modèle avec des
capacités performantes augmentées contre le brouillage d'IR et les phénomènes de fond
thermiques.
- La modification de plusieurs sous-systèmes du missile dont l’autodirecteur d’un nouveau
modèle
- L’ajout d’une source d’énergie externe GPSS (Ground Power Supply Source).
Fonctionnement : idem au missile IGLA 1, probabilité de rejet de brouillage multiplié par 30, malgré
ces améliorations sa probabilité d’abattre une cible se limiterai entre 0,3 et 0,48 qui peut être ramenée
à 0,24 en présence de lance leurres, d’autres rapport (constructeurs) font état d’une probabilité de
0,59.
Portée : 5 000 m
Pays utilisateurs : Russie, offert à l’exportation (Hongrie, Syrie, Ukraine…).
Conclusion : Semble postérieur au moment des faits.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
IGLA – SA 18 (Russie)
Fiche n° 41
Origine : Connu sous le nom russe "Igla" (le pointeau), Il est entré en service en 1983. Le
développement a commencé en 1971 mais sa mise en service a été précédée par la variante export
simplifiée "Igla-1" vu les nombreux problèmes découverts lors du développement sur plusieurs
composants majeurs. Le missile reste identique avec l'Igla-1 en termes de corps de propulseur, unités
d'alimentation, masse et équipements nécessaires pour la formation.
Descriptif : L'installation comprend le tube de tir contenant le missile comportant cinq sections : 1.
Autodirecteur, bi-bande passif refroidi et l'électronique. 2. La section pilotage avec les vannes de
contrôle de missile. 3. La charge militaire à fragmentation de 1,27 kg (0,405 kg d’explosif) et une fusée
d'impact. 4. Le moteur à propergol solide de double-base qui s’allume à distance de sécurité du tireur
après éjection du tube. Le moteur porte quatre ailettes qui une fois ouvertes stabilisent le missile et
assurent la rotation sur son axe longitudinal. 5. Tronçon éjection qui donne la vitesse initiale au missile
et la rotation. Le tube de fibre de verre est utilisé pour transporter et tirer le missile, sur lequel se
montent le viseur, la batterie, la poignée de tir, la bouteille d’air comprimé.
Fonctionnement : Le tireur doit visuellement détecter sa cible, activer l'alimentation et viser la cible.
puis appuyer sur la détente. La procédure interrogation IFF, activation missile, départ du missile est
automatique. Le tireur doit suivre sa cible. Le missile quitte le tube, les plans fixes verticaux sont
déployés. Le missile est armé à 120 m du tireur. Le guidage missile se fait en navigation
proportionnelle, utilisant l'autodirecteur passif bi-bande Infrarouge. Comme pour le SA16, au tout
dernier moment avant de frapper la cible, le calculateur déplace le point de pointage du missile de la
zone de jet d'échappement du moteur vers la section centrale du fuselage. Le missile frappe ainsi sa
cible et un retard initie la tête militaire qui détonne.
Portée : de 500 à 4 500 m pour les cibles se rapprochant.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Pays utilisateurs : Allemagne de l'Est, Biélorussie, Brésil, Colombie, Equateur, Etats-Unis en Iran,
Finlande, Inde, Sri Lanka, Iran, Malaisie, Mexique, Monténégro, Pérou, Russie, Serbie, Somalie,
Singapour, Thaïlande, Ukraine, Venezuela, Vietnam.
Conclusion : L'emploi de ce cousin du SA 16 peut être envisagé bien qu’il n’ait pas été acquis
par le Rwanda ou les pays voisins et que son existence dans cette région nous semble peu
crédible au moment des faits.
Toutefois nous pouvons éventuellement retenir son utilisation comme possible
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
IGLA S – SA 24 (Russie)
Fiche n° 42
Origine : L'Igla-S est un système de nouvelle génération aussi désigné sous le nom de SA-24 Grinch.
Il est plus performant que l'Igla d’origine et les systèmes dérivés de l'Igla-1. Il est proposé à
l’exportation depuis 2008.
Descriptif : L'Igla-S a été conçu pour engager avions, hélicoptères, missiles de croisière et les
aéronefs de face sous des conditions de visibilité directes jour et nuit. Les changements principaux
sont : augmentation de létalité de la tête militaire, aptitude au tir de nuit avec un équipement de vision
nocturne. La lunette thermique est basée sur le senseur français non refroidi. Le champ de vision est
de 20° × 15° avec une portée de détection de 7,7 km contre un avion de combat. Pour un hélicoptère
la portée diminue à 6 km de jour mais augmente à 8 km de nuit. Le Mowgli-2M fonctionne sur 12 V ce
qui permet jusqu'à six heures du fonctionnement permanent.
Fonctionnement : Le missile possède un détecteur bi-bande, des indicateurs d’angle mort et
d’élévation en mode automatique dans le viseur, une charge militaire optimisée (2,5 kg) avec retard,
Portée : 6 000 m
Pays utilisateurs : Russie, Venezuela, Vietnam, Thaïlande.
Conclusion : Matériel trop récent.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STRELA 2 – SA 7a (Russie)
Fiche n° 43
Origine : Développé à partir de 1960, ses essais en vol ont commencé en 1964 et les tests en 1970.
Avec sa tête non refroidie, il ne pouvait engager que des cibles chaudes en secteur arrière aux
vitesses inférieur à 220 m/s. Il est très facilement saturé par des cibles fictives (reflets). La portée
d'acquisition varie de 600 à 2 100 m. Pendant la guerre du Vietnam, 589 missiles Strela-2 (SA7a) et
Strela-2M (SA7b) ont été lancés pour 204 coups au but. Pendant le conflit israélo-arabe, 99 missiles
Egyptiens ont été tirés pour 36 avions endommagés ou abattus.
Descriptif : Le système comprend le missile dans son tube (réutilisable 5 fois), une poignée, une pile
thermique. En actionnant la double détente, le tireur détecte la cible dans le viseur, commence alors
l’alimentation de l'autodirecteur (délais 4 à 6 s). Le tireur appuie de nouveau sur la détente activant le
lancement du missile. La lampe rouge continue et un buzzer indiquent que les actions sont correctes.
Si le tireur est hors paramètres le système l’informe de reprendre une nouvelle cible (lampe
clignotante). La charge se compose de 370 g de matière explosive avec auto destruction au bout de
14 à 17 secondes, portée 800 à 3.400 m.
Pays utilisateurs : Afrique du Sud, Algérie, Allemagne de l'Est, Arménie, Azerbaïdjan, Bénin, Bosnie-
Herzégovine, Botswana, Bulgarie, Burkina Faso, Cap Vert, Chine, Corée du Nord, Croatie, Cuba,
Chypre, Congo, Égypte, Ethiopie, Finlande, Géorgie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guyana,
Hongrie, Inde, Iran, Jordanie, Kazakhstan, Koweït, Kirghizstan, Laos, Liban, Libye, Maroc, Mali,
Mauritanie, Ile Maurice, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Mozambique, Namibie, Nicaragua, Nigeria,
Oman, Ouganda, Pérou, Pologne, Qatar, République Tchèque, Russie, Serbie, Salvador, Seychelles,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Sierra Leone, Slovénie, Soudan, Syrie, Tadjikistan, Tanzanie, Tchad, Turkménistan, Ukraine,
Ouzbékistan, Yémen, Zambie, Zimbabwe.
Licence de fabrication : Chine, Egypte, Roumanie.
Nota : Le Stréla 2 (SA7) utilise un système de visée de jour qui nécessite le dépointage du tireur visà-
vis de sa cible avant le tir ce qui rend inopérant le tir de nuit et pour le tir frontal.
Conclusion . Ce matériel est largement répandu dans le monde, mais ne peut qu'être utilisé de
jour.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STRELA 2M – SA 7b (Russie)
Fiche n° 44
Origine : Ce missile développé par la Russie sous le nom de ‘Graal’ (SA 7b ) a été produit sous
licence en Bulgarie jusqu’en 2006.
Descriptif : 16 kg de système dont 10 kg de missile, il est composé de 4 parties : le missile, le tube, la
poignée de tir et le système batterie/électronique de commande. Les principaux composants sont
d’origine russe mais la Bulgarie a procédé à quelques modifications. Le missile est composé de :
l’autodirecteur IR passif une bande, la section de contrôle avec les 4 ailettes, la charge militaire de
1,170 kg dont 370 g d’explosif avec la fusée de contact et l’autodestruction, enfin le moteur avec sa
charge d’expulsion et ses 4 ailettes.
Fonctionnement : L'autonomie d’engagement est limité à 40 s. La limite acquisition cible latérale ou
arrière est de 260 m/s mais la limite acquisition frontale descend à 150 m/s le tout pour une vitesse de
500 m/s.
Portée : de 800 à 2 800 m sur cible en approche.
Pays utilisateurs : Russie, Bulgarie
Conclusion : Son système de dépointage de la visée rend une utilisation en tir de nuit
hautement improbable.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STRELA 3 – SA 14 (Russie)
Fiche n° 45
Origine : Issue des modifications et des améliorations à la conception du Strela-2 et du Strela-2M qui
se sont déroulées entre 1970 et 1973, le Stréla 3 est produit en Russie dès 1974, puis en Bulgarie et
Corée du Nord.
Descriptif : Missile avec autodirecteur infrarouge mono-bande (3.5-5 μm) refroidi à l’azote comprimé.
Un total de 70 tirs simulés électroniquement est considéré suffisant pour former un tireur.
Fonctionnement : Il est conçu pour engager des cibles lentes et non manoeuvrantes, dans les
engagements frontaux, le système peut être utilisé contre des objectifs se déplaçant à une vitesse
maximum de 310 m/s. Contre des objectifs en éloignement, la vitesse de cible de maximum est
ramenée à 260 m/s. Un tireur compétent doit être prêt à engager une deuxième cible dans 35
secondes si la première cible est perdue.
Portée : Champs de tir : cible en approche 500 à 2.000m. Cible en éloignement 600/1.000M à 4.000m
Pays utilisateurs : 44 pays sont les utilisateurs de ce lance-missile.
Conclusion : Ce missile est équipé d'un autodirecteur mono-bande, il n’a pas été conçu pour le
tir de nuit sans l’utilisation d’un viseur spécifique (Mowgli 2), ce qui nous permet d'exclure son
éventuelle utilisation.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
RBS 70 (Suède)
Fiche n° 46
Origine : C’est en 1967 que l'Armée de terre de Suédoise définit ses besoins pour des moyens antiaériens.
Le programme est lancé en 1969. La première livraison des systèmes a lieu en 1973 avec
des essais entre 1974 et 1975 mais le nouvel engin ne devient opérationnel qu’en 1979 avec son
nouveau radar. En 1986, nouveau contrat de rénovation, plusieurs versions de missiles sont
disponibles depuis le premier modèle (Mod 0).
Descriptif : Le RBS 70 est un missile de 15 kg à guidage laser, équipé d’un propulseur à deux étages
sans fumée. La charge militaire d’1 kg est composée de 3 à 4 000 billes de tungstène de 3 mm ce qui
permet de détruire toute les cibles. Il est équipé d’une fusée de contact et d’une fusée de proximité.
Fonctionnement : C’est un missile à guidage laser dans un kit de tir de 35 kg, le système de
détection peut être couplé avec différents types de radar.
Portée : 200 à 7 000m pour une altitude max de 4 000m et une vitesse de 580 ms.
Pays utilisateurs : Suède, Norvège.
Conclusion : Cet engin est peu répandu et très lourd. Son mode de guidage laser suppose une
identification visuelle permanente de la cible ce qui est pratiquement impossible de nuit.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Bolide (Suède)
Fiche n° 47
Origine : Le Bolide est un missile d’une toute nouvelle génération issue de l’expérience des systèmes
RBS 70 à guidage laser. Mis en développement dans les années 1998, il est en production depuis
2000 et proposé à l’exportation dés 2002.
Descriptif : La charge militaire reste identique avec une fusée de contact et de proximité doublée
d’une charge creuse.
Fonctionnement : Le missile est à guidage laser gyro-stabilisé, le missile a été conçu pour des vols
courts avec très grande manoeuvrabilité.
Portée : 680 m/s, pour une portée de 8 000 m et une altitude maximale de 5 000 m.
Pays utilisateurs : Suède, Finlande, Australie, Taïwan.
Conclusion : Ce matériel n’existait pas au moment des faits,
162
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 43A (Etats-Unis)
Fiche n° 48
Origine : La première génération de missile sol/air (FIM43A) dénommé "Redeye" apparaît en 1967,
elle est opérationnelle en 1968.
Descriptif : Modèle équipé d’un autodirecteur passif mono-bande
Fonctionnement : Ce missile de première génération arrive pleinement sur sa cible lorsqu’elle
présente la partie arrière de ses réacteurs.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Algérie, Allemagne Fédérale, Angola, Arabie Saoudite, Bahreïn,
Corée du Sud, Croatie, Danemark, Egypte, Espagne, France*, Grèce, Iran, Israël, Italie, Koweït,
Liban, Japon, Pakistan, Pays-Bas, Qatar, Royaume-Uni, Sri Lanka, Suisse, Taïwan, Tchad*, Turquie.
* en faible quantité en 1986 et 1987.
Nota : le modèle FIM43A de première de génération est très difficilement utilisable de nuit en
secteur frontal.
163
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 92A (Etats-Unis)
Fiche n° 49
Origine : La version FIM92A dénommée "Redeye II" est mise en service en 1981 sous le nom de
Stinger (basic) avec 15 669 exemplaires. La célébrité du Stinger repose sur les pertes subies par les
Soviétiques lors de l'invasion de l'Afghanistan, avec 250 appareils abattus ou endommagés.
Descriptif : Il est équipé d’un autodirecteur passif mono-bande (4,1 à 4,4 μm) avec opération de
dépointage avant tir ce qui limite grandement l’acquisition de nuit.
Fonctionnement : Le missile est équipé d’une charge militaire initiée par deux fusées de contact à
retardement ou l’autodestruction.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Bahreïn, Corée du Sud, Croatie,
Danemark, Egypte, Espagne, France*, Grèce, Iran, Israël, Italie, Koweït, Liban, Japon, Pakistan,
Pays-Bas, Qatar, Royaume-Uni, Sri Lanka, Suisse, Taïwan, Tchad*, Turquie.
* en faible quantité en 1986 et 1987 la frontière Libyenne.
Conclusion : Sa probabilité d’utilisation reste très faible de nuit avec son système d’acquisition
mono-bande.
Mais il peut être retenu avec réserves dans la liste des matériels envisageables
164
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 92B (Etats-Unis)
Fiche n° 50
Origine : la version FIM92B (Stinger POST) est mise en service en 1987 avec 600 unités seulement.
Elle rencontre de nombreux problèmes techniques.
Descriptif : Il est équipé d’un autodirecteur passif bi-bande infra rouge (3,5 à 5μm) et UV (0,3-0,4), il
est piloté en navigation proportionnelle mais 136 heures de formation sont nécessaires pour
obtenir la qualification du tireur !
Fonctionnement : Le missile est équipé d’une charge militaire initiée par deux fusées de contact ou
l’autodestruction avec retard à l’initiation qui lui permettent d’exploser à l’intérieur de sa cible ce qui
compte tenu de sa vitesse autorise une explosion a quelques mètres à l’intérieur de l’appareil et non à
l’intérieur d’un réservoir ventral.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Etats-Unis.
Conclusion : Sa probabilité d’utilisation reste très faible en raison de sa faible production et
d'un destinataire unique.
Toutefois il peut être retenu avec réserves dans la liste des matériels
envisageables
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 92C (Etats-Unis)
Fiche n° 51
Origine : la version FIM92C (Stinger RMP) est mise en service entre 1989 et 1991 avec 29 108
exemplaires livrés à l’Armée américaine sur une production totale de 44 000 unités.
Descriptif : Il est équipé d’un autodirecteur passif bi-bande infra rouge (3,5 à 5 μm) et UV (0,3 à 0,4
μm), et d’un microprocesseur reprogrammable (RMP).
Fonctionnement : Le missile est apparemment équipé d’une charge militaire initiée par ses deux
fusées de contact à retard ou l’autodestruction.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Allemagne Fédérale, Arabie Saoudite, Espagne, Grèce, Israël, Koweït, Pays-Bas,
Royaume-Uni, Suisse.
Conclusion : Sa probabilité d’utilisation en Afrique reste très faible et sa date de mise en
service nous semble trop récente par rapport aux faits.
166
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 92D (Etats-Unis)
Fiche n° 52
Origine : La version FIM 92D (Stinger RMP block 1) est mise en service en 1995.
Descriptif : Elle est équipée d’un autodirecteur passif multi-bande, avec pilotage en navigation
proportionnelle et résistant aux éléments de contre-mesure.
Fonctionnement : Le missile est équipé d’une charge militaire initiée par la fusée de contact ou
l’autodestruction.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Algérie, Allemagne Fédérale, Angola, Arabie Saoudite, Bahreïn,
Corée du Sud, Croatie, Danemark, Egypte, Espagne, France*, Grèce, Iran, Israël, Italie, Koweït,
Liban, Japon, Pakistan, Pays-Bas, Qatar, Royaume-Uni, Sri Lanka, Suisse, Taïwan, Tchad*, Turquie.
* en faible quantité en 1986 et 1987.
Conclusion : ce matériel n’était pas en service au moment des faits,
167
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
STINGER FIM 92 (Etats-Unis)
Fiche n° 53
Origine : La version FIM 92E (Stinger RMP block 2) apparait dans les années 2000/2001, puis la
version FIM 92F (ATAS Air to Air Stinger léger), FIM 92G (ATAS block 2 qui serai une évolution de la
version FIM92D).
Descriptif : Il est équipé d’un autodirecteur passif multi-bande, il est piloté en navigation
proportionnelle.
Fonctionnement : Le missile est équipé d’une charge militaire initiée par la fusée de contact ou
l’autodestruction.
Portée : 200 à 4 000 m pour une vitesse de Mach 2,2.
Pays utilisateurs : Afghanistan, Algérie, Allemagne Fédérale, Angola, Arabie Saoudite, Bahreïn,
Corée du Sud, Croatie, Danemark, Egypte, Espagne, France*, Grèce, Iran, Israël, Italie, Koweït,
Liban, Japon, Pakistan, Pays-Bas, Qatar, Royaume-Uni, Sri Lanka, Suisse, Taïwan, Tchad*, Turquie.
* en faible quantité en 1986 et 1987.
Conclusion : Ces versions n’existaient pas au moment des faits.
168
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Comme nous venons de le découvrir à travers ces 53 fiches, différents armements sont plus
ou moins plausibles. Il convient maintenant de déterminer ou de limiter notre choix dans ces
armements possibles. Avant d’effectuer ce choix un bref rappel de la situation internationale
vis-à-vis des systèmes de missiles MANPADS est présenté ci-après (Manpads de l’anglais
Man Portable Air Défense System : c'est-à-dire mis en oeuvre par un seul homme).
Depuis l’apparition des missiles Manpad dans les années 1960 et jusqu’au moment des faits,
quelques premiers rapports font état de la situation suivante :
42 appareils ont étés touchés par des missiles sol/air entre les années 1975 et 1992
(Sources BAE).
Un rapport de la CIA (Jane’s) fait état en 1997 de 27 attaques d’appareils civils par des
missiles sol/air sans tous les inventorier...
La liste ci-dessous nous montre les attaques d’appareils identifiées jusqu’en 1994 :
De par le monde :
Guerres Israélo/Arabe (1967-1969) 47 appareils endommagés par des Stréla 2.
Viêtnam (1972-1975) 204 appareils endommagés pour 589 tirs de Stréla 2M (sources
Russes).
Sud Liban (1974) 1 appareil israélien touché par 2 Strela 2.
Union Soviétique/Afghanistan (1980) 276 appareils pour 340 missiles types Strela 2M,
SakrEye, HN5 et Stinger tirés (plusieurs centaines de Stinger non retournés aux USA).
Nicaragua (1986) 1 appareil abattu par Strela 2.
Guerre du Golf (1991) 29 appareils endommagés par des missiles Strela et Igla.
Irlande (1991) 1 appareil endommagé par un ou des missiles Strela 2 (SA7b).
Croatie (1991) 1 appareil abattu par un Strela 2M (SA 14).
Géorgie (1993) 2 appareils abattus par des missiles
En Afrique :
Guinée (1973) 4 appareils détruits par des Strela 2.
Rhodésie (1978-1979) 2 appareils de type Vickers Viscount abattus par 2 Strela (SA14).
Mozambique (date non précisée) un appareil endommagé par des Strela (avec assistance
technique chinoise).
Sahara (1975-1991) 10 appareils endommagés ou abattus par des Strela 2.
Afrique du Sud (1980-1998) divers Strela 2 tirés.
Soudan (1987-1889) 2 appareils (Boeing 727) abattus par des Strela 2.
169
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Plusieurs rapports font état de la présence en Afrique des missiles Russes de type Strela
2 (SA7a), 2M (SA7b), 3 (SA14) puis plus tard de sa copie chinoise HN5.
En 2003 : 23 des 29 pays Africains possédaient des missiles Strela 2 SA7 (Forecast
international 2003) et donc maitrisaient la technique du tir au missile sol/air de jour, il est
toutefois très difficile d’énoncer qui pouvait maitriser cette pratique en 1994 mais le nombre
de pays était limité !
Premières remarques, tous les pays peuvent acquérir la compétence pour mettre en
oeuvre un système MANPAD. Le système (Strela 2 SA 7) reste de loin le plus facile à
mettre en oeuvre, donc le plus utilisé. Par contre, il n’est pas utilisable de nuit.
Afin de nous aider dans l’identification des missiles sol/air de type MANPAD, il est
nécessaire de les classer en différentes familles qui sont :
1ere génération.
Missiles à guidage infrarouge en bande 1 (0,5 à 2,5 μm), ils sont capables d’engager une
cible sur une source de chaleur de l’ordre de 3000°C, se sont des missiles de type Redeye
FIM 43 (USA), Strela SA7 (Russe) et toutes les copie comme le HN-5 (Chine). Ils sont très
sensibles aux interférences infrarouge, toutefois le tir de nuit est très difficile voire
impossible, de plus généralement ils ne possèdent pas de fusée de proximité.
2eme génération.
Missiles à guidage infrarouge généralement en bande 2, ils sont capables d’engager une
cible rayonnante à 300°C (3 à 5 μm) ce qui nécessite l’usage d’un système de
refroidissement pour la tête du missile. Ces missiles sont de type Stinger 92A (USA), Strela
3 SA14 (Russe), Igla 1 SA16 (Russe) et les copie ou dérivés de type FN 6 (Chine).
3eme génération.
Missiles à guidage infrarouge bi-bande IR (bande 2) + UV et ils sont capables de différencier
les contre-mesures émises par la cibles (RCCM), ils sont de type Igla SA18 (Russe), Stinger
B (USA), Mistral 1 (France).
170
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
4eme génération.
Missiles à guidage par multi-détecteur à imagerie infrarouge numérique, Stinger Block 2
(USA), Igla S (Russe), Mistral 2 (France).
Missiles à guidage par désignation d’objectif soit par ligne de visée optique soit par ligne de
visée Laser. Ces missiles nécessitent généralement un système de pointage qui illumine la
cible durant toute la phase de vol du missile. Cette famille couvre les missiles de type Javelin
et Starburst (Angleterre) RBS et Bolide (Suède). Ils ne sont pas de type « Fire and Forget »
et nécessitent donc un suivi durant le vol et une instruction très spécifique pour leur emploi.
Le tableau 2 ci-après nous présente les armements opérationnels au moment des faits.
Soit 25 types d’armement différents sur les 53 identifiés
TABLEAU 2 – LISTE DES ARMEMENTS au 6 avril 1994 (fond blanc)
N° Désignation Code Otan Pays d’origine Mise en service Nota
1 Mitrailleuse M2 HB Etats-Unis 1938
2 Mitrailleuse M3 Etats-Unis 1940
3 mitrailleuse DHsK Russie 1938
4 mitrailleuse NSV Russie 1970
5 mitrailleuse KPV Russie 1954
6 canon de 23 mm Russie 1950
7 Lance-roquette RPG-7 Russie 1962
8 Javelin Angleterre 1984
9 Starburst javelin S15 Angleterre 1990
10 startreak I Angleterre 1997 Trop récent
11 startreak II Angleterre 2000 Trop récent
12 Igla IE SA 16 Bulgarie 1973
13 FN 6 (HY 6) Chine 1995 Trop récent
14 FN 16 Chine ? Trop récent
15 HongYing HN 5 SA 7 "grail" Chine 1990
16 Qian Wei 1 Chine 1990
17 Qian Wei 2 SA 16 Chine 1998 Trop récent
18 Qian Wei 3 Chine 2001 Trop récent
19 Qian Wei 4 Chine 2004 Trop récent
20 Qian Wei 11 Chine 2002 Trop récent
21 Qian Wei 18 Chine 2006 Trop récent
22 chiron (singung) Corée du sud 2000 Trop récent
23 LG innotek Corée du sud 2005 Trop récent
24 Sakr Eye SA 7 "grail" Egypte 1987
25 Mistral 1 France 1990
26 Mistral 2 France 2000 Trop récent
27 Al Quds Martyrs brigade Gaza 2004 Trop récent
28 Igla inde SA 16 Inde 2000 Trop récent
171
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
29 Misagh 1 Iran 1993 Trop récent
30 Misagh 2 Iran 2007 Trop récent
31 Kin sam type 91 Japon 1994 Trop récent
32 Anza Mk I Pakistan 1990
33 Anza Mk II / Qian Wei-2 Pakistan 1994
34 Anza Mk III - QW-2 Pakistan Développement Trop récent
35 Grom Pologne 2000 Trop récent
36 Piorun Pologne Développement Trop récent
37 CA 94M Roumanie 1998 Trop récent
38 CA 94 Roumanie > 1998 Trop récent
39 Igla 1- SA 16 SA 16 Russie 1981
40 Igla 1M – SA 16 SA 16 Russie 2009 Trop récent
41 Igla – SA 18 SA 18 Russie 1983
42 Igla S – SA 24 SA 24 Russie 2002 Trop récent
43 Strela 2 – SA7a SA 7 a Russie 1968
44 Strela 2M – SA 7b SA 7 b Russie 1971
45 Strela 3 – SA 14 SA 14 Russie 1974
46 RBS 70 Suède 2000 Trop récent
47 Bolide Suède 1979 Trop récent
48 Stinger 43A Etats-Unis 1967
49 Stinger 92A Etats-Unis 1982
50 Stinger 92B Etats-Unis 1987
51 Stinger 92C Etats-Unis 1991
52 Stinger 92D Etats-Unis 1995 Trop récent
53 Stinger 92E Etats-Unis 2000 Trop récent
Les tableaux ci-après présentent ce qui résulte de notre analyse :
TABLEAU 3 – liste avec extraction des armements non utilisables techniquement (fond
jaune)
N° Désignation Pays d’origine Service Manpad * Détect IR Nota
1 Mitrailleuse M2 HB Etats-Unis 1938 Non Non Aucun impact, pas de visée
2 Mitrailleuse M3 Etats-Unis 1940 Non Non Aucun impact, pas de visée
3 mitrailleuse DHsK Russie 1938 Non Non Aucun impact correspondant
4 mitrailleuse NSV Russie 1970 Oui Non Aucun impact correspondant
5 mitrailleuse KPV Russie 1954 Non Non Aucun impact correspondant
6 canon de 23 mm Russie 1950 Non Non Calibre trop important
7 Lance-roquette RPG-7 Russie 1962 Oui Non Portée insuffisante
8 Javelin Angleterre 1984 Oui Oui Pas de Tir de nuit
9 Starburst Angleterre 1990 Tripod Oui Ensemble tripod
10 startreak I Angleterre 1997 Oui Non Trop récent
11 startreak II Angleterre 2000 Oui Non Trop récent
12 Igla IE Bulgarie 1973 Oui Oui Peu vendu à l’export, marquage
13 FN 6 (HY 6) Chine 1995 Oui Oui Trop récent
14 FN 16 Chine ? Oui Oui Trop récent
15 HongYing HN 5 Chine 1990 Oui Oui Non exporté, pas de tir de nuit
16 Qian Wei 1 Chine 1990 Oui Oui Non exporté au 06/4/94
17 Qian Wei 2 Chine 1998 Oui Trop récent
18 Qian Wei 3 Chine 2001 Tripod Laser Trop récent
19 Qian Wei 4 Chine 2004 Oui Oui Trop récent
20 Qian Wei 11 Chine 2002 Oui Oui Trop récent
21 Qian Wei 18 Chine 2006 Oui Oui Trop récent
172
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
22 chiron (singung) Corée du sud 2000 Tripod Oui Trop récent
23 LG innotek Corée du sud 2005 Tripod Oui Trop récent
24 Sakr Eye Egypte 1987 Oui Oui Non exporté, pas de tir de nuit
25 Mistral 1 France 1990 Tripod Oui Trop sophistiqué
26 Mistral 2 France 2000 Tripod Oui Trop récent
27 Al Quds Martyrs brigade Gaza 2004 Oui Oui Trop récent
28 Igla inde Inde 2000 Oui Oui Trop récent
29 Misagh 1 Iran 1993 Oui Oui Non exporté au 6/04/94
30 Misagh 2 Iran 2007 Oui Oui Trop récent
31 Kin sam type 91 Japon 1994 Oui Oui Trop récent
32 Anza Mk I Pakistan 1990 Oui Oui Pas de tir de nuit
33 Anza Mk II / Qian Wei-2 Pakistan 1994 Oui Oui Non exporté au 6/04/94
34 Anza Mk III – QW-2 Pakistan Essais Oui Oui Trop récent
35 Grom Pologne 2000 Oui Oui Trop récent
36 Piorun Pologne Essais Oui Oui Trop récent
37 CA 94M Roumanie 1998 Oui Oui Trop récent
38 CA 94 Roumanie > 1998 Oui Oui Trop récent
39 Igla 1- SA 16 Russie 1981 Oui Oui
40 Igla 1M – SA 16 Russie 2009 Oui Oui Trop récent
41 Igla – SA 18 Russie 1983 Oui Oui
42 Igla S – SA 24 Russie 2002 Oui Oui Trop récent
43 Strela 2 – SA7a Russie 1969 Oui Oui Qté faible, pas de Tir de nuit
44 Strela 2M – SA 7b Russie 1971 Oui Oui Trop récent, pas de tir de nuit
45 Strela 3 – SA 14 Russie 1974 Oui Oui Très peu vendu à l’exportation
46 RBS 70 Suède 2000 Tripod Radar Trop récent
47 Bolide Suède 1979 Tripod Radar Trop récent
48 Stinger 43A Etats-Unis 1967 Oui Oui Non utilisable de nuit
49 Stinger 92A Etats-Unis 1982 Oui Oui
50 Stinger 92B Etats-Unis 1987 Oui Oui
51 Stinger 92C Etats-Unis 1991 Oui Oui Non exporté au 6/04/94
52 Stinger 92D Etats-Unis 1995 Oui Oui Trop récent
53 Stinger 92E Etats-Unis 2000 Oui Oui Trop récent
* Manpads de l’anglais Man Portable Air Défense System : Mis en oeuvre par un seul homme
TABLEAU 4 – Données techniques concernant les 4 armements restants
IGLA 1 – SA16 IGLA – SA18 STINGER 92A STINGER 92B
Mise service 1981 1983 1981 1987
Quantité 15.600 unités 600 unités
Détecteur Bande 2 Bi-bande Mono-bande Bi-bande
3,5 à 5 m 1.5/2.5 et 3.5/5.0 μm 4,1 à 4,4 μm UV de 0,3 à 0,4
μm & 3,5 à 5 μm
Fusée Impact avec retard et
magnétique à proximité
Impact avec retard
et magnétique à
proximité
Impact et retard Impact et retard
Charge militaire A fragmentation A fragmentation Annulaire Annulaire
Masse explosive 405 gr + moteur 405 gr + moteur 450 gr 450 gr
Marquage missile 9M313* 9M39
Marquage poignée 9P519* 9P39
Le marquage correspond à
la cote 2198 à 2237
173
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Entrainement 70 tirs sont nécessaires à la
qualification
136 heures de
formation
Remarque A été observé en Angola et
durant la guerre en Iraq en
1991
250 appareils
endommagés en
Afganistan
Non observé en
Afrique au
moment des
faits…
Taux de réussite au tir 50 % 70 à 80 % 80% 80 %
Constations sur la base de ce tableau que la précision soit moindre,
De par les différents commentaires et observations faites par les utilisateurs, les missiles
Russes sont plus simples d’emploi que les missiles Américains ce qui se traduit par un
nombre d’heure de formation ou de tirs à réaliser moins nombreux pour les missiles russes
vis-à-vis des missiles Américains (136 heures de formation côté Américain contre seulement
70 tirs côté russe soit 50 à 60 heures). Dans tous les cas, un novice ne peut pas mettre en
oeuvre un tel système sans un minimum de formation.
On constate aussi dans ce tableau que la bande de sensibilité de l’autodirecteur d’un missile
Igla1 de type SA 16 (3,5 à 5 m) est différente en comparaison du missile équivalent Stinger
de type 92A (4,1 à 4,4 μm).
Bien que potentiellement utilisable, le missile Stinger 92B a peu de chance d’avoir été
employé en raison de la très faible quantité de missiles fabriqués, ce qui nous permet de
l’exclure de la liste et nous laisse ainsi les missiles Igla1 SA 16, Igla SA 18 et le missile
Stinger 92A.
Nous avons noté, de par les dépositions des témoins, que des deux tirs concrétisés par les
deux traits de lumière observés, le premier missile passe à côté de l’appareil sans exploser
et le deuxième fait coup au but.
D’autres part, nous savons que l’appareil est à faible altitude, faible vitesse en phase
d’atterrissage ce qui fait de lui une proie très facile donc que le tir soit de secteur frontal
(45°)ou de secteur arrière, on peut dire qu’un missile de seconde génération avec un
autodirecteur bi-bande n’a aucune raison de manquer sa cible, compte tenu des
circonstances météorologiques favorables.
Cette probabilité de tirs est confirmée par les fabricants qui donnent dans ce cas de tir un
taux de réussite supérieur à 80%.
174
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Cette information nous permet d’exclure les missiles bi-bande de type Igla SA 18 ou Stinger
92B, sachant qu’il aurait été constaté, le plus probablement, un taux de réussite plus élevé.
En conclusion, on peut être formel sur le choix de ces 4 missiles restant, mais toutefois sur
la base des informations énoncées précédemment nous estimons qu’une très forte
probabilité se dégage vis-à-vis du missile de type Igla1 SA16 sans pour autant exclure les 3
autres missiles équivalents en performances. Il convient de préciser que notre prise de
position n’a pas été influencée par la découverte, dans la zone de MASAKA, de deux tubes
de lancement de missiles SA16, en référence aux marquages relevés (cote 2198 à 2237 de
la procédure).
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8. CIRCONSTANCES DE L’ÉVÉNEMENT
8.1 Conditions du jour
8.1.1 Conditions météorologiques
Les conditions météorologiques sur l’aérodrome au moment des faits nous sont données par
la transcription de l’enregistrement des communications de la tour de contrôle de Kigali ;
cette transcription fait l’objet du rapport d’expertise de M. Philippe Plantin de Hugues.
(pièce D 6036). Ce rapport est exploité en détails au paragraphe 8.2.3.2.
« copiez Kigali dix huit heures euh le vent est de deux cent quatre-vingt dix degrés zéro
quatre (*) CAVOK, température dix-neuf, point de rosée seize, QNH mille dix-neuf un zéro un
neuf à vous »
A 20h09 min 00 heure locale, le contrôleur donne les informations météo au Falcon :
« Kigali dix huit heures » : il s’agit de 18 heures en temps universel, soit 20 heures en heure
locale
« le vent est de deux cent quatre-vingt dix degrés zéro quatre (*) » : la direction du vent est
de 290 degrés, soit dans l’axe de la piste 28 ; sa vitesse est de quatre noeuds (le mot
manquant représenté par un * dans la transcription est très probablement « noeuds », soit
l’unité dans laquelle la vitesse du vent est exprimée en aéronautique »). Un vent de quatre
noeuds correspond à 7,5 km/h. On peut parler dans ce cas de vent calme.
« CAVOK » : signifie « ceiling et visibility OK », (plafond et visibilité OK), donc absence de
nuage qui constitueraient un plafond, et bonne visibilité donc absence de brouillard.
« température 19 » : il s’agit de 19 degrés Celsius.
« Point de rosée 16 » : ce paramètre indique l’humidité de l’air : plus l’écart entre le point de
rosée et la température est élevée, plus l’air est sec. Avec 4 degrés d’écart, le brouillard est
peu probable.
176
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
« QNH 1019 » : il s’agit de la pression atmosphérique ramenée au niveau de la mer, c’est la
référence utilisée pour caler les altimètres des avions lors des phases de décollage et
d’atterrissage.
On peut, en résumé, parler de très bonnes conditions météo, ce qui permet de déduire que
l’avion était visible de loin.
Lors des investigations menées au RWANDA, nous avons pu mesurer, à partir de plusieurs
positions, la période durant laquelle l’avion en finale était visible :
- depuis l’ancienne tour de contrôle : le temps passé entre l’apparition visuelle des phares
d’atterrissage et le toucher des roues est de 1’38’’,
- depuis l’ancienne résidence présidentielle (près de la porcherie) : le temps de vision de
l’appareil est de l’ordre de 2’30’’.
NB : Il s’agissait là d’avions ayant allumé leurs phares d’atterrissage normalement et non
tardivement.
8.1.2 Obscurité
Les faits se sont déroulés de nuit. Sous cette latitude, il n’y a pratiquement pas de
crépuscule et l’obscurité est complète vers 18h30 (heure locale).
Dans l’une de ses auditions, le capitaine Bruno DECOIN précise que les pilotes du 9XR-NN
avaient adopté la procédure suivante : approche tous phares éteints, balisage de la piste
éteint, les phares d’atterrissage étaient allumés et le balisage demandé en courte finale
quelques secondes avant le toucher des roues. Ceci n’est pas conforme aux règles de l’air,
dont l’équipage s’affranchissait en l’occurrence dans un souci de sécurité.
L’audition du contrôleur de service le 6 avril 1994 confirme cette pratique.
8.1.3 Date et heure de la destruction de l’avion
De la transcription de la bande sonore de la tour de contrôle de Kigali (rapport de M. Plantin
de Hugues), il ressort que cet événement a eu lieu à 18h27 UTC, il est impossible de
déterminer l’instant exact, mais mention est faite d’un événement en approche sur la piste 28
à 18h27 UTC, donc 20h27 en heure locale. Il faisait nuit depuis deux heures.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.2 Données techniques et paramètres de l’avion
8.2.1 Configuration des réservoirs du Falcon 50
Le système de réservoirs du Falcon 50 se compose de trois réservoirs d’aile et d’un « feeder
tank » (réservoir d’alimentation) divisé en trois parties. Chaque réservoir d’aile et chaque
partie du feeder correspond à l’alimentation d’un moteur. Les trois sections sont
indépendantes en fonctionnement normal, mais on peut transférer le carburant de l’une à
l’autre si besoin.
Le réservoir arrière « feeder » peut être rempli au niveau haut ou au niveau bas. La capacité
totale d’emport en carburant du Falcon 50 est respectivement de 8 763 litres et 7963 litres,
pour une masse respectivement de 7037 kg et 5993 kg.
Les pompes électriques sont situées dans le réservoir « feeder ».
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.2.2 Estimation de la quantité de carburant à bord, de la masse et de la vitesse de l’avion
en finale
Lors de son approche à Kigali et au moment de l’accident, le carburant restant dans les
réservoirs correspondait à une masse de 5600 livres, soit 2540 kg, soit environ 3000 litres.
Ces chiffres sont estimés en fonction du carburant réglementaire qu’il devait avoir à bord
pour assurer le vol aller et retour Kigali Bujumbura avec les réserves réglementaires.
La vitesse de l’avion en finale, par rapport à sa masse estimée de 12720 kg, est peu
différente de 120 kts (222 km/). Sa puissance affichée est de l’ordre de 70% de N1 (NB : il
s’agit du pourcentage de vitesse de rotation de la soufflante de l’entrée d’air, c’est le
paramètre utilisé pour quantifier la puissance sur ce type de moteur). Il s’agit d’une
puissance relativement élevée.
8.2.3 Trajectoire et type d’approche
8.2.3.1 Différents types d’approche possibles et essais au simulateur
Une lettre écrite par le pilote Jean-Pierre MINABERRY au capitaine Bruno DUCOIN (pièce D
363) nous indique que les pilotes se sentaient menacés et envisageaient des stratégies de
deux types :
- des départs et arrivées basse altitude (NB : « Jacquy » désigne ici le commandant de
bord Jacky HERAUT)
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- des arrivées haute altitude :
Ce type d’approche est familier des pilotes militaires ; nous l’avons effectuée lors d’une série
d’essais au simulateur de vol Falcon 50 effectuée le 10 août 2010. Le profil de cette
approche est reproduit ci-dessus :
Si cette approche ne pose aucun problème de jour, elle est plus délicate de nuit en raison du
relief entourant l’aérodrome de Kigali.
Nous avons constaté lors des essais au simulateur que l’avion effectuant ce type d’approche
était vulnérable durant 4 minutes.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
De toute manière, le doute n’est pas possible quant à l’approche effectuée par le 9XR-NN le
6 avril 1994, elle nous est confirmée par les communications radio avec la tour de contrôle :
il s’agissait bien d’une approche directe en piste 28.
8.2.3.2 Exploitation du rapport de M. PLANTIN DE HUGUES (transcription des
conversations avec la tour de contrôle)
Les informations sur la trajectoire suivie par le 9XR-NN nous sont fournies – à défaut
d’enregistreurs de vol – par la transcription des conversations avec la tour de contrôle
(cf.pièce D6036 – Rapport d’expertise de M. Philippe PLANTIN DE HUGUES). NB : les
heures indiquées sont des heures locales.
- A 20h 08min 51s l’avion s’annonce au niveau 390 –soit 11887 m) et déclare estimer son
arrivée à Kigali à 20h25.
- Le contrôleur lui donne alors les informations météo (cf. §9.1.1) et l’un des pilotes lui
dicte un plan de vol pour Bujumbura ; le décollage aurait dû avoir lieu à 20h48 ; il précise
que le Président du Burundi sera à bord.
- A 20h 10min 50s le contrôleur demande au pilote de rappeler au point Elobo au niveau
240 (7300m) ; l’avion se met alors en descente.
- A 20h 17min 59s l’avion s’est annoncé au niveau 240, il est réautorisé au niveau 120
(3657m) et doit rappeler à 120 NM (222km) de l’aéroport.
- Le contrôleur demande le nombre de personnes à bord ; il est répondu 12.
- A 20h 21min 27s l’avion s’annonce au niveau 120, on lui demande de continuer sa
descente.
- A 20h21min42s le pilote demande à « faire une approche directe en vingt huit » et
annonce qu’il rappellera établi sur l’ILS.
Cette transcription confirme que les pilotes n’ont pas choisi un des types d’approche
envisagés pour faire face à une éventuelle menace, mais qu’il a effectué une approche
directe, « normale » par rapport à sa provenance.
La présence d’un C130 des Nations Unies dans la zone de l’aérodrome de Kigali a pu
également les inciter à effectuer cette approche directe pour éviter tout risque de collision, le
contrôle de Kigali n’ayant pas la capacité d’assurer les espacements entre les avions par
manque de radar.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Plan de l’approche de Kigali telle qu’elle a été effectuée par le Falcon
Le trait matérialise l’axe de l’approche tel qu’il est balisé par le faisceau radioélectrique de
l’ILS (« Instrument Landing System »), nous avons reporté des altitudes de passage durant
la descente sur un plan de 3 degrés, les chiffres indiqués sont des altitudes en pieds, c’est-àdire
calculées par rapport au niveau de la mer. Le tableau ci-dessous donne des hauteurs
par rapport à l’altitude du point de référence de l’aérodrome de Kigali, à savoir 4891 pieds
(1490,8 m)
Altitude niveau mer en
pieds
Hauteur au-dessus du
point de référence de
l'aérodrome en pieds
Hauteur au-dessus du
point de référence de
l'aérodrome en mètres
7500 (balise LO) 2609 795
6450 1559 475
6130 1239 378
5810 919 280
5490 599 183
8.2.3.3 Exploitation de l’audition de Patrice MUNYAZENA, contrôleur d’approche de service
à la tour de contrôle de KIGALI le 6 avril 1994
Auditionné lors de notre déplacement à Kigali, ce témoin était de service à la tour de contrôle
de Kigali lors des évènements. Il indique qu’il assurait à la fois le contrôle d’approche (NB : le
contrôle par radio de l’avion lors de sa phase de vol aux instruments) et la vigie (NB : le
contrôle assuré lorsque le contrôleur a un contact visuel avec l’avion, donc dans la dernière
phase de l’approche et durant l’atterrissage et le roulage).
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il confirme l’absence totale de radar à Kigali en 1994 (et d’ailleurs actuellement également) ;
il confirme également l’heure estimée d’arrivée de l’avion telle qu’elle figure dans la
transcription des communications radio (cf. pièce D603), ainsi que la présence à bord du
président du Burundi.
S’agissant de l’allumage de la piste, il confirme que –contrairement aux pratiques
habituelles– l’allumage de la piste lors de l’arrivée du Falcon présidentiel ne se faisait que
dans les toutes dernières minutes avant l’atterrissage ; il indique également que les phares
d’atterrissages du Falcon n’étaient allumés qu’en longue finale.
Il déclare avoir entendu l’explosion alors que l’avion était en descente sur le glide (NB :
faisceau radioélectrique matérialisant le plan de descente de l’avion), l’interception de celuici
s’effectuant à la balise LO à 795 m au-dessus du sol (voir tableau ci-dessus), c’est le
moment où la trajectoire de l’avion passe du palier à la descente.
8.2.3.4 Sur l’inflexion de la trajectoire de l’avion vers la gauche telle qu’elle est décrite par
certains témoins
Audition de Jean-Luc HABYARIMANA, pièce D 45
Il est fait mention d’une inclinaison vers la gauche ; un autre témoin cité ci-dessous déclare
que les lumières se sont éteintes après le premier tir.
Audition de Matthieu GERLACHE, pièce D 2962
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Cette inclinaison vers la gauche suivie d’une extinction des feux pourrait indiquer que, voyant
le premier trait lumineux, l’équipage ait alors tenté une manoeuvre d’évitement qui paraît
logique du point de vue d’un pilote, consistant à couper ses éclairages à des fins de furtivité
et changer brusquement sa trajectoire.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Fiche d’approche aux instruments de l’aérodrome de Kigali (en date de 1999, il est supposé
que la procédure était identique en 1994.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Plan de l’aérodrome de Kigali.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.3 IMPACT DU MISSILE ET SES CONSEQUENCES
8.3.1 Position de l’avion au moment de l’impact du missile
Dans notre démarche, nous avons procédé à toutes investigations dont les relevés sur le site
du crash à KIGALI, dans le but de pouvoir localiser la position de l’avion en phase
d’approche au moment de l’impact du missile. C’est un aspect important de l’expertise
avant de pouvoir déterminer l’emplacement du lieu de tir des missiles.
L’avion s’est écrasé en partie à l‘intérieur de l’enceinte de la villa présidentielle. Les
principaux débris ont été positionnés peu après le crash par la gendarmerie belge, rapportés
sur un croquis, objet de la pièce cotée D7154/5.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Sur ce croquis sont indiqués le mur d’enceinte, la piscine et la position d’un cratère. La
position de ce cratère, qui bien que n’ayant pas été relevée, a été localisée sur site car elle
présentait l’aspect d’une petite clairière au sol surélevé (vraisemblablement que certains
débris de l’avion ont dû être enfouis à cet endroit et recouverts de terre). Toutefois, nous
avons relevé en limite de clairière une zone légèrement décaissée qui nous a permis de
localiser la position du cratère par rapport au croquis.
Toujours sur ce croquis, le moteur est positionné à gauche de la piscine, le cockpit et un
morceau du fuselage sont représentés au delà et contre le mur au niveau du hangar.
Sur les relevés topographiques de la scène, effectués en septembre 2010, ces débris ont été
repositionnés précisément. Sur le plan, la position des débris a été reportée en tenant
compte des distances indiquées sur ce croquis. Il est important de constater que seules les
cotes longitudinales ont été retranscrites; il n’y a aucune cote transversale.
A partir de ces éléments utilisés comme référence, nous avons positionné les autres débris
en respectant les distances longitudinales indiquées sur le croquis.
Toutes les distances paraissent correctes par rapport à l’état des lieux que nous avons
réalisé sauf la distance de 75 m correspondant à un des moteurs et à la partie arrière du
fuselage.
Un cercle de 75 m à partir du cratère n’intersecte pas le mur d’enceinte.
Le plan ci-dessous représente le relevé de la villa présidentielle sur lequel sont positionnés
les débris en violet mentionnés sur le croquis des gendarmes belges (TOPO Pièce N° 3 bis)
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Sur ce plan, nous relevons que les débris sont disposés sur 145 mètres de longueur, suivant
une direction sensiblement Est-Ouest après l’impact de l’avion au sol. Nous avons considéré
que les relevés de ces débris représentent un référentiel à partir duquel nous pouvons
évaluer la trajectoire de chute de l’avion, d’où le lieu de l’impact du missile sur l’avion.
Les relevés topographiques effectués sur site nous ont indiqué que l’altitude du crash [Z]
était de 1410 mètres.
Pour parvenir à localiser ce point d’impact dans l’espace, nous avons utilisé deux méthodes
indépendantes :
- par la géométrie, en prolongeant et en ramenant le grand axe du rectangle inscrivant les
débris de l’avion vers la trajectoire d’approche de l’avion,
- par le calcul, en tenant compte des mouvements de chute des corps.
8.3.1.1 Par la géométrie
Nous avons défini une droite médiane correspondant à la trajectoire « linéaire » de la chute
de l’avion après l’impact du missile passant par les emplacements des débris les plus
éloignés : le cratère, le morceau de fuselage et le cockpit situés au droit du hangar, ce qui
apparaît sur le plan des relevés. Les débris sont dispersés de part et d’autre de cet axe. Ils
s’inscrivent dans un rectangle de 145 m de long et de 20 m de large environ (± 10 m par
rapport à cet axe longitudinal, appelé droite médiane précédemment).
L’avion était en phase d’approche; il était guidé par les instruments pour atterrir dans l’axe de
la piste de l’aéroport. Ayant relevé le périmètre de la piste, nous en avons déterminé son
axe. L’intersection de l’axe d’approche de l’avion (qui est celle, ou de très près, de l’axe de la
piste) avec la trajectoire « linéaire » de chute de l’avion après l’impact du missile permet de
déterminer un point dans l’espace, dont les coordonnées sont :
X = 186070 m
Y = 9781387 m
La position altimétrique est donnée par l’intersection de la verticale de ce point et de la
trajectoire d’atterrissage de l’avion vue de profil ayant une pente descendante de 3°: Z =
1646 m.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Les coordonnées de la position de l’avion lors de l’impact du missile sont :
X = 186070 m
Y = 9781387 m
Z = 1646 m
En prolongeant les grands côtés du rectangle vers l’axe d’approche de l’avion, leur
intersection se fait à ± 40 m du point d’impact du missile. La trace de cette bande permet de
constater que le point d’impact du missile est positionné à ± 40 m près. C’est la tolérance
que nous pouvons accorder à ce point d’impact du missile sur l’avion. Cette imprécision par
rapport à la vitesse de l’avion estimée à 61 m/s montre un écart de temps de ± 0.66
seconde.
Sur le plan ci-après et joint en annexe 1, sont représentés les débris relevés peu après le
crash, ceux que nous avons constatés en septembre 2010 et la trajectoire de chute de l’avion
avec la zone d’imprécision éventuelle que nous avons retenue. Nous relevons que la distance
parcourue par l’avion entre l’impact sur trajectoire et le crash au sol est de 400 mètres.
Il convient aussi de connaître les autres aspects de la trajectoire de chute de l’avion qui sont
marqués sur ce plan :
- il a touché le sol à proximité de la résidence présidentielle avec une incidence de 31°
environ (31,3°). C’est pour cela que des éléments importants de l’avion ont ricoché sur le
sol et ont défoncé le mur d’enceinte en briques de la résidence présidentielle, tout en
perdant des débris sur leur parcours,
- il a dévié sur la gauche de sa trajectoire d’approche d’un angle de 14° environ (13,7°).
190
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.3.1.2 Par le calcul
Il convient de vérifier, par un calcul simplifié qui tient compte de la chute des corps dans l’air
et dans le vide, si nous pouvons aboutir à des valeurs cohérentes résultant de l’approche
géométrique.
Dans le vide, les corps ne sont soumis qu’à la seule action de leur poids : ils tombent en
chute libre. Dans l’air, un corps mobile, dès lors qu’il est sollicité par une force antagoniste à
son mouvement sera entraîné vers le bas par la gravité terrestre.
Dans l’air, le mouvement est freiné par une autre force, la résistance de l’air. Cependant, la
perturbation est parfois très faible pour des corps à forte densité, de forme convenable dite
aérodynamique et lorsque la hauteur de chute n’est pas trop élevée. C’est pourquoi il est
rationnel de pouvoir étudier la chute libre d’un corps dans l’air, mais dans des conditions
telles que la résistance de l’air ne perturbe pas le mouvement.
En un même lieu, tous les corps tombant en chute libre ont la même accélération : c’est
l’accélération de la pesanteur (g). La valeur de l’accélération de la pesanteur dépend du lieu
considéré, notamment sa latitude et son altitude.
- Ainsi, à la latitude de 45° et au niveau de la mer, elle vaut :
g = 9,806 m/s2 arrondi à 9,81 m/s2
- Au niveau de l’équateur :
g = 9,786 m/s2
- Au niveau du pôle :
g = 9,83 m/s2
Le mouvement de chute libre d’un corps lâché dans le vide est uniformément accéléré
suivant les équations suivantes :
• X = 1 gt2
2
X = hauteur de chute
t = temps de chute
• VV = gt
VV = vitesse de chute à l’instant t (composante verticale de la vitesse)
t = temps de chute
V = gt
191
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
V= Vitesse à l’instant t
t = temps de chute
La vitesse est proportionnelle au temps de chute. De ces deux équations, nous pouvons
tirer :
V2 = 2 g x
d’où V = 2gx
Dans l’air, le mouvement de chute est accéléré, mais la valeur de l’accélération diminue et
tend vers zéro. En fait, quand un corps tombe dans l’air, sa vitesse croît et tend vers une
vitesse limite pour laquelle la résistance de l’air est égale à son poids. L’avion représente un
point matériel mobile soumis à différentes forces qui maintiennent son équilibre dynamique
sur sa trajectoire.
Au moment de l’impact du missile, l’avion était animé d’une vitesse constante, c’est-à-dire
d’un mouvement rectiligne uniforme quasiment horizontal, à 3° près. Sa vitesse était de
l’ordre de 120 kts soit 61 m/s.
Pour tout cas de figure de vol, la résultante de toutes les forces appliquées doit être nulle. La
résistance de l’air est représentée par une force R, résultante aérodynamique de la
composante verticale appelée portance et de la composante horizontale appelée
trainée . .
Cela implique que :
- la portance soit directement opposée au poids : -
- la force motrice soit directement opposée à la traînée .
Avant l’impact, sa composante de vitesse verticale est nulle et sa composante de vitesse
horizontale est égale à 61 m/s.
Ce mobile est en fait un point matériel qui a été déstabilisé à partir de cet impact : perte de
portance d’où le décrochage avec éventuellement une mise en roulis, mouvement qui peut
augmenter légèrement la traînée. Il a été alors soumis à la gravité terrestre : g. Dès lors, sa
composante de vitesse verticale croît.
192
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Par un calcul approché, en négligeant la résistance de l’air, ce mobile déstabilisé peut être
assimilé à un corps toujours animé de sa vitesse constante horizontale ( V = 61 m/s) tombant
en chute libre, lui induisant un mouvement uniformément accéléré, répondant aux équations
que nous avons exposées précédemment :
® il s’ensuit : X = 9,78 t2 = 4,89 t2
2
® en considérant un déplacement horizontal (à 3° de pente près) à une altitude de 1646 m,
X devient : 1646 – 1410 (Z du crash) = 236 m, l’équation devient : 236 = 4,89t2,
soit t2
= 236
4,89
t = 6,94 s arrondi à 7 sec.
Le temps de chute de l’avion a été de 7 sec. environ.
La distance horizontale (composante horizontale) parcourue par l’avion dans sa chute est
égale à :
61 m/s = vitesse horizontale de l’avion en m/s
6,94 s = temps de chute en seconde,
d’où d = 61 x 6,94 = 423 mètres
Cette valeur calculée est très proche de celle qui a été déterminée par l’approche
géométrique (400 mètres).
A titre indicatif, sa vitesse verticale à l’impact a été :
VV = gt, soit VV = 9,78 x 6,94 = 67,87 m/s arrondi à 68 m/s (*).
(*) Avant l’impact sur trajectoire, la vitesse verticale était nulle.
Pour conclure :
- l’approche par le calcul et par la méthode géométrique pour évaluer le point d’impact du
missile de l’avion, donne des valeurs cohérentes. Le faible écart existant sur la distance
horizontale parcourue par l’avion dans sa chute permet de retenir que l’ordre de grandeur
des valeurs obtenues n’est pas à remettre en question.
193
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- l’avion a parcouru une distance horizontale de l’ordre de 400 m, avant de s’écraser au
sol, éparpillant des débris sur une longueur de 145 mètres et une largeur de 20 m
environ. Il a heurté le sol suivant un angle de 31° environ. Avec cet angle d’incidence, il
est logique que l’avion ait ricoché, perdant des débris au fur et à mesure de son
parcours. Sa trajectoire de chute se trouve sur la gauche de son axe d’approche de piste.
Il a dévié de cet axe d’approche d’un angle de 14° environ,
- l’avion présidentiel a été impacté par le missile à une altitude de 1646 mètres que nous
considérons comme une valeur nominale, à laquelle il faut accorder un intervalle de
tolérance sur sa trajectoire d’approche de ± 40 mètres.
Compte tenu des grandes dimensions de la scène, cet écart n’est pas significatif ou du
moins pas suffisant pour modifier en quoi que ce soit notre méthodologie devant
permettre de rechercher le lieu de tir des missiles,
- le point d’impact sur l’avion se situe à 236 mètres au-dessus de l’altitude du lieu du
crash : Z = 1410 m,
- compte tenu de la faible dispersion des débris, nous pouvons exclure une désintégration
totale de l’avion en vol, mais son intégrité a dû être très altérée par l’explosion du missile
et des vapeurs de kérosène,
- le temps de chute de l’avion a été de 7 sec. environ, sa vitesse verticale (composante
verticale) à l’impact étant de l’ordre de 68 m/s,
- l’impact du missile sur l’avion se situe à 3150 m de la réf. ILS. Le lieu du crash a été
positionné, ramené sur la trajectoire d’approche de l’avion, à 2760 m de cette référence.
8.3.2 Le missile
Quel type de missile a été utilisé pour abattre le FALCON 50 ?
Dans le chapitre n° 7 consacré à cet effet, de l’étude exhaustive des systèmes d’armes
aériens pouvant être utilisés, nous en avons déduit qu’il s’agit de missiles sol-air portables,
d’une deuxième génération, dite Igla, dont font partie les missiles SA16 et SA18. C’est le
missile SA16 que nous avons prioritairement retenu. Il s’entend que les missiles de cette
génération, tirés à l’épaule, comportent de très bonnes performances opérationnelles en
matière de balistique, de puissance explosive et de capacités d’accrochage d’une cible
émettant une signature infrarouge, mais comparables.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.3.2.1 Informations générales sur la menace sol-air portable, génération Igla : missiles
SA16 et SA18
Ces types de missiles et les accessoires nécessaires à leur mise oeuvre, font partie d’un
système d’arme d’origine soviétique, connus sous les désignations suivantes :
- nom commercial : Igla,
- nom de code donné par l’OTAN : SA16 dénommé « GIMLET » et SA18 dénommé
« GROUSE ».
Ce système d’arme a été développé dans les années 1970-1980 au profit de l’armée
soviétique.
Le système Igla a été conçu pour procurer aux troupes terrestres, qu’elles soient à l’arrêt ou
en mouvement, un moyen de se défendre contre des attaques aériennes survenant de
manière inopinée.
Il a résulté de cette exigence une conception de ce système d’arme qui se caractérise par un
encombrement réduit et une grande simplicité de mise en oeuvre, nécessitant néanmoins
une formation et un entraînement appropriés. Ce système fait partie des systèmes d’armes
très courtes portées en service opérationnel. Il est utilisable contre les avions de combat
évoluant à grande vitesse, ainsi que contre les hélicoptères évoluant à basse altitude.
Ce concept d’emploi peut toutefois être détourné pour employer ce système d’arme dans
des actions d’agression contre tout type d’aéronef passant à basse ou très basse altitude. Le
missile de ce système est attiré par toute source de chaleur élevée rayonnant dans des
bandes spectrales de l’infrarouge proche et/ou moyen, émise par les réacteurs des avions
de combat, de lignes commerciales et les moteurs des hélicoptères. En fait, toute source de
chaleur émise par une plateforme aérienne évoluant à grande et faible vitesse est
susceptible d’être atteinte par ces types de missile avec un coefficient de réussite élevé.
Le système d’arme Igla constitue une évolution significative par rapport aux systèmes de
type « Strela-2M » (code OTAN « SAM-7 », dénommé « GRAIL » évoqué dans la presse
ouverte depuis de nombreuses années) et « Strela-3 » (impliqué dans l’attentat commis en
novembre 2003 contre un Airbus de DHL en IRAQ).
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
L’Igla se distingue en effet de ces systèmes d’ancienne génération par sa résistance aux
contre-mesures car il dispose de fonctions CCMIR (Contre-Contre-Mesures InfraRouges),
pour le missile SA18, permettant de distinguer les leurres de la cible et une meilleure
efficacité de son guidage terminal consistant à diriger le missile vers un point situé à
quelques mètres en avant de la source chaude la plus crédible de la cible.
L’explosion de la charge explosive se produira donc en un point beaucoup plus vital de la
cible, où elle sera susceptible de provoquer des dommages plus importants. La grande
facilité de mise en oeuvre permet à ces types de missiles portables, tirés à l’épaule,
d’améliorer également leur efficacité opérationnelle. Enfin, leur volume d’emploi amélioré
permet d’atteindre une cible à une altitude de l’ordre de 5000 mètres.





Ce système d’arme est constitué :
- d’un tube de tir ou de lancement,
- d’un missile (logé dans son tube de tir),
- d’une crosse ou poignée de tir,
- d’un dispositif ensemble pile refroidisseur (EPR).
Le tube de tir mesure 1,7 m de long. La masse du tube de tir au stade opérationnel, c’est-àdire
équipé du missile, de la poignée de tir et de l’EPR, est de l’ordre de 17 kg. La poignée
de tir pèse 1,7 kg environ et l’EPR 1,4 kg. Ce type de missile est portable et se tire à
l’épaule.
Description du missile

Le missile SA16 d’une longueur totale de 1670 mm, d’un calibre de 70 mm environ et d’une
masse d’environ 10,800 kg est constitué de l’avant vers l’arrière des éléments suivants :
- un autodirecteur à guidage infrarouge,
- un tronçon pilote et génération électrique pour le pilotage du missile,
- un tronçon charge militaire et le dispositif de sécurité et d’armement (DSA),
- un propulseur principal,
- un éjecteur.
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
La propulsion du missile est assurée par l’intermédiaire de deux propulseurs à propergol
solide. Le premier propulseur nommé éjecteur situé à l’arrière du missile est destiné à
assurer l’éjection du missile hors du tube de lancement, en lui imprimant un roulis de
stabilisation de trajectoire. Le second est le propulseur principal qui assure la propulsion du
missile durant sa mission.
Le pilotage du missile est assuré par une paire de gouvernes commandées par un
servomoteur pneumatique à gaz chauds.
Le missile SA16 porte le marquage 9M313.
• Autodirecteur
Ce missile SA16 est équipé d’un autodirecteur passif à guidage infrarouge monobande,
bande 2, comprise entre 3,8 et 5,0 μm. C’est la bande de fonctionnement de la plupart des
autodirecteurs de missiles actuels. C’est par cette « fenêtre atmosphérique » que le missile
« voit » le rayonnement thermique émis par la cible. L’autodirecteur a une fonction de
détection et d’accrochage ou de capture.
Son but est l’accrochage et la poursuite de sources de chaleur rayonnées par des réacteurs
d’avions de combat, civils et de moteurs thermiques d’hélicoptère. Un autodirecteur est
constitué de détecteurs, d’optiques et de composants électroniques.
Il convient de préciser que ce missile SA16 n’est pas équipé d’un autodirecteur bi-bande :
- bande 1 – rayonnement dans le proche infrarouge : 1,7 à 2,7 μm,
- bande 2 – rayonnement dans l’infrarouge moyen : 3,8 à 5,0 μm,
ce qui est le cas notamment du missile SA18, objet du paragraphe 8.3.2.3.
La bande 1 assure la discrimination spectrale entre la cible et un leurre infrarouge. Les
missiles des générations antérieures étaient équipés d’autodirecteurs bande 1, plus faciles à
leurrer : SAM 7.
• Tronçon pilote et génération électrique
Ce tronçon, qui se situe à l’arrière de l’autodirecteur, est destiné à assurer le pilotage du
missile et l’alimentation électrique durant tout le vol.
Il est constitué des éléments principaux suivants :
- d’une prise ombilicale,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- d’un ensemble servomoteur et ses gouvernes,
- d’un plan fixe,
- d’un bloc turbine-alternateur,
- d’un premier générateur de gaz chauds dit « gros générateur » qui alimente le bloc
turbine et le servomoteur,
- d’un second générateur de gaz chauds dit « petit générateur » qui alimente les tuyères
de pilotage situées sur ce même tronçon.
Prise ombilicale
La prise ombilicale est destinée à assurer la liaison électrique entre le missile et le tube de
tir.
Servomoteur
L’ensemble servomoteur qui est alimenté en gaz chauds par le « gros générateur »
commande les gouvernes en fonction des ordres électriques de pilotage délivrés par
l’électronique.
Plan fixe
Le plan fixe est composé de 2 ailettes dont le positionnement angulaire est de 90° par
rapport aux gouvernes. Lorsque le missile quitte le tube de tir, ces ailettes se déplacent sous
l’action de ressorts précontraints et se verrouillent en position.
Bloc turbine-alternateur
Le bloc turbine-alternateur délivre les tensions électriques nécessaires au fonctionnement du
missile durant sa mission.
Gros générateur de gaz
Ce générateur de gaz est en fait un propulseur qui est mis à feu par l’ordre de tir délivré par
la crosse du tube de tir. Il est destiné à assurer l’alimentation en gaz chauds du bloc turbine
et du servomoteur. Il est constitué d’une structure en acier, d’un bloc de propergol solide et
d’un allumeur.
Petit générateur de gaz
Ce petit générateur de gaz est un petit propulseur destiné à la mise en roulis du missile en
tout début de son vol pour une meilleure stabilité balistique.
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• Tronçon charge militaire
Le tronçon charge militaire est destiné lors de son fonctionnement à générer des éclats
calibrés projetés à très grande vitesse, qui ont pour rôle de détruire la cible ou de
l’endommager.
Ce tronçon est constitué :
- d’une charge principale et d’une charge secondaire, le tout représentant une masse de
l’ordre de 400 g d’octocire qui est composé principalement d’octogène et d’un faible
pourcentage de liant indispensable à sa fabrication,
- d’un dispositif de sécurité et d’armement (DSA), (placé entre les deux charges
explosives),
- d’un dispositif de fonctionnement par influence, appelé fusée de proximité,
La liaison électrique entre le Dispositif de Sécurité et d’Armement (DSA) et la partie avant du
missile se fait à travers la charge suivant l’axe de roulis du missile. La masse totale de ce
tronçon militaire est de l’ordre de 1,27 kg.
Charge principale
La charge principale est composée d’une enveloppe métallique renfermant un chargement
d’explosif qui est de l’octocire. L’enveloppe métallique en acier présente des rainurages
intérieurs qui la préfragmentent. Cette préfragmentation est susceptible de produire 185
éclats environ en forme de losange, d’une masse moyenne 0,5 g. Le fond avant de
l’enveloppe présente une forme légèrement hémisphérique au centre duquel passent les fils
d’alimentation du DSA. Cette forme est susceptible de générer un effet de charge creuse. La
charge creuse est destinée à produire un effet perforant par projection d’un jet métallique
animé d’une très grande vitesse.
Charge secondaire
La charge secondaire se présente sous la forme d’un boîtier en alliage léger renfermant un
chargement d’explosif en octocire. Cette charge, placée derrière le DSA, épouse la forme du
fond avant du propulseur du missile. Elle a pour rôle, dans le cas où l’interception de la cible
interviendrait avant la fin du fonctionnement du propulseur, d’entraîner en détonation
l’éventuel reste de propergol du propulseur. Une colonne d’explosif secondaire transmet la
détonation de la charge principale vers la charge secondaire à travers le DSA.
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Dispositif de sécurité et d’armement (DSA)
Dans la partie arrière de la charge principale s’insère le DSA qui est un dispositif électromécano-
pyrotechnique.
Les fonctions du DSA sont les suivantes :
- maintenir la chaîne pyrotechnique d’amorçage de la charge principale désalignée, c’est-àdire
en sécurité pendant le stockage, le transport et le début de trajectoire,
- lever les sécurités en autorisant l’alignement de la chaîne pyrotechnique après un certain
délai et ce à condition que le missile soit soumis à la bonne accélération et qu’il soit sorti
du tube de tir (interrupteur sous gouverne),
- amorcer la charge principale lors de l’impact du missile sur sa cible ou lors de son
passage à proximité (fonctionnement par influence),
- réaliser l’autodestruction du missile au bout d’un certain délai dans le cas où il n’a pas
atteint sa cible, au bout de 15 sec. environ,
L’impact du missile avec la cible entraîne le déplacement d’un noyau métallique à travers un
aimant et une bobine. Ce déplacement fait varier le flux magnétique induisant ainsi un
courant dans la bobine. Ce courant met à feu le dispositif d’initiation du DSA.
Dispositif de fonctionnement par influence ou fusée de proximité
Le dispositif de fonctionnement par influence est constitué d’un bobinage de fil de cuivre
associé à un aimant le tout étant recouvert d’une peau en matière plastique. L’ensemble est
placé autour du DSA. Le passage à proximité de la cible fait varier le flux magnétique
induisant ainsi un courant dans la bobine. Ce courant met à feu le dispositif d’initiation du
DSA.
• Propulseur principal
Le propulseur principal est le moteur du missile. Il est mis à feu à une distance d’environ 8
mètres du tube de tir soit environ 0,4 secondes après l’ordre de tir délivré par appui sur le
deuxième cran de la détente de la crosse du tube, par le biais d’un retard pyrotechnique,
monté dans la tuyère. Cet allumage retardé est destiné à protéger le tireur des effets arrière
générés par le fonctionnement de ce propulseur. Il assure les phases d’accélération et de
croisière du missile. Le chargement propulsif est un bloc de propergol solide cylindrique.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
La longueur de ce propulseur représente un peu plus de la moitié de la longueur du missile.
Le tube propulseur comporte un rétreint de culot sur lequel sont fixées les ailettes dépliables
de l’empennage de stabilisation.
• Ejecteur
Ce dispositif est un petit propulseur doté d’un propergol solide aux formes appropriées, qui a
pour rôle d’éjecter le missile hors de son tube de tir et de le mettre en rotation, par l’éjection
des gaz sortant par 6 tuyères inclinées. Il est monté en bout de la tuyère du propulseur
principal, à l’arrière de l’empennage.
La liaison mécanique entre l’éjecteur et le propulseur principal est réalisée par un système
de bagues coulissantes. Lorsque le missile se déplace dans le tube, la liaison mécanique se
rompt. L’éjecteur est mis à feu par l’ordre de tir délivré par appui sur la détente de la crosse
du tube de tir.
Tube de tir
Le tube de tir référencé 9 322 (9P322 en translittération latine) de ce système d’arme Igla
est réalisé en bobinage de tissu de fibre de verre imprégné de résine renforcé par des
anneaux métalliques. Ce tube n’est pas réutilisable. Une sangle de transport vient se fixer
sur deux de ces anneaux.
Ce tube a pour rôles :
- de protéger le missile durant les phases de stockage et de transport,
- de permettre le test du missile (opération de maintenance) à poste dans le tube par
l’intermédiaire d’une prise de test,
- de distribuer les tensions électriques vers la crosse de tir et le missile ainsi que le gaz de
refroidissement vers l’autodirecteur du missile durant les phases de détection et
d’acquisition de la cible,
- de mettre en rotation la toupie gyroscopique de l’autodirecteur grâce aux bobines situées
à l’avant du tube,
- de dévier la tête gyroscopique dans une direction de 10° vers le bas par rapport à la
référence longitudinale du missile, par l’intermédiaire d’un jeu de bobines placé à l’avant
du tube,
- d’informer le tireur de l’état du système,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- d’assurer la fonction IFF par l’intermédiaire d’un jeu d’antennes placé à l’avant du tube.
L’IFF (Identification Friend or Foe) est un dispositif d’identification « ami – ennemi »,
sachant que tous les missiles ne sont pas dotés de cette option,
- de guider le missile lors de son départ, après l’acquisition visuelle à l’aide du système de
visée.
Sur le tube, viennent se monter l’ensemble pile refroidisseur (EPR) et la crosse de tir.
Le tube de tir est équipé à ses deux extrémités de bouchons obturateurs amovibles qui
protègent le missile durant les phases de transport et de stockage.
Un bouton poussoir placé sur le côté gauche du tube permet de modifier des paramètres de
pilotage du missile en fonction de la présentation de la cible (secteur avant ou arrière).
Le tube de tir porte le système de visée qui est constitué d’un oeilleton et d’un réticule.

Guido
n
Oeilleton
Position de l'oeil
du tireur
235mm
85mm Diamètre trou intérieur: 4mm
Diamètre trou externe: 8mm
Diamètre trou interne: 2mm
10°
Référence longitudinale
du tube et du missile
Ligne de visée
Voyant ADA
DISPOSITIF DE VISEE
Guidon

La ligne de visée est orientée de 10° vers le bas par rapport à l’axe longitudinal du tube de tir
(dans la direction de la tête gyroscopique de l’autodirecteur pendant la phase d’acquisition).
Le guidon placé à l’avant du tube est protégé par un cache.
La position de l’oeil du tireur est symbolisée par une flèche dessinée sur le tube. Le diamètre
du trou externe du guidon définit un champ total de l’ordre de 6.25 mrd.
En définitive, la cible peut être aperçue à 1000 mètres dans un cercle de 21 m de diamètre
environ et à 1500 m dans un cercle de 31 m de diamètre environ.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le voyant ADA (autodirecteur accroché) placé en dessous du trou de l’oeilleton, indique l’état
de fonctionnement de l’autodirecteur. Il est occultable par un cache muni d’un petit trou pour
éviter l’éblouissement du tireur pendant un tir de nuit.
Un bouton poussoir placé sur le côté gauche, au-dessus du levier pivotant, est utilisé pour
l’acquisition de cibles en éloignement.
Ce levier pivotant permet, lorsqu’il est actionné :
- de déclencher le fonctionnement de l’ensemble pile refroidisseur (EPR),
- de déverrouiller ou de reverrouiller le missile dans le tube,
- d’interdire la dépose de l’EPR lorsque le missile est déverrouillé.
Une flèche surmontée d’un marquage « » (percussion) indique le sens de rotation
du levier. En position stockage, le levier est orienté vers l’avant du tube.
La liaison électrique tube-missile se fait par l’intermédiaire d’un connecteur largable 50
broches (aussi nommé prise ombilicale) protégé par un capot maintenu par des vis. La tête
d’une de ces vis est généralement noyée dans un mastic estampillé permettant ainsi de
contrôler que le dispositif n’a pas été démonté. Le connecteur largable distribue vers le
missile les tensions électriques générées par l’EPR et il permet le dialogue entre la poignée
de tir, le tube et le missile durant les phases de détection et d’acquisition de la cible.
Le doigt de verrouillage vient se positionner dans un logement usiné sur la charge militaire
du missile.
Le logement de l’ensemble pile refroidisseur est situé sous le tube de tir en avant de la
crosse. Cinq contacts électriques ainsi qu’un connecteur pneumatique permettent les
alimentations électriques et en fluide réfrigérant de l’EPR du missile. Le verrouillage de l’EPR
est réalisé par un verrou mécanique.
Un capillaire placé sur le côté droit du tube est protégé par un capot fixé par des vis. Ce
capillaire permet d’alimenter en fluide réfrigérant l’autodirecteur du missile. Lors du départ du
missile le capillaire est sectionné.
Poignée de tir de référence – 9P519
La poignée se fixe sous le tube de tir. Elle est réutilisable. Elle intervient dans les phases de
détection, d’acquisition et de tir du missile.
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Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Elle est munie d'une détente à trois positions définies ainsi:
P1 : position repos,
P2 : position acquisition,
P3 : position tir.
Ensemble pile refroidisseur (EPR)
L’ensemble pile refroidisseur (EPR) se monte sous le tube de lancement, entre la bouche et
la poignée-crosse de tir. Cet ensemble métallique comprend une sphère de couleur noire et
une partie cylindrique. Il est destiné à assurer l’alimentation en énergie électrique du tube de
tir, de la crosse de tir et du missile durant les phases de détection et d’acquisition de la cible.
Dés que le tir du missile est commandé, un dispositif interne au missile prend le relais.
L’EPR délivre également un fluide destiné à refroidir l’autodirecteur du missile.
Le fluide contenu dans la partie sphérique de l’EPR est de l’azote stocké à une pression de
350 bars. La quantité d’azote est d’environ 130g. Dans la phase de mise en oeuvre pour le
tir, lorsque le tireur manoeuvre le levier pivotant placé sur le tube de tir, la réserve de fluide
est percutée libérant ainsi l’azote qui est alors délivré par l’intermédiaire du capillaire vers
l’autodirecteur du missile.
La génération électrique est réalisée par l’intermédiaire d’une pile thermique à activation
pyrotechnique. Cette pile est située dans la partie cylindrique de l’EPR. La durée de
fonctionnement de l’EPR est de 60 s maximum.
8.3.2.3 Missile SA18

Le missile SA18 possède les mêmes caractéristiques physiques et performances balistiques
que le missile SA16. Sa tête explosive est identique à celle du SA16. Sa mise en oeuvre et
son domaine opérationnel sont également identiques au missile SA16. Un opérateur qui sait
tirer un missile SA16 n’a aucune difficulté pour utiliser un missile SA18.
Par contre, le missile SA18 possède un autodirecteur à guidage infrarouge plus
« intelligent » dans le sens où il est bi-bande, c’est-à-dire équipé d’une voie bande 2 (3,8 à 5
μm) assurant la poursuite sur la cible (comme pour le SA16) et d’une voie bande 1 (1,7 à 2,7
μm) assurant la discrimination spectrale entre la cible et des leurres.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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En fait, l’accrochage sur la cible est acquis par le rayonnement infrarouge perçu ou reçu
dans la bande 2 (fenêtre 3,8 à 5 μm), tout comme le missile SA16. La bande 1,7 à 2,7 μm
(proche infrarouge) lui permet par discrimination spectrale d’être plus difficile à leurrer, sauf
par des leurres dits de nouvelle génération dont l’objectif n’est plus de produire une source
ponctuelle très énergétique mais d‘imiter la signature et/ou la trajectoire de l’objet à protéger,
de façon à ce que l’autodirecteur se dirige sur le leurre plutôt que sur la cible. Il possède une
sélection de mise en oeuvre des contre-contre-mesures.
Si la cible visée n’utilise pas de leurres et si le tir doit avoir lieu par un ciel brillant,
engendrant des reflets sur les bords de nuages ou sur le paysage, il est conseillé de
désactiver les fonctions de contre-contre-mesures, en appuyant sur le bouton de
désactivation situé sur la poignée-crosse, fonction absente sur le missile SA16.
En définitive, la bande spectrale à travers laquelle il perçoit la source de chaleur émise par la
cible est la même pour ces deux missiles. Il convient de préciser que d’une cellule
d’autodirecteur à l’autre, il peut y avoir des bandes passantes différentes.
Ce qui veut dire qu’un autodirecteur pourra recevoir plus ou moins d’énergie, à partir d’une
source de chaleur émettrice d’égale valeur. La capacité d’acquisition, qui est le facteur
fondamental de son pourcentage de réussite, n’est pas liée à la nature du missile, mais à la
qualité :
- de l’optique de la cellule de l’autodirecteur, il faut le rappeler, refroidie à l’azote liquide
par l’EPR (*),
- des composants électroniques de cet équipement.
(*) L’EPR du SA18 est identique à celui du SA16.
8.3.2.4 Domaine opérationnel de cette génération de missiles sol-air Igla : SA16 et SA18
• Performances balistiques et opérationnelles
Les principales performances balistiques et opérationnelles de cette génération de missiles,
qui sont comparables, sont les suivantes :
Portée :
- Vitesse moyenne : 570 m/s, champ de tir maximum, objectif en rapprochement : 4.500 m,
- Vitesse maximum d'enclenchement, objectif en rapprochement : 360-400 m/s,
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- Altitude efficace maximum, objectif en rapprochement : 2 000 m (jets),
- Altitude efficace maximum, objectif en rapprochement : 3 000 m (hélicoptères et avions à
piston),
- Altitude efficace minimum : 10m.
Dans des engagements frontaux, ces missiles peuvent être utilisés contre des cibles se
déplaçant à des vitesses comprises entre 360 et 400 m /s. Dans le cas de cibles en
éloignement, leur vitesse de déplacement est ramenée à 320 m/s.
• Prise en compte des conditions météorologiques
Le tir peut avoir lieu par des températures comprises entre – 40 et + 50°C.
• Détection de la cible par le tireur
Lorsqu’une cible a été détectée, le tireur procède aux opérations d’identification visuelle de la
cible, d’évaluation de la menace, d’orientation de l’arme dans la direction de la cible.
• Activation de l’ensemble pile-refroidisseur
Le choix de l’instant d’activation de l’EPR est une des clés de la réussite d’un tir.
En effet, l’EPR ne doit pas être activé trop tôt, sous peine de le voir s’épuiser avant que la
cible parvienne à portée de tir (l’EPR fonctionne pendant 60 s maximum à partir de son
activation) ou trop tard, sous peine que la cible ne sorte du domaine ou de la fenêtre de tir
avant que l’autodirecteur ne soit correctement refroidi par le gaz issu de l’EPR. Il convient de
considérer que l’EPR est réellement opérationnel pendant 50 s. Dépasser ce délai, c’est
réduire considérablement l’efficacité de la mission.
Le processus du tir est étroitement lié à la durée de vie de l’EPR. Ce processus peut se
décomposer de la façon suivante :
- alimentation en puissance électrique de la poignée-crosse de tir et du missile : 1 à 1,3 s,
- temps minimum requis par le système pour engager la cible : 12 s
- temps maximum dont dispose le tireur pour appuyer sur la détente
(liberté d’action) : 30 sec. C’est le temps nécessaire à l’acquisition visuelle et à
l’autorisation de tir délivrée par le signal sonore, révélateur de l’accrochage de
l’autodirecteur à guidage infrarouge sur la cible,
- fin d’activité de l’EPR : 50 s, 60 s maximum.
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Lorsque l’endroit de la mission est bien connu et que l’on connaît également à l’avance la
vitesse de la cible que l’on souhaite engager (c’est le cas dans la plupart des scénarios
d’attaques commis à l’aide de systèmes sol-air portables), on peut préalablement repérer un
point du paysage (clocher, bouquet d’arbres, colline) dont le survol par la cible marquera
l’instant optimal auquel il conviendra d’activer l’EPR.
En résumé, la séquence de tir simplifiée peut être représentée par le schéma ci-après :
SEQUENCE DE TIR SIMPLIFIEE
Détection et identification de la cible (visuel)
T0 Activation par l’opérateur de l’ensemble pile refroidisseur (EPR)
T + 1,3 s Alimentation électrique du missile et de la poignée de tir
T + 5 s Refroidissement de l’autodirecteur (calage du gyroscope)
T + 12 s (minimum) Tir automatique ou manuel : départ du missile
T0
T’ + 0,4 s Mise à feu propulseur principal – Levée des sécurités
T’ + X Interception cible – Mise à feu de la charge militaire
T’ + 15 s Si cible non atteinte autodestruction missile
T + 60 s Fin de fonctionnement de l’EPR
(maximum)
• Acquisition ou accrochage de la cible par l’autodirecteur
Le tireur oriente ensuite son arme de manière à apercevoir la cible à travers le système de
visée fixé sur le tube de tir, que nous avons décrit précédemment. L’accrochage de la cible
par l’autodirecteur est signalé au tireur par :
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- l’allumage fixe d’un voyant ADA,
- l’audition d’un signal sonore modulé dans le haut-parleur de la poignée.
La perception de ces deux signaux garantit au tireur que le missile voit la cible et qu’il est en
mesure de se diriger vers celle-ci.
• Choix du mode de tir
Le tireur doit alors choisir entre deux modes de tir : tir manuel ou automatique, ce dernier
étant le mode de tir nominal. Le tir manuel permet l’acquisition de cibles immobiles ou lentes.
• Vol du missile
Ce type de missile associé au système Igla est du type bien connu dans le domaine
militaire : « tire et oublie ». Une fois tiré, il se dirige automatiquement vers sa cible, guidé par
le rayonnement infrarouge émis par celle-ci. Sa poursuite sur la cible obéit aux principes de
la navigation proportionnelle :
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• Interruption du tir
La séquence de tir peut être interrompue si le tireur ne parvient pas à maintenir son arme
dans une position stable, ce qui empêche l’autodirecteur d’accrocher la cible ou si la cible
passe trop loin du tireur pour que l’autodirecteur la détecte ou si l’EPR est arrivé à
épuisement avant que la cible ne soit parvenue à portée de tir.
Dans tous les cas, il faudra retirer l’EPR désormais inutile et le remplacer par un autre en
état de marche. Une nouvelle procédure de tir peut être engagée à nouveau. Nous
rappelons que la poignée de tir est réutilisable.
• Maintenance et entretien
Aucune opération d’entretien n’est nécessaire durant le stockage de ce système d’arme,
sous réserve que ce dernier soit stocké dans les bonnes conditions. Ce type de matériel est,
en matière de conditionnement militaire, livré en caisse contenant deux missiles et quatre
EPR. Sur le plan opérationnel, deux EPR sont à disposition pour le tir d’un missile.
8.3.3 Explosion de l’avion
Les nombreux témoignages ressortant des pièces de la procédure font état de l’explosion de
l’avion dans sa phase d’approche, concrétisée visuellement par une boule de feu qui l’a
accompagné pendant toute sa chute.
Nous allons étudier comment ce phénomène explosif et thermique a pu se produire. Tout
d’abord, quelles sont les caractéristiques de l’explosion d’un explosif condensé.
8.3.3.1 L’explosion
L’explosion est un phénomène physique caractérisé par une variation brutale de la pression
et de la température conduisant à des effets de destruction : c’est ainsi que la libération
brutale de gaz sous pression par rupture de l’enceinte qui les contient, conduit à une
« explosion mécanique ». Il en est de même, à une échelle beaucoup plus grande, de la
réaction de fission d’atomes de plutonium dans « l’explosion nucléaire ».
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Dans le cadre de « l’explosion chimique », on assiste à une réaction chimique de grande
rapidité à l’intérieur de la matière explosive, et, en général, à un dégagement violent de gaz
à haute température conduisant à une augmentation presque instantanée de la pression
dans l’enceinte qui contient la matière explosive. L’explosion est le résultat de cette montée
brutale de la température et de la pression. La détonation et la déflagration sont les deux
réactions classiques qui conduisent à l’explosion chimique génératrice d’une onde de choc
dans le milieu environnant.
La chaleur d’explosion est l’énergie libérée par la réaction chimique d’explosion. En matière
de thermodynamique chimique, les explosifs dits intentionnels, leur potentiel s’échelonne
entre 500 kcal/kg et 1600kcal/kg. Par contre, la durée de l’effet thermique est très brève.
La température d’explosion est la température calculée des produits de l’explosion devant
l’onde de choc, en supposant que l’explosion s’effectue dans une enceinte indestructible et
imperméable, donc à volume constant. La température réelle d’explosion est en général plus
élevée. Dans le cas de la détonation, elle atteint couramment plusieurs milliers de degrés
centigrades, mais pendant un temps extrêmement bref.
Le confinement : Le confinement est la résistance plus ou moins grande de matériaux inertes
entourant immédiatement la charge explosive vis-à-vis des effets de l’explosion, notamment
du dégagement des gaz produits et de leur pression.
L’amorçage, par l’onde de choc d’un détonateur, ou l’allumage par la flamme d’un allumeur
d’un explosif, conduisent à des résultats très différents suivant que le confinement de cet
explosif est plus ou moins fort.
Le diamètre critique : Le diamètre critique est le diamètre minimal d’une charge explosive audessous
duquel sa détonation ne peut pas se produire, car l’onde explosive ne peut pas s’y
entretenir.
La puissance : La puissance d’un explosif est l’énergie utilisable pour un effet déterminé ou
de destruction. Cette puissance est fonction de l’énergie dégagée par l’explosion elle-même
et sa valeur maximale théorique est donc la chaleur d’explosion définie précédemment. La
puissance ne doit pas être confondue avec la brisance qui se définit par l’aptitude d’un
explosif à fragmenter plus ou moins fort, à masse égale, le matériau placé dans le voisinage
immédiat de son lieu de détonation.
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La brisance : L’onde de choc induite par la détonation de l’explosif se propage dans le
matériau qui l’entoure en engendrant des contraintes importantes en compression, puis en
traction ou en cisaillement par suite de ses réflexions successives sur différentes
discontinuités du milieu. Ces contraintes entraînent des fissurations, par lesquelles
s’échappent les gaz de l’explosion. Le résultat pratique de l’explosion est donc une
combinaison entre les effets de pression des gaz et surtout ceux de l’onde de choc.
Une grande vitesse de détonation permettra de mieux fragmenter le matériau, ce qui
caractérise essentiellement la brisance de l’explosif. La brisance est fonction de la pression
de détonation, donc du produit de la masse volumique par le carré de la vitesse de
détonation.
• Les différents régimes des explosions :
Combustion : La combustion est une réaction d’oxydoréduction faisant appel en général à
l’oxygène de l’air. Dans le cas des matières explosives, l’oxygène nécessaire à la
combustion est fourni par des molécules entrant dans leur composition et la combustion peut
donc se poursuivre en l’absence d’air (réaction d’oxydoréduction interne et particulièrement
rapide).
La réaction de combustion se propage par un mécanisme classique de transfert thermique,
c’est-à-dire avec transmission de l’énergie par conductibilité thermique et rayonnement. Les
gaz de combustion se déplacent en sens opposé à celui de la propagation de la réaction.
Déflagration : La déflagration est une combustion particulièrement rapide de la matière
explosive, qui se traduit par une onde de choc dans l’atmosphère environnante (à partir du
moment où la vitesse de combustion dépasse la vitesse du son dans cette atmosphère).
Cette onde de choc crée des destructions du même type que celles de la détonation, mais
beaucoup moins intenses, sauf, à la limite, dans le cas de la poudre noire où la déflagration
s’apparente à une détonation avec des vitesses de l’ordre de 500 m/s. La vitesse de
déflagration dépend de la pression et n’est donc pas une constante.
Détonation : La détonation est une réaction particulière de décomposition d’un explosif dans
laquelle cette réaction extrêmement rapide engendre une onde de choc dans la matière ellemême
(onde explosive).
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De très hautes pressions et des températures très élevées apparaissent au niveau de cette
onde de choc et conduisent à entretenir la réaction chimique qui se propage donc par cette
onde explosive. Les gaz produits par la détonation se déplacent dans le même sens que
cette réaction.
La vitesse de détonation, c’est-à-dire la vitesse de propagation de l’onde de choc dans le
matériau explosif est constante, quelle que soit l’intensité d’initiation de la détonation (à partir
d’un certain seuil d’énergie en-dessous duquel il y a raté d’amorçage) : pour un explosif
donné, elle ne dépend que de sa masse volumique et varie dans le même sens.
La vitesse de détonation se situe entre 2500 et 9000 m/s (cas de l’octogène). Il convient de
préciser que l’on n’a pas de frontière tranchée entre une déflagration et une détonation, dans
une gamme de vitesse comprise entre 1500 et 2500 m/s. Comme nous l’avons indiqué
précédemment, la vitesse de déflagration dépend de la pression (cas de confinements) et
n’est donc pas une constante.
La pression de détonation, sur le front de l’onde de choc, est proportionnelle à la masse
volumique, la vitesse de détonation et la vitesse des gaz de détonation, et, comme celle-ci
est elle-même proportionnelle à la vitesse de détonation, au carré de celle-ci, elle est au
moins de l’ordre d’une dizaine de mégapascals.
Les discontinuités de pression et de température, caractéristiques de l’onde de choc, se
retrouvent dans le milieu environnant : une faible partie seulement de l’énergie est réfléchie
dans la matière explosive (et conduit alors à entretenir la réaction qui est donc favorisée par
le confinement).
L’onde de détonation ainsi transmise crée des effets dévastateurs dans le milieu
environnant : elle se caractérise en un point donné par une pression de crête et une
impulsion qui vont en diminuant au fur et à mesure que l’on s’éloigne du siège de la
détonation.
Dans le cas de la détonation à l’air libre, la plus grande partie de l’énergie est effectivement
transmise, l’atténuation de l’impulsion est proportionnelle à la racine cubique de la distance.
La variation en un point de la pression de l’onde de souffle ou de pression aérienne au cours
du temps est représentée par le profil ci-après :
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Cette onde de pression aérienne est caractérisée par :
- la pression effective de son front ou pression de crête de la phase positive, qui est à
l’origine des principaux dégâts matériels,
- la durée de la phase de pression positive,
- la valeur maximum de la dépression atmosphérique est souvent appelée onde de rappel
ou onde de succion, car un de ses effets est de ramener vers la source les objets que la
phase positive avait poussés pour les éloigner,
- la durée de cette phase négative.
• Comportement des enceintes de charges explosives et de leurs aménagements
Comme nous venons de le voir, les enceintes peuvent jouer un rôle important dans les effets
des explosions en fonction de leur configuration (rapport diamètre – longueur) et de leur
confinement pour l’obtention d’effets perforants (charge creuse), dirigés et antipersonnels
par des structures préfragmentées ou fragmentables. Les conséquences sur les personnes
et les cibles visées sont évidemment liées à la nature et à la quantité de l’explosif utilisé.
Effet antipersonnel par projection d’éclats
C’est le cas de sous-munitions et de têtes d’un bon nombre de missiles sol-air. Si des corps
solides se trouvent au voisinage d’un explosif, ils sont projetés par la détonation à de très
grandes vitesses soit entièrement, soit après fragmentation en plusieurs morceaux. Il se
forme alors des projectiles qui auront une très grande énergie cinétique et qui, malgré la
résistance de l’air qui les freinera, pourront aller très loin et souvent bien au-delà du rayon
des dégâts forts dus au souffle aérien. C’est le cas des enceintes en acier qui contiennent la
charge explosive.
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Ces projectiles appelés éclats pourront être la cause d’une aggravation considérable des
effets d’une explosion. Bien sûr, les fragments dispersés par une détonation sont des
phénomènes isolés et la probabilité pour que l’un d’entre eux atteigne juste un bâtiment ou
un individu déterminé est toujours très faible. Si l’on considère que les éclats sont à un
instant donné à peu près répartis sur une sphère centrée au centre de l’explosion et qu’ils
tendent à s’éloigner radialement, cette probabilité est inversement proportionnelle à la
surface de la sphère et par conséquent inversement proportionnelle au carré de la distance
au lieu de l’explosion. Une cible donnée subira donc quatre fois moins d’atteinte à 200
mètres qu’elle n’en subirait à 100 mètres, et elle en subira cent fois moins à 1000 mètres.
Cette probabilité sera même plus petite en raison des nombreux éclats de faible vitesse qui
tomberont sur le sol avant d’atteindre une telle distance.
Néanmoins, il faut considérer qu’il y a dans les projections créées par une explosion, un
danger important, notamment à cause des distances considérables qui peuvent être
atteintes par les projectiles : effet de gerbe.
L’étude de la dispersion des éclats d’une enceinte métallique est très difficile à évaluer et les
effets possibles ne peuvent guère être prévus, voire caractérisés. Toutefois, les dégâts sont
estimables au vu de nombreuses expérimentations réalisées avec des mesures sur des
champs de tirs.
Globalement, on est capable d’estimer la puissance d’une explosion et les conséquences qui
en résultent, en fonction de la nature et de la quantité de l’explosif utilisé, ainsi que de son
conditionnement.
Le pouvoir de pénétration des éclats dépend essentiellement de la nature du métal, de sa
forme et de sa vitesse au point d’impact. L’énergie cinétique d’un éclat est proportionnelle à
sa masse et au carré de sa vitesse.
Dans un environnement très proche, l’association de l’onde de pression et de l’énergie des
éclats de l’enceinte qui contient l’explosif, sera extrêmement destructrice.
Effet de charge creuse
C’est le cas d’une roquette anti-char : RPG7 par exemple. Cette technique s’est surtout
développée pendant la seconde guerre mondiale pour la perforation des blindages, mais
depuis elle a été utilisée dans de nombreuses applications industrielles : travaux de
démolition, le forage de trous de mine, les sondages pétrolifères, le découpage de métaux.
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Le modèle de charge creuse le plus courant est la charge dite « conique » constituée d’un
cylindre d’explosif qui est parcouru par une onde de détonation plane et perpendiculaire à
son axe et dans lequel a été aménagé un évidement conique revêtu d’un revêtement
métallique mince.
Les expériences ont montré que, lorsque l’onde de détonation arrive sur le revêtement, celuici
est projeté vers l’axe où il se divise en deux parties distinctes : le « noyau » qui représente
la plus grande partie de la masse métallique et qui se déplace vers l’avant à une vitesse de
quelques centaines de mètres par seconde, et le jet qui se déplace aussi vers l’avant, mais à
une vitesse de l’ordre de 8000 à 10000 m/s.
Il existe aussi des charges creuses dites « hémisphériques » dans lesquelles l’évidement
conique est remplacé par un évidement hémisphérique.
Lorsque l’onde de détonation progresse, la masse métallique se rassemble sur l’axe en
formant une sorte de projectile effilé sans qu’il y ait dissociation entre un jet et un noyau.
Plusieurs théories ont été élaborées pour rendre compte du phénomène de charge creuse,
parmi lesquelles nous citerons la théorie hydrodynamique qui suppose que le revêtement se
comporte comme un fluide parfait.
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8.3.3.2 Etude du phénomène d’explosion du réservoir du Falcon 50
• Charge explosive du missile SA16
L’étude précédente a eu pour objectif de déterminer si la détonation de la tête militaire du
missile au contact du réservoir de carburant a été capable d’abattre l’avion et de produire la
boule de feu qui l’a accompagné dans sa chute.
Comme nous l’avons déterminé précédemment dans ce rapport, la tête de ce missile est
constituée d’une substance explosive excessivement performante chargée dans une
enveloppe en acier préfragmentée pour générer des éclats calibrés lors de l’explosion. Cet
explosif à usage militaire est principalement composé d’octogène.
Cette substance possède la plus grande vitesse de détonation de tous les explosifs utilisés,
pouvant atteindre 9100 m/s à sa densité maximale de chargement. Cette vitesse est
considérable, ce qui permet de qualifier cet explosif de très brisant. La masse totale
d’explosif (charge principale et charge secondaire) de la tête de ce missile est de l’ordre de
400 g.
L’enveloppe en acier de la charge principale comporte une préfragmentation susceptible de
former 185 éclats environ d’une masse moyenne de l’ordre de 0,5 g, projetés lors de
l’explosion. Le fond avant de cette enveloppe est légèrement hémisphérique. Cette forme a
la particularité de pouvoir former un effet de charge creuse, intensifiant l’énergie destructrice
dans l’axe de l’impact, comme nous l’avons expliqué précédemment.
Le pouvoir vulnérant d’une telle tête est considérable et destructeur. A ce potentiel explosif
peut s’ajouter la mise en détonation du reste de propergol solide du propulseur en phase de
poussée (phase de croisière).
Dans les cas de tirs que nous avons envisagés, en fonction de la distance parcourue par le
missile pour chacune des six hypothèses, il restait encore une masse importante de
propergol au moment de l’impact sur l’avion. Ce qui a accentué les effets destructeurs de
l’explosion.
• Formation de la boule de feu
Comme nous l’avons indiqué précédemment, le carburant restant dans les réservoirs de
l’avion au moment de la phase d’atterrissage pouvait être de l’ordre de 3000 litres.
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La configuration des réservoirs du Falcon 50 –trois réservoirs d’aile et un réservoir
d’alimentation-, a été représentée dans le chapitre 8.2.1. Ce carburant est du kérosène dont
les principales caractéristiques sont les suivantes :
Le kérosène est un mélange d'hydrocarbures contenant des alcanes de formule chimique
allant de C10H22 à C14H30. Il est utilisé essentiellement dans la fabrication de carburant pour
l’aviation (turboréacteurs et turbopropulseurs).
Son usage en aviation est principalement dû à son fort pouvoir calorifique de l’ordre de 43
MJ·kg. Comme carburant pour l'aviation, le kérosène doit remplir des conditions particulières,
notamment au niveau de ses propriétés physiques. Le carburant pour avion est ainsi un
kérosène particulier ayant notamment un point de congélation très bas de - 47 C.
Propriétés physiques :
T° ébullition : 150 à 300°C
Solubilité : pratiquement insoluble (eau)
Masse volumique : 0,8 g/cm 3 à 15°C
T° d’auto-inflammation : 220°C
Point d’éclair : 49 à 55°C
Limites d’explosivité dans l’air : 0,6 – 6,5 %
Ce carburant n’est pas facilement inflammable mais c’est un combustible. Sous certaines
conditions et soumis à des sources d’énergies appropriées, il brûle et peut avoir des
réactions violentes générant des effets thermiques élevés.
Il convient de rappeler que nos constatations effectuées sur les parties restantes des ailes
du Falcon 50, ont montré qu’une grande partie du réservoir central avait disparu, dont le côté
gauche : voir l’examen et l’identification des débris, objet du chapitre 6.4.
Ce qu’il en reste est très déformé, les zones sectionnées du côté du fuselage étant
déchiquetées. La partie correspondante de cette aile a également disparu. Ce n’est pas le
cas de l’aile droite où les pièces mécaniques se raccordant à la structure du fuselage ont été
identifiées.
Les contours déchirés de l’orifice formé dans cette partie de l’aile gauche restante sont les
signes d’une manifestation explosive. La surpression qui s’est produite au sein de ce
réservoir s’est répercutée sur une grande partie de cette aile gauche.
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La plupart des rivets en alliage léger du réservoir de carburant de cette aile gauche ont été
déboutonnés. Ces rivets se sont rompus sous un effet de traction très élevé. L’enveloppe en
alliage léger de cette partie de l’aile restante a été ouverte, résultant indiscutablement d’une
surpression interne venant dudit réservoir correspondant : voir les photographies ci-après :
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L’explosion de la tête du missile SA16 ou d’un autre type équivalent dans ce réservoir
pouvait aboutir à ce résultat. Quelle a été la contribution du kérosène dans ce mécanisme
explosif ? Voyons maintenant dans quelles conditions ce réservoir a pu exploser et comment
s’est formée la boule de feu.
Rappels théoriques
La définition de ce phénomène d’explosion de vapeurs ou d’aérosol de liquide combustible a
longtemps fait appel à la notion de Température Limite de Surchauffe (T.L.S).
Lorsqu’on transfère, à pression donnée, de la chaleur à un liquide, celui-ci subit une
augmentation de température jusqu’à atteindre son point d’ébullition et à former des bulles
de vapeur qui se développent sur les sites actifs que sont les impuretés et les interfaces
avec les solides. Lorsqu’il n’y a pas suffisamment de sites de nucléation dans le liquide, le
point d’ébullition peut être dépassé sans qu’il n’y ait d’ébullition. Dans ce cas, le liquide est
dit surchauffé. Il existe cependant une limite de température, à une pression donnée, au-delà
de laquelle se développent des bulles de vapeur dans tout le liquide, même en l’absence de
sites de nucléation. Cette limite est la limite de surchauffe d’un liquide appelée encore
température de nucléation homogène.
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La théorie considère qu’un liquide, dont la température est supérieure à sa température
limite de surchauffe et qui est dépressurisé à la pression atmosphérique, donne matière à ce
phénomène d’explosion.
En effet, presque immédiatement après la dépressurisation, des bulles se forment, se
développent, et, en quelques millisecondes, une importante fraction de liquide se transforme
en vapeur.
Le volume massique de la vapeur étant de plusieurs centaines de fois supérieur à celui du
liquide, ce phénomène assimilable à une explosion est susceptible d’engendrer une onde de
choc.
Cette explosion peut être qualifiée de physique en ce sens qu’elle correspond à un
changement de phase, par opposition à une explosion « classique » qui correspondrait à une
réaction d’oxydation (combustion).
Dans ce cas de figure, le facteur limitant qui contrôle la durée du phénomène est le temps de
passage de l’onde de dépressurisation à travers l’ensemble du liquide.
Le mécanisme conduisant à la formation d’une boule de feu
Etape 1 –
Le réservoir se rompt, des fragments sont éjectés et une onde de surpression est engendrée
par la détente de la phase gazeuse. Cette onde est suivie d’une onde de dépression.
Etape 2 –
Un nuage de gouttelettes qui se vaporisent adiabatiquement alors que la pression dans le
nuage diminue, est éjecté. La quantité de vapeur produite à partir des gouttelettes est
largement supérieure à la quantité de vapeur libérée à l’étape 1 précédente.
Au cours de cette étape, il y a peu de mélange avec l’air ambiant alors que le nuage s’étend.
La vaporisation continue jusqu’à ce que la pression du nuage soit égale à la pression
ambiante, le volume du nuage étant alors égal au volume de vapeur flashée à la pression
ambiante et à la température de saturation correspondante (plus une légère correction du fait
de la présence de gouttelettes).
Si la vitesse radiale d’expansion du nuage excède la vitesse locale du son dans la zone de
dépression suivant l’onde de surpression engendrée par l’expansion de la phase vapeur
(étape 1), une onde de choc due à l’évaporation instantanée du liquide peut se former et
engendrer un état turbulent au sein du nuage.
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Cette seconde onde de choc peut se produire lorsque le niveau de remplissage est assez
important.
Pour des taux de remplissage trop faibles, l’onde de dépression suivant l’onde de
surpression revient plus lentement à la pression ambiante et il est probable, dans ce cas de
figure, que l’onde de choc formée par la vaporisation instantanée du liquide soit d’une
magnitude moindre que l’onde de dépression. Néanmoins, même dans ce dernier cas, le
nuage formé est turbulent.
Etape 3 –
Les deux ondes de surpression successives ont quitté le nuage. Ce dernier continue à
s’étendre du fait de sa quantité de mouvement radial, mais à une vitesse qui diminue alors
que le mélange turbulent entraîne de plus en plus d’air.
Lorsque la vitesse d’expansion radiale du nuage est du même ordre que la vitesse aléatoire
des tourbillons turbulents, l’expansion du nuage n’est plus alors due qu’aux effets de
turbulence.
Etape 4 –
L’inflammation se produit à proximité du centre du nuage et une boule de feu se développe.
L’expansion de la boule de feu s’arrête lorsque tout le nuage est enflammé. C’est alors que
la boule de feu est la plus intense et radiative.
Puisque le nuage contient de l’air, durant cette étape, seule la vapeur est consumée et les
gouttelettes n’ont pas le temps d’être vaporisées. L’expansion du nuage en boule de feu
engendre une onde de surpression suivie d’une onde de dépression due à l’arrêt brutal de
cette expansion.
La vitesse d’expansion de la boule de feu est égale à la vitesse de propagation de la flamme
dans le nuage turbulent.
Bien évidemment, le nuage de vapeur peut s’enflammer durant chacune des quatre étapes
précédentes, mais, puisque de l’air doit être mélangé au nuage, la combustion se produit
principalement dans la périphérie du nuage par la présence de l’oxygène de l’air et les
mécanismes d’expansion sont ainsi similaires, même si certaines étapes peuvent se
chevaucher.
Etape 5 –
En statique, la boule de feu s’élève pour prendre la forme d’une sphère. Sa combustion
continue mais la boule de feu ne s’étend plus, indiquant ainsi que l’oxygène de l’air requis
pour la combustion est déjà mélangé au nuage.
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Le combustible est alors pourvu par les gouttelettes liquides. La boule de feu évolue alors
approximativement à vitesse et volume constant, pour prendre la forme caractéristique d’un
champignon.
Ensuite, du fait de l’apparition de poches de produits de combustion, l’aire de la flamme
visible diminue. Le flux thermique rayonné décroît alors sans cesse. Lorsque la combustion
est presque complète, la fumée constituée des produits de combustion s’élève et se dissipe.
Dans notre cas, le phénomène a davantage été oxygéné par le déplacement de l’avion.
Ce mécanisme d’explosion d’aérosol produit une chaleur considérable lorsque le carburant,
au contact avec l’oxygène de l’air, brûle. L’intensité de son flux thermique radiatif (émittance)
peut atteindre plusieurs KW/m2 à 10 mètres de distance pour un potentiel de 1000 litres de
kérosène.
La valeur du flux radiatif est fonction :
- des propriétés thermodynamiques de l’hydrocarbure,
- de la fonction d’énergie rayonnée par la boule de feu,
- de la masse d’hydrocarbure contenue dans la boule de feu,
- de la surface de la source émettrice.
L’effet lumineux produit est directement lié à la température de ce phénomène d’explosion
d’aérosol de carburant. Il est donc tout à fait normal que, de nuit, de nombreux témoins ait
aperçu cette lueur de très loin. Dès l’initiation, le flash a été instantané. Ensuite, le
mécanisme dynamique de combustion, qui a duré pendant toute la chute de l’avion, a été
également aperçu du fait de la température élevée de la boule de feu. Il convient de préciser
que la persistance de ce mécanisme, se décomposant en plusieurs étapes, comme nous
l’avons expliqué, peut atteindre 7 à 10 secondes.
Cette durée de phénomène est donc cohérente avec le temps de chute de l’avion que nous
avons évalué précédemment à 7 secondes environ. L’avion était en feu lorsqu’il a touché le
sol, ce qui est également concordant avec les déclarations de nombreux témoins que nous
avons relevées dans les pièces de la procédure.
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Synthèse
Notre étude a mis en évidence que la génération de l’onde de pression (onde de choc) est
d’autant plus importante que la pression de rupture du réservoir est élevée ou que
l’initiation (ou l’amorçage) du liquide combustible est conséquente.
L’explosion de l’explosif militaire puissant contenu dans la tête du missile SA16 que nous
avons retenu (ou d’un missile équivalent), était capable d’amorcer facilement ce type de
mécanisme dans la mesure où :
- la détonation d’une masse d’explosif à base d’octogène, de 400 g environ, a assuré une
rupture du réservoir sur une section importante, se traduisant par une perte brutale de
confinement,
- l’amorçage du kérosène et de ses vapeurs a été très élevé et brutal.
La projection d’un éclat métallique (voire de plusieurs) de la tête du projectile même animé
d’une vitesse initiale extrêmement élevée comprise entre 7000 et 9000 m/s, n’avait pas la
capacité de causer la perte de confinement suffisante à l’origine du déclenchement de ce
phénomène d’explosion d’aérosol. Comme nous l’avons précédemment développé, ce
phénomène d’explosion d’aérosol de liquide combustible est d’autant plus violent lorsque le
réservoir subit une rupture locale qui déclenche une vaporisation excessive.
Et les caractéristiques des boules de feu produites dépendent beaucoup des conditions de
rupture. Il convient de rappeler que sur les débris examinés sur les lieux du crash à KIGALI,
décrits précédemment, nous n’avons relevé aucun impact, ni aucun orifice pouvant provenir
d’un éclat de la tête de ce missile SA16. L’éventualité d’une explosion déclenchée juste
avant l’impact sur l’avion par la fusée de proximité du missile ne peut pas être retenue.
C’est ainsi que, en considérant l’impact d’un missile de type SA16 explosant dans cette
partie de l’aile gauche comprenant son réservoir, le milieu de la cellule de l’avion a pu être
déformée (elle a pu éclater partiellement) et désorganisée. La puissance du phénomène
explosif de la tête du missile, conjuguée à cette réaction explosive thermique et à la probable
dégradation de l’avion (explosion de l’aérosol de kérosène de la partie vide du réservoir) ne
pouvait que le disloquer partiellement et le déstabiliser instantanément, ce qui a entraîné sa
chute.
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Pour conclure :
- le processus de formation de ce phénomène de boule de feu peut se résumer ainsi :
1. la détonation très brisante de l’explosif (octogène) de la munition rompt brutalement
le confinement du réservoir de kérosène,
2. de manière quasi instantanée, l’importante quantité de chaleur dégagée par la
détonation vaporise une masse élevée de combustible liquide,
3. la phase gazeuse se mêle à l’air et s’enflamme spontanément puisque la température
du mélange est supérieure au point d’auto-inflammation du combustible. C’est
l’explosion de l’aérosol,
4. la réaction de combustion du kérosène est extrêmement rapide puisque la plus
grande partie du combustible est sous forme de vapeur et d’aérosol : le panache de
flammes est d’autant plus étendu si l’avion se déplace encore, le processus étant
alimenté par le renouvellement constant de l’oxygène de l’air.
- sur les bases fondamentales des aspects de la détonique, des énergies mises en jeu par
des explosifs et des réactions explosives des vapeurs de kérosène, l’étude que nous
venons de conduire nous permet de déterminer que l’explosion du réservoir de
carburant du Falcon 50, n’a pu se produire que sous l’influence du pouvoir
d’amorçage de la détonation de la tête du missile pénétrant dans ledit réservoir,
côté aile gauche,
- ce pouvoir d’amorçage est attribuable à la mise en détonation de cet explosif militaire et
du reste du propergol du propulseur principal qui se trouvait en phase de poussée au
moment de l’impact.
Il a fallu que l’enceinte de ce réservoir, que ce soit le milieu gazeux ou le kérosène luimême,
soit concerné directement par l’onde de détonation extrêmement puissante du
type d’explosif mis en oeuvre, même si la charge par elle-même n’est pas trop élevée :
400 g environ. C’est ainsi qu’en matière d’énergie initiatrice de la formation de la boule
de feu et des données objectives résultant de nos constatations, nous sommes conduits
à exclure :
. la projection d’un (ou de plusieurs) éclat (s) métallique (s) venant de l’explosion de la
tête du missile fonctionnant à proximité de l’avion, à l’intérieur de la cellule,
. l’explosion de la tête du missile en dehors du réservoir, en deçà d’une distance où
l’enceinte du réservoir était susceptible de ne pas pouvoir éclater sous l’influence de la
détonation de la charge explosive, distance que nous pouvons évaluer à 2 mètres
environ.
224
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.4 Travaux de l’expert acousticien
Dans la mesure où le collège d’expert a eu comme démarche d’étudier différents sites de tirs
(éloignés les uns des autres) au nombre de six (déterminés par la suite), il a été retenu
qu’une étude des ondes sonores produites par le propulseur d’un missile devait être
conduite. Après en avoir informé les magistrats instructeurs, JP. SERRE, expert acousticien,
a été commis le 29 mars 2011. A partir de cette date, il a été tenu informé de toute nouvelle
donnée, de l’évolution du dossier et il a été présent à nos réunions.
Pour répondre à sa mission, cet expert a estimé qu’il était indispensable de procéder à des
essais au banc de différents propulseurs avec une instrumentation appropriée, pour mesurer
les puissances sonores produites, de manière à pouvoir déterminer par « similitude » la
puissance sonore émise par le type de missile que nous avons déterminé. Ces essais ont
été réalisés sur le terrain d’essais de TDA à la Ferté Saint Aubin 45240, remplissant toutes
les conditions de sécurité pyrotechniques. L’objectif, conformément à ce que souhaitait le
collège d’expert, en fonction des différentes positions de tirs envisagées, a été
essentiellement de :
- quantifier le niveau de pression sonore perçu par les observateurs au sol,
- croiser les valeurs de durée de propagation du son entre les positions de départs de tirs
et les témoins situés dans un quartier comprenant des maisons individuelles, dont celle
de M. et Mme PASUCH, à l’intérieur du camp militaire de KANOMBE,
- calculer, pour chaque hypothèse de tir, le temps de parcours du missile pour atteindre sa
cible.
Pour cela, l’expert acousticien s’est appuyé sur le plan intitulé « Positions simulations 6 tirs
missiles » 2010049_4908 Topo pièce n° 14 Indice 8, joint dans notre rapport et en annexe 1.
Les six hypothèses de tirs ont été positionnées sur ce plan :
1. KANOMBE : intersection des chemins à proximité des maisons individuelles, dont celle
de M. et Mme PASUCH
2. KANOMBE : cimetière
3. MASAKA : le pylône, à proximité de l’entreprise GUTTANIT
4. MASAKA : la Ferme, à côté du point d’eau
5. La PORCHERIE : près de la résidence présidentielle
6. KANOMBE : en bas du cimetière.
225
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
A l’issue de ces travaux, complexes dans le domaine de l’acoustique, cet expert a établi des
tableaux portant les temps de parcours des ondes sonores, a évalué les niveaux
acoustiques produits et ensuite des conclusions, ce qui est mentionné dans son rapport en
date du 4 janvier 2012. Ce rapport est annexé au nôtre, conformément à la mission
ordonnée par les magistrats instructeurs.
8.5 Localisation des zones de tirs possibles
Compte tenu de nos investigations menées au RWANDA et des pièces de la procédure,
nous avons eu comme démarche d’étudier six positions de tirs situées dans deux zones
éloignées, avec pour objectif d’établir quelle serait la plus probable. Ces six hypothèses de
tirs sont :
1 KANOMBE : intersection des chemins à proximité des maisons individuelles, dont celle
de M. et Mme PASUCH
2 KANOMBE : cimetière
3 MASAKA : le pylône, à proximité de l’entreprise GUTTANIT
4 MASAKA : la Ferme, à côté du point d’eau
5 La PORCHERIE : près de la résidence présidentielle
6 KANOMBE : en bas du cimetière.
Ces sites de tir sont positionnés sur le plan général de la scène, intitulé « Positions
simulations 6 tirs missiles » référencé » Topo pièce n° 14, joint en annexe 1 et repris par la
suite dans le rapport.
8.5.1 L’émission et la détection du rayonnement infrarouge
De notre transport à KIGALI et de l’étude des pièces de la procédure, il ressort que les
missiles auraient pu être tirés, soit depuis le camp militaire de KANOMBE, soit depuis les
terrains de MASAKA. Avant d’étudier ces différentes hypothèses de tirs, il convient
d’apporter des précisions sur les domaines de la physique de l’atmosphère concernant
l’émission et la détection du rayonnement infrarouge qui ont un rôle primordial dans le
comportement du type de missile que nous avons retenu.
226
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.5.1.1 Le rayonnement infrarouge
C’est une particularité des diverses formes de l’énergie que nous rencontrons sur terre. Le
rayonnement infrarouge est une énergie radiative, la plus connue nous parvenant du soleil.
Le transfert radiatif possède la particularité de pouvoir s’effectuer sans support matériel. Les
transferts radiatifs mettent en jeu de nombreuses notions faisant intervenir la science de la
thermodynamique.
Le rayonnement infrarouge est donc une propagation d’énergie sans support matériel
sous forme d’ondes électromagnétiques caractérisées par leur fréquence et leur
longueur d’onde. Le phénomène d’absorption correspond à la transformation d’un
rayonnement électromagnétique en énergie calorifique. Le phénomène d’émission
correspond à la transformation inverse de l’énergie calorifique.
Les rayons infrarouges sont émis par les corps chauds. Il convient d’éviter toute confusion
entre la luminance énergétique (émissivité) produite par le corps chaud et ce qui est vu ou
reçu par un détecteur dans le domaine de la longueur d’onde de l’infrarouge concernée
compte tenu de l’absorption du rayonnement par l’atmosphère (transmission
atmosphérique).
Tous les corps sont à une température du zéro absolu (- 273°C). Les particules chargées
électriquement qui constituent la matière se trouvent constamment soumises, par l’agitation
thermique, à des modifications de leur niveau d’énergie. Il en résulte un rayonnement
universel d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques caractérisées par leur fréquence
et leur longueur d’onde.
Le tableau des fréquences et de longueurs d’ondes ci-après montre dans quelles limites le
rayonnement infrarouge existe :
227
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Rayonnement électromagnétique
Tableau général des fréquences et des longueurs d’ondes
En conclusion, pour ce qui nous intéresse :
- le spectre ultraviolet est inférieur à 0,4 μm,
- le spectre visible se situe dans un intervalle de longueur d’onde compris entre 0,4 et 0,75
μm. La sensibilité spectrale de l’oeil humain est centrée sur 0,555 μm. Le maximum de
sensibilité de l’oeil correspond au maximum spectral de l’éclairement solaire,
- le spectre du domaine infrarouge est compris entre 0,80 μm et 20 μm, indépendamment
des fenêtres d’absorption atmosphériques.
Les lois du rayonnement thermique ont été définies par des physiciens dont les trois les plus
connus sont : STEPHAN-BOLTZMANN, PLANCK et WIEN. Ils ont démontré l’influence d’un
corps noir sur l’émissivité. Le rayonnement électromagnétique du corps noir a son origine
dans le mouvement thermique des particules élémentaires qui constituent ce corps. Pour
qu’un corps émette une radiation, il faut qu’il soit susceptible de l’absorber et que le corps
noir l’émette à la même température. Un corps parfaitement diffusant (ou réfléchissant)
n’émet pas quelle que soit sa température.
Un rayonnement thermique est classé selon deux critères indépendants :
- la composition spectrale du rayonnement,
- la distribution spatiale (ou directionnelle).
228
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Composition spectrale
- l’ensemble du spectre électromagnétique qui induit l’énergie totale émise,
- les grandeurs relatives à un intervalle spectral étroit que l’on qualifie alors de grandeurs
monochromatiques.
Distribution spatiale
- hémisphérique pour un plan source,
- directionnelle,
- sphérique pour un point source.
Notion de flux et d’angle solide
Cette notion est importante dans le transfert de l’émission infrarouge. On désigne par flux, la
puissance émise par la source dans l’espace où elle peut rayonner. Elle s’exprime en watts.
La puissance est l’énergie (en joules) rayonnée par unité de temps (secondes). Pour une
source de surface suffisamment petite considérée comme plane, le flux rayonné est
hémisphérique. Pour une source sphérique (ou ponctuelle) le rayonnement est sphérique.
L’angle solide est défini par un volume engendré à partir d’un point et s’appuyant sur son
contour fermé. L’unité de l’angle solide est le stéradian. Un stéradian est égal à 1m2 vu à 1
mètre. La sphère est égale à 4 Õ stéradian.
L’intensité de la source dans une direction est le flux rayonné par unité d’angle solide dans
cette direction. Cette intensité s’exprime en watts par stéradian (W/sr).
La luminance énergétique spectrale d’un corps quelconque, pour une longueur d’onde
donnée et pour une direction donnée, est égale au produit de son facteur d’absorption
mesuré dans les mêmes conditions, par la luminance énergétique spectrale du corps noir à
la même température.
De la loi de Planck, la distribution spectrale de l’émittance du corps noir en fonction de la
température absolue est tracée sur le tableau qui suit :
229
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Cette loi de Planck montre que lorsque la température augmente, l’émission croît mais le
maximum de ladite émission se déplace vers les longueurs d’ondes les plus courtes du
domaine infrarouge.
Pour revenir à un avion de combat, son moteur à réaction émettra davantage dans les
bandes du proche infrarouge dite bande 1 (1,8 – 2,5 μm) que dans le moyen infrarouge
bande 2 ou bande 4 (3,8 – 5 μm). Des températures les plus basses de l’ordre de 500°K par
exemple, soit 227°C, sont peu émettrices dans le proche infrarouge.
Elles le sont dans la bande du moyen infrarouge qui, il faut le rappeler, est la fenêtre par
laquelle le missile de type SA 16 reçoit le signal. Par contre, dans la gamme de l’infrarouge
lointain 8-14 μm (bande 3), c’est le cas des bâtiments de surface de la marine, les faibles
températures qui sont émissives sont détectées. Les températures plus élevées le sont
également. Cette distribution spectrale de l’émittance permet de comprendre que les types
missiles sol-air, dont ceux qui nous concernent, ont un autodirecteur centré sur le moyen
infrarouge 3,8 – 5,0 μm, qui permet de déceler les sources « très chaudes » et/ou
« moyennement chaudes ».
Comme nous l’avons dit au début de cet exposé, il est important de connaître l’énergie que
va recevoir le détecteur, compte tenu de la transparence atmosphérique.
230
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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L’atmosphère est un élément perturbateur car elle n’est pas transparente dans toutes les
longueurs d’ondes du domaine infrarouge. La propagation du rayonnement infrarouge est
donc étroitement liée à la physique de l’atmosphère.
L’atmosphère est composée de gaz et de particules en suspension à des températures et
des pressions variant en fonction de l’altitude et du lieu. La plupart des atténuations
atmosphériques sont présentes dans les basses couches de l’atmosphère : H2O, CO2,
nuages, brouillard, aérosols en général. L’eau est présente aux basses altitudes, en
particulier au-dessus des océans. De plus, c’est la région de plus haute pression et densité,
et par conséquent celle qui entraîne la plus forte diffusion moléculaire. En fait, l’altitude joue
un rôle en fonction de la pression atmosphérique. Partant de modèles scientifiques établis
sur les bases de la physique du globe ayant trait à la radiométrie optique, lorsque la
pression diminue, la transmission atmosphérique est meilleure. A titre indicatif, pour une
diminution de 20 % de la pression, la transmission atmosphérique sera identique sur une
distance de 20 % supérieure.
Dans notre cas, à KIGALI, pour une altitude de l’ordre de 1500 mètres, la transmission
atmosphérique était bonne, favorisant une meilleure propagation de la source infrarouge
assurant une meilleure détection de la cible.
Il existe des fenêtres atmosphériques qui sont des zones de transparence. Toutes les études
et mesures spectrales de l’atmosphère ont permis de connaître les fenêtres par lesquelles le
rayonnement infrarouge pourra se propager, ce qui est universellement connu et est
représenté sur le tableau ci-après :
231
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Absorption du rayonnement infrarouge par l’atmosphère
Nous voyons que les bandes 1 et 2 sont comprises dans des fenêtres où il n’y a pas ou peu
d’absorption du rayonnement infrarouge par l’atmosphère. Cette absorption est causée
essentiellement par la vapeur d’eau (H2O), le gaz carbonique (CO2) et l’azote (N2O). Bien
évidemment et en toute logique, si l’atmosphère est perturbée par de la vapeur d’eau en
suspension (brouillard) les fenêtres dites « transparentes » ne le seront plus.
232
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Le rayonnement infrarouge émis par la source sera absorbé et le détecteur ne recevra
aucune émission ou très peu en fonction de la densité et de la taille des particules liquides
(brouillard), solides (fumées) en suspension dans l’espace.
La teneur en vapeur d’eau c’est-à-dire de l’humidité en suspension dans l’espace compris
entre la source chaude et le détecteur est le facteur atmosphérique naturel important qui
intervient sur la propagation du rayonnement infrarouge. La mauvaise transparence
atmosphérique est un écran absorbant du rayonnement infrarouge. Il convient de préciser
que la transparence de l’atmosphère dans le domaine du visible peut être comparée très
souvent à celle du domaine infrarouge. Si l’oeil humain ne voit rien dans le brouillard, les
nuages atmosphériques et des fumées denses, c’est aussi le cas dans le domaine spectral
de l’infrarouge. Par contre, si l’espace est transparent, on peut considérer que sur des
distances comprises entre 1000 et 3000 mètres, le pourcentage de transmission est fixe et
constant. De ce fait, la valeur de l’émissivité reçue par le détecteur sera comparable à la
valeur de la luminance radiative émise. L’éloignement n’est donc pas un obstacle si la
transmission atmosphérique est bonne.
8.5.1.2 La détection du rayonnement infrarouge par le missile
Les missiles sol-air sont à guidage infrarouge, comme nous l’avons précédemment évoqué.
Le missile de type SA16 que nous avons retenu possède un autodirecteur avec une fenêtre
bande 2, c’est-à-dire un intervalle spectral compris entre 3,8 et 5,0 μm. Sa fenêtre est
ouverte dans celle de l’atmosphère où le pourcentage de transmission ne constitue pas un
écran. Sa « vision infrarouge » est aussi liée à son optique qui présente le plus souvent une
surface plus étroite que les bornes de l’ouverture atmosphérique. Le rayonnement infrarouge
reçu sera proportionnel à la surface de l’optique qui est variable en fonction de la qualité de
fabrication de ses composants. Ce que nous avons précédemment expliqué dans la partie
réservée à la description du missile SA16.
L’autodirecteur et l’électronique qui gèrent les acquisitions peuvent être comparés à un
appareil photo numérique, c’est-à-dire à une lentille de focalisation et un détecteur
multipoints.
Il est obtenu une image numérique du ciel (avec ou sans nuage) qui est appelé « fond
thermique » et de la cible. Pour l’accrochage, il faut que la cible se démarque thermiquement
de ce fond.
233
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Des nuages dont les bords sont échauffés par le soleil et un relief accidenté présentant des
gradients de température accentués, constituent un fond qui n’est pas homogène. De ce fait,
l’accrochage peut être perturbé. En fonction de la position de ce qu’il considère comme la
cible dans l’image totale, le missile affinera ou modifiera sa trajectoire avec plus ou moins de
finesse eu égard à sa qualité opérationnelle.
Par contre, dans notre cas, le soir du 6 avril 1994 vers 20h30, la nuit était calme et bien
établie. L’obscurité était totale. Il n’y avait pas de brume, ni de brouillard, ni de pluie.
Vu du sol par le missile, le ciel, c’est-à-dire le fond thermique, était homogène et pas émissif.
A ce moment là, l’atmosphère locale possédait une bonne transparence pour que, d’une
manière indiscutable, l’accrochage de la source chaude émise par l’avion en phase
d’approche puisse se réaliser.
Comme nous l’avons indiqué dans l’étude précédente, le rayonnement infrarouge émis par
cette cible pouvait être « vu » par le missile SA16 que ce soit à 1000, 2000 ou 3000 mètres,
du fait de la bonne transparence atmosphérique.
Est-ce que la source chaude produite par l’avion était suffisamment émissive pour
qu’elle soit décelée par l’autodirecteur du missile ?
Les réacteurs des avions sont connus pour émettre un rayonnement thermique visible dans
l’infrarouge. Bien évidemment, la puissance du rayonnement infrarouge est fonction de la
nature des réacteurs ou des moteurs thermiques utilisés par les aéronefs et de la visibilité
(dans le domaine de l’infrarouge) de la source. La température produite par les réacteurs est
élevée. Des diagrammes de température ont été établis à l’issue de nombreuses
expérimentations. La figure ci-après représente le diagramme de températures produites par
un seul réacteur d’un avion commercial Boeing 707 (moteur Pratt et Whitney).
234
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Diagramme de températures émises par un réacteur
Pour le FALCON 50, l’épicentre ou le barycentre des sources chaudes résulte des trois
réacteurs qui se trouvent à l’arrière du fuselage. La surface émettrice est évidemment plus
importante pour trois réacteurs que pour un seul, en référence au diagramme précédent.
L’angle solide émissif est plus élevé, ce qui augmente proportionnellement le flux rayonné
(W/sr), ce que nous avons expliqué précédemment. Cet aéronef n’est pas un avion de
combat équipé des réacteurs puissants avec post-combustion (PC) leur conférant, dans
certaines conditions opérationnelles, des vitesses largement supersoniques.
Toutes les plateformes aériennes constituent des cibles dans la mesure où elles possèdent
une signature infrarouge. Dans le domaine militaire, en matière de guerre électronique, elles
sont classées en trois catégories en fonction de leur émissivité infrarouge et de leur vitesse
de déplacement :
1. Avions de combats, d’un rayonnement infrarouge de l’ordre de 2000 W/sr, se déplaçant à
250 m/s environ,
2. Avions de transport ou avions similaires, d’un rayonnement infrarouge de l’ordre de 1000
W/sr, se déplaçant à 100 m/s environ,
3. Hélicoptères de combat, d’un rayonnement infrarouge de 300 à 500 W/sr, se déplaçant à
70 m/s environ.
Le Falcon 50 se classe dans la troisième catégorie, compte tenu de sa faible vitesse
d’approche.
235
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il faut préciser que la source infrarouge émise est plus ou moins perceptible par le missile en
fonction de sa position de tir vis-à-vis de la trajectoire de l’avion. Ceci induit des
emplacements d’attaque plus favorables que d’autres.
C’est ainsi que pour :
• un avion de combat moderne :
- face à l’avion, angle d’attaque à 0°, l’émission infrarouge perçue est très faible pour ne
pas dire négligeable,
- à 45° par l’avant, le rayonnement infrarouge perçu est de 25 % par rapport à la source
émettrice,
- par le travers (90°) l’émission infrarouge est de 50 %,
- à 45° par l’arrière (135°), l’émission infrarouge perçue est de 60 %,
- par l’arrière (180°), l’émission infrarouge perçue est de 35 %, pourcentages tenant
compte de l’absorption du rayonnement induite par les gaz de combustion du réacteur.
C’est surtout plein arrière que l’absorption du rayonnement infrarouge est élevée.
• le Falcon 50 :
Comme nous l’avons précédemment indiqué, les trois réacteurs placés à l‘arrière du
fuselage, dont deux latéraux et un central placé sur le cône de queue, ont une source
émettrice rayonnant suivant un angle solide plus élevé que dans le cas d’un seul réacteur.
La distribution spatiale est meilleure. Le flux rayonné suivant cet angle solide d’envergure
importante (par comparaison avec un seul réacteur) a la possibilité d’être plus facilement
perçu à 45° par l’avant. Si la valeur absolue de la puissance émise par le réacteur d’un
Falcon 50 est plus faible que celle du moteur d’un avion de combat ou d’un Boeing 707, la
surface émettrice est plus élevée. La détection du flux rayonné à 45° par l’avant en sera
facilitée. A cet égard, le Falcon 50 est relativement discret en matière de puissance
infrarouge émise mais il ne l’est pas au niveau de la surface émissive de sa source chaude
produite par les trois réacteurs, offrant une très bonne distribution spatiale.
En s’appuyant sur le diagramme de températures émises par un seul réacteur (moteur de
Boeing 707), en dehors de la phase de poussée (vu précédemment), nous relevons que la
température du flux radiatif à 2 mètres de son axe est de l’ordre de 149°C. A 1 mètre, la
température est de 371°C.
236
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Dans notre cas, à savoir l’avion en trajectoire d’approche, ces valeurs peuvent être admises,
la puissance des réacteurs intervenant peu, puisqu’ils ne sont pas en phase de poussée. Par
contre, la surface du flux est nettement augmentée, ce qui élève l’énergie radiative, facilitant
sa perception tous azimuts, hormis directement face à l’avion (0°).
Pour conclure, le rayonnement infrarouge émis par les trois réacteurs de cet avion pouvait
être détecté par l’autodirecteur d’un missile SA16 (c’est l’accrochage de la cible), que ce
dernier soit positionné à 45° par l’avant, par le travers (90°), par l’arrière (135°) ou à 180°,
jusqu’à une distance de 3000 m voire plus. Bien entendu, à une distance de 1000 m, le
rayonnement émis ne pouvait être que mieux détecté. Par un tir par l’avant, le rayonnement
thermique des réacteurs est masqué en grande partie, ce qui permet d’éliminer cette
éventualité, ce que nous examinerons par la suite.
Comme nous l’avons précédemment développé, le 6 avril 1994 de nuit, vers 20h30, la
transmission atmosphérique était bonne. Le rayonnement infrarouge émis par la cible ne
pouvait pas être perturbé dans une plage de distance comprise jusqu’à 3000 mètres.
Il convient aussi de préciser que des points chauds secondaires existent sur tous les
aéronefs. Les bords d’attaque des ailes et le nez, sont des zones qui s’échauffent pendant le
vol. Les structures métalliques des moteurs sont, à la fin du vol, portées en température. Les
entrées des réacteurs sont également des parties chaudes. Les zones des parois du
fuselage ou des ailes proches des réacteurs sont échauffées par phénomène de
rayonnement thermique.
En fait, un avion présente plusieurs points chauds, dont les plus élevés en température sont
en sortie des réacteurs en référence au diagramme des températures émises que nous
avons présenté précédemment.
Il faut aussi préciser que toute source chaude, même si elle n’est pas visible, émet un
rayonnement infrarouge dont la puissance répondra à la loi de Planck.
A titre indicatif, nous présentons ci-après, pour illustrer ce que nous venons d’exposer, la
photographie en imagerie thermique (en noir et blanc) d’un avion commercial biréacteur. Les
points chauds sont en blanc. C’est ce que détecte le missile à guidage infrarouge, tout en
étant préférentiellement séduit par le flux radiatif le plus élevé en température et en surface
émissive, émis en sortie des réacteurs.
237
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.5.2 Performance balistique du missile SA16
En référence à son architecture, que nous avons décrite auparavant, le missile possède une
propulsion à deux phases :
- un éjecteur qui permet d’expulser le missile du tube de lancement et de lui imprimer une
vitesse sur trajectoire de l’ordre de 20 m/s au bout de 0,4 s, avec une mise en roulis de
stabilisation,
- un propulseur allumé à la fin de cette étape de lancement doté :
. d’une phase d’accélération, permettant au missile d’atteindre une vitesse instantanée
de 400 m/s au bout de 1,7 s,
. d’une phase dite de croisière, permettant au missile d’atteindre une vitesse instantanée
de 547 m/s au bout de 5,5 s.
238
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Dès son départ, ce matériel possède un mouvement uniformément varié ou accéléré,
répondant aux équations de la cinématique pour calculer le temps de parcours du missile
suivant les six hypothèses de tirs que nous allons étudier :
Distance parcourue :
2
0 0
1
. . .
2
x = g t +v t + x
Vitesse atteinte : 0 v =g .t +v
7. Ejecteur :
Données:
Vi = 0 m/s; Vf = 20 m/s; t1 = 0,4s
*- Calculs: v0 = 0; x0 = 0; Vf – Vi = 20 – 0 = 20 m/s
*- Accélération: 2
20 0 20
50
0,4 0,4
f i m
s
v v v
t t
g
D − −
= = = = =
*- Distance parcourue: avec v0 = 0; x0 = 0 (roquette dans le tube lanceur)
( )2 2 1 1
. . .50. 0,4 4
2 2
x = g t = = m
*- Elévation : h = x.sin10° = 4.sin10° = 0,695m
8. Propulseur :
• Phase d’accélération
Données:
Vi =20 m/s; Vf = 400 m/s; t2 = 1,7s
*- Calculs: v0 = 20 m/s ; x0 = 4 m ; Vf – Vi = 400 – 20 = 380 m/s
*- Accélération: 2
400 20 380
223,53
1,7 1,7
f i m
s
v v v
t t
g
D − −
= = = = =
*- Distance parcourue depuis le lanceur : avec v0 = 20 m/s; x0 = 4 m
( ) ( ) 2 2
0 0
1 1
. . . .223,52. 1,7 20.1,7 4 361
2 2
x = g t + v t + x = + + = m
*- Elévation : h = x.sin10° = 361.sin10° = 62,687m
• Phase de croisière :
Données:
Vi =400 m/s; Vf = 547 m/s; t3 = 5,5s
*- Calculs: v0 = 400 m/s ; x0 = 361 m ; Vf – Vi = 547 – 400 = 147 m/s
*- Accélération: 2
547 400 147
26,73
5,5 5,5
f i m
s
v v v
t t
g
D − −
= = = = =
239
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
*- Distance parcourue depuis le lanceur : avec v0 = 400 m/s; x0 = 361 m
( ) ( ) 2 2
0 0
1 1
. . . .26,73. 5,5 400.5,5 361 2965
2 2
x = g t + v t + x = + + = m
*- Elévation : h = x.sin10° = 2965.sin10° = 514,92m
t3 = temps de combustion total du propulseur.
Sur les bases de ces calculs, nous avons estimé le temps de parcours du missile pour
atteindre l’avion, en considérant les six positions de tirs suivantes :
1 KANOMBE : intersection des chemins à proximité des maisons individuelles, dont celle
de M. et Mme PASUCH
2 KANOMBE : cimetière
3 MASAKA : le pylône, à proximité de l’entreprise GUTTANIT
4 MASAKA : la Ferme, à côté du point d’eau
5 La PORCHERIE : près de la résidence présidentielle
6 KANOMBE : en bas du cimetière.
Voici, résumé sur le tableau ci-après, les temps de parcours des missiles résultant des
calculs précédents :
Tirs t1 t2 t3 tglobal
0,4 1,7 1,424 3,52 arrondi à 3,50
0,4 1,7 1,399 3,50
0,4 1,7 3,403 5,50
0,4 1,7 3,541 6,46 arrondi à 6,50
0,4 1,7 0,43 2,53 arrondi à 2,50
0,4 1,7 2,70 3,80
t3 : délai compris entre l’allumage de la phase de croisière et l’impact du missile sur l’avion,
dont les coordonnées dans l’espace ont été déterminées précédemment dans ce rapport :
z = 1646 mètres à 3150 mètres de l’I.L.S.
8.5.3 Performances opérationnelles du missile SA16 - Acquisition et accrochage de la cible
L’accrochage de la cible par l’autodirecteur du missile fait suite à l’acquisition visuelle
effectuée par le tireur.
240
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Lorsque, en soirée, nous nous sommes transportés sur les lieux des sites de tirs possibles,
nous avons pu vérifier que les feux de navigation de l’avion étaient visibles au moins 1’30 s
avant son passage à la perpendiculaire de notre position.
La meilleure acquisition visuelle s’est faite à MASAKA (2’30 s), la moins bonne à KANOMBE
(1’30 s) du fait de la hauteur des arbres. A ce sujet, d’après des témoins et ce que nous
avons observé sur place, ces arbres étaient très vraisemblablement moins hauts en 1994. Il
convient de noter que lors d’un transport à la porcherie de l’ancienne résidence
présidentielle, l’avion en approche, avec son phare d’atterrissage allumé, est visible pendant
2’30 s environ.
En définitive, que ce soit sur les sites du camp de KANOMBE ou de MASAKA, l’acquisition
visuelle de l’avion, les feux de navigation allumés (sans le phare d’atterrissage), pouvait se
faire au minimum pendant 1’30s. C’est un temps largement suffisant pour accrocher la
cible et tirer en se référant aux qualités opérationnelles de ce type de missile. Il convient de
préciser que durant ce délai, l’avion parcourt 5500 m.
En référence aux caractéristiques du missile SA16, l’accrochage de la cible par
l’autodirecteur s’effectue à l’aide du système de visée fixé sur le tube de lancement. Comme
nous l’avons précédemment développé, cet accrochage de la cible est signalé au tireur par :
- l’allumage fixe d’un voyant sur la partie arrière du viseur,
- l’audition d’un signal sonore modulé dans le haut parleur de la poignée.
Compte tenu du niveau de l’émission infrarouge rayonnée, dans notre contexte, surtout par
les trois réacteurs de l’avion, conformément à ce que nous avons développé auparavant,
l’accrochage pouvait se faire de l’arrière (180°) jusque par le ¾ avant (45°).
Et il convient de préciser que ce type de missile possède un guidage terminal le conduisant à
se diriger vers un point situé à quelques mètres en avant de la source chaude de la cible,
pour toucher, avec plus de certitude, une zone de la cellule. Pour le FALCON 50, ce point
d’impact théorique peut être positionné 3 m environ de l’avant des réacteurs de fuselage, soit
7 à 8 m à l’avant de la source chaude, en sortie des réacteurs : voir ci-après la
représentation imagée :
241
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C’est à partir de cette distance, qui est un ordre de grandeur, que la modélisation
tridimensionnelle de la scène a été construite et fait l’objet du chapitre 8.6.
En référence à la séquence de tir, présentée simplifiée sur un tableau dans le paragraphe
8.3.2.4, que nous reprenons à nouveau, il ressort que le temps minimum pour tirer, après
l’activation de l’ensemble pile refroidisseur EPR, était de 12 s.
242
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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SEQUENCE DE TIR SIMPLIFIEE
Détection et identification de la cible (visuel)
T0 Activation par l’opérateur de l’ensemble pile refroidisseur (EPR)
T + 1,3 s Alimentation électrique du missile et de la poignée de tir
T + 5 s Refroidissement de l’autodirecteur (calage du gyroscope)
T + 12 s (minimum) Tir automatique ou manuel : départ du missile
T0
T’ + 0,4 s Mise à feu propulseur principal – Levée des sécurités
T’ + X Interception cible – Mise à feu de la charge militaire
T’ + 15 s Si cible non atteinte autodestruction missile
T + 60 s Fin de fonctionnement de l’EPR
(maximum)
C’est ce temps de 12 s que nous retenons pour l’étude des six hypothèses de tir. Nous
rappelons que sur sa trajectoire d’approche, la vitesse de l’avion est de 61 m/s, que nous
reprendrons pour les calculs qui suivent.
De l’étude des pièces, il ressort de plusieurs témoignages que deux missiles ont été tirés
avec un décalage de quelques secondes. C’est le second qui a percuté le Falcon 50.
L’étude qui suit est basée sur ce dernier qui a détruit l’avion en vol. Chaque hypothèse de tir
précitée a été étudiée. Les relevés sur site, les résultats des calculs balistiques et
acoustiques, sont repris et présentés sur un plan général joint à la synthèse consacrée à ces
hypothèses de tir et en annexe 1 au rapport : Topo pièce n° 14.
Compte tenu de la perception des événements par des témoins, il nous a paru indispensable
d’avoir, sur le site, un référentiel visuel et acoustique caractéristique nous permettant
d’analyser lesdits événements. C’est la maison individuelle de M. et Mme PASUCH,
ressortissants belges, située dans le camp de KANOMBE (côté cimetière actuel), que nous
avons retenue, sachant qu’au moment des faits d’autres témoins, Mme VAN DEENEN et M.
DAUBRESSE, étaient également présents chez le couple PASUCH.
243
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Cette position, ou position d’observation de référence, est appelée, dans notre rapport,
témoin PASUCH ou maison PASUCH. A noter que le lieutenant colonel Grégoire de St
QUENTIN occupait une maison à une centaine de mètres (vers l’hôpital KANOMBE) de ce
quartier des ressortissants belges, comprenant trois maisons individuelles.
8.5.4 Hypothèse de tir 1 : KANOMBE : position n°
Cette position se situe à :
- 79 mètres du témoin PASUCH, placé au milieu de maisons individuelles. Elle
correspond à un chemin par lequel on peut rejoindre la résidence présidentielle, à
proximité du chemin principal reliant l’hôpital au cimetière,
- 956 mètres du point d’impact du missile sur l’avion. L’altitude de cette position est 1436
m.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 3,52 s, arrondi à 3,5 s. Pendant ce temps, l’avion s’est déplacé de :
d1 = V.t
d1 = 61 x 3,5
d1 = 213,50 mètres arrondi à 215 mètres.
Ce point sur la trajectoire d’approche de l’avion correspond à l’instant du tir. L’accrochage
de la cible a été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m. Il convient
de préciser qu’au début de l’accrochage et à l’instant du tir, l’avion et sa source chaude
émissive sont dans la fenêtre de visée du tube de lancement. Ce qui a été représenté sur le
plan de la scène ci-après, Topo pièce n° 12-1, indice 4 et joint en annexe 1 :
244
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
De cette scène, nous avons déduit, en nous appuyant sur les travaux d’expertise réalisés par
J.P. SERRE, expert acousticien, que la durée de la propagation du son, dont la célérité est
de 343 m/s, entre cette position de tir et l’emplacement du témoin PASUCH est de :
ds = 79 = 0,23 s
343
Ce dernier et d’autres personnes à proximité pouvaient donc entendre le missile 0,23 s
après son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact du missile sur l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion de l’avion jusqu’au témoin est :
t = 1017 = 2,97 s arrondi à 3 s.
343
En résumé, de cette hypothèse de tir n° 1, nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant.
T0 + 0,23 s = bruit du départ du missile perçu par tout témoin dans cette maison PASUCH.
T0 + 3,5 s = impact du missile sur l’avion, déclenchant son explosion, pouvant être vue par
des témoins.
245
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il s’ensuit que le témoin a pu percevoir le bruit de l’explosion de l’avion :
- 3 s après cette explosion. C’est à ce moment là que le témoin est informé de
l’événement s’il n’a pas vu l’impact du missile déclenchant l’explosion de l’avion.
Toujours à cet instant, l’avion chute accompagné de la boule de feu depuis 3 s. Son
temps de chute ayant été de l’ordre de 7 s, ce témoin avait la possibilité d’apercevoir
l’avion tombant en flammes pendant 4 s,
- 6,5 s (3,5 + 3) après le départ du missile
- 6,27 s (6,5 - 0,23) arrondi à 6,3 s, après avoir entendu le bruit lié au départ du missile.
Toutes ces données sont matérialisées sur le plan général intitulé « Positions simulations 6
tirs missiles » Topo pièce n° 14, joint en synthèse de ce chapitre et en annexe 1.
8.5.5 Hypothèse de tir KANOMBE : cimetière, position n°
Cette position se situe à :
- 203 mètres du témoin PASUCH, placé au milieu du pâté de maisons,
- 944 mètres du point d’impact du missile sur l’avion. L’altitude de cette position est 1430 m.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 3,50 s. Comme pour la position , le temps de vol du missile est identique. La
distance parcourue par l’avion sur sa trajectoire d’approche est de d2 = 215 mètres.
Ce point de tir sur la trajectoire d’approche correspond à l’instant du tir. L’accrochage de la
cible a été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m. Il convient de
préciser qu’au début de l’accrochage et à l’instant du tir, l’avion et sa source chaude
émissive sont dans la fenêtre de visée du tube de lancement, ce qui a été représenté sur le
plan de la scène ci-après Topo pièce n° 12.2, indice 4 et joint en annexe 1 :
246
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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La durée de la propagation du son, dont la célérité est de 343 m/s, entre cette position de tir
n° et l’emplacement du témoin PASUCH est de :
ds2 = 203 = 0,59 s arrondi à 0,6 s.
343
Ce dernier et d’autres personnes à proximité pouvaient donc entendre le missile, 0,6 s après
son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact du missile sur l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion de l’avion jusqu’au témoin est de :
t = 1017 = 3s.
343
En résumé de cette hypothèse de tir n° 2, nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant,
T0 + 0,6 s = bruit du départ du missile entendu par tout témoin dans cette maison PASUCH,
T0 + 3,5 s = impact du missile sur l’avion, déclenchant l’explosion, pouvant être vue par des
témoins
247
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il s’ensuit que le témoin a pu percevoir le bruit de cette explosion de l’avion :
- 3 s après cette explosion. C’est à ce moment là que le témoin est informé de
l’événement, s’il n’a pas vu l’impact du missile déclenchant l’explosion de l’avion. A cet
instant, l’avion chute accompagné de la boule de feu depuis 3 s. Son temps de chute
ayant été de l’ordre de 7 s (calculé précédemment), ce témoin avait la possibilité
d’apercevoir l’avion tombant en flammes pendant 4 s,
- 6,5 s (3,5 s + 3 s) après le départ du missile,
- 5,9 s (6,5 s - 0,6 s) après la perception de l’effet sonore produit par le départ du départ
du missile.
Toutes ces données sont matérialisées sur le plan général intitulé « Positions des quatre tirs
missiles », joint en synthèse et en annexe 1, Topo pièce n°14.
8.5.6 Hypothèse de tir MASAKA : Le pylône position n°
Cette position se situe à :
- 2177 m du témoin PASUCH. Ce pylône se situe dans le fond de vallée, à proximité de
l’usine GUTTANIT. L’altitude de cette position est 1333 m,
- 1876 m du point d’impact du missile sur l’avion.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 5,50 s. Pendant ce temps, l’avion s’est déplacé de :
d3 = V.t
d3 = 61 x 5,5 = 335 mètres.
Ce point sur la trajectoire d’approche correspond à l’instant de tir. L’accrochage de la cible
a été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m.
Il convient de préciser qu’au début de l’accrochage et à l’instant du tir, l’avion et sa source
chaude émissive sont dans la fenêtre de visée du tube de lancement. Ce qui a été
représenté sur le plan de la scène ci-après (Topo pièce n° 12-3, indice 4) et joint en annexe
1 :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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De cette scène, nous avons déduit, en nous appuyant sur les travaux d’expertise réalisés par
J.P SERRE, expert acousticien, que la durée de propagation du son, dont la célérité est de
343 m/s, entre cette position de tir et l’emplacement du témoin PASUCH, est de :
ds = 2177 = 6,35 s.
343
Ce dernier et d’autres personnes à proximité pouvaient entendre le bruit du missile, sous
réserve que son intensité sonore soit suffisamment élevée, ce qui a été développé par
l’expert acousticien, 6,35 s après son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact du
missile sur l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion du missile sur l’avion est de :
t = 1017 = 3 s
343
En résumé de cette hypothèse de tir n° 3, nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant,
T + 5,5 s = impact du missile sur l’avion, déclenchant l’explosion pouvant être vue par des
témoins,
T0 + 6,35 s = bruit du départ du missile perçu par tout témoin dans cette maison PASUCH,
sous réserve qu’il puisse l’entendre distinctement compte tenu de l’éloignement de la source.
T0 + 8,5 s (5,5 s + 3 s) = perception par le témoin du bruit de l’explosion de l’avion.
249
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C’est à ce moment là que ce témoin est informé de l’événement s’il n’a pas vu l’impact du
missile déclenchant l’explosion de l’avion. A cet instant, l’avion chute, accompagné de la
boule de feu depuis 3 secondes. Son temps de chute ayant été de l’ordre de 7 s, ce témoin
avait la possibilité d’apercevoir l’avion tombant en flammes pendant 4 secondes. En
conséquence, le témoin a entendu l’explosion de l’avion 2,15 s après avoir perçu l’effet
sonore produit par le départ du missile.
Toutes ces données sont matérialisées sur le plan général intitulé « Positions simulations 4
tirs missiles », joint en synthèse et en annexe 1, Topo pièce n° 14.
8.5.7 Hypothèse de tir MASAKA : La Ferme position n°
Cette position se situe à :
- 2722 m du témoin PASUCH. Cette ancienne ferme se trouve à proximité du point d’eau
en bordure de piste. L’altitude de cette position est 1340 m,
- 2358 m du point d’impact du missile sur l’avion.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 6,46 s arrondi à 6,50 s. Pendant ce temps, l’avion s’est déplacé de :
d4 = V.t
d4 = 61 x 6,5 = 396 mètres.
Ce point sur la trajectoire d’approche correspond à l’instant du tir. L’accrochage de la cible a
été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m. Il convient de préciser
qu’au début de l’accrochage et à l’instant du tir, l’avion et sa source chaude émissive sont
dans la fenêtre de visée du tube de lancement. Ce qui a été représenté sur le plan de la
scène ci-après Topo pièce n° 12-4, indice 4 et joint en annexe 1 :
250
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
De cette scène, nous avons déduit, en nous appuyant sur les travaux d’expertise réalisés par
JP. SERRE, expert acousticien, que la durée de propagation du son, dont la célérité est de
343 m/s, entre cette position de tir et l’emplacement du témoin PASUCH, est de :
ds = 2722 = 7,94 s arrondi à 8 s.
343
Ce dernier et d’autres personnes à proximité, pouvaient entendre le bruit du missile, sous
réserve que son intensité sonore soit suffisamment élevée, ce qui a été développé par
l’expert acousticien, 8 s après son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact du
missile sur l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion de l’avion est de :
t = 1017 = 3 s.
343
En résumé de cette hypothèse de tir n° 4, nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant,
T0 + 6,5 s = impact du missile sur l’avion, déclenchant l’explosion pouvant être vue par des
témoins,
251
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
T0 + 9,46 s (6,46 s + 3 s) arrondi à 9,5 s = perception du bruit de l’explosion de l’avion par le
témoin PASUCH.
C’est à ce moment là que ce témoin est informé de l’événement s’il n’a pas vu l’impact du
missile déclenchant l’explosion de l’avion. A cet instant l’avion chute accompagné de la
boule de feu depuis 3 s. Son temps de chute ayant été de l’ordre de 7 s, ce témoin avait la
possibilité d’apercevoir l’avion tombant en flammes pendant 4 secondes.
En conséquence, le témoin a entendu l’explosion de l’avion 1,5 s après avoir perçu l’effet
sonore produit par le départ du missile.
Toutes ces données sont matérialisées sur le plan général intitulé « Positions simulations 6
tirs missiles », joint en synthèse et en annexe 1, Topo pièce n° 14.
8.5.8 Hypothèse de tir La Porcherie : près de la villa présidentielle position n°
Cette position se situe à :
- 812 m du témoin PASUCH. Cette porcherie se trouve pratiquement à la verticale de la
trajectoire d’approche de l’avion. L’altitude de cette position est de 1412 m,
- 519 m du point d’impact du missile sur l’avion.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 2,53 s arrondi à 2,5 s. Pendant ce temps l’avion s’est déplacé de :
d5 = V.t
d5 = 61 x 2,5 = 152 m.
Ce point sur la trajectoire d’approche correspond à l’instant du tir. L’accrochage de la cible a
été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m. Il convient de préciser
qu’au début de l’accrochage et à l’instant de tir, l’avion et sa source chaude émissive sont
dans la fenêtre de visée du tube de lancement. C’est ce qui a été représenté sur le plan de la
scène ci-après Topo pièce n° 12-5 indice 1 et joint en annexe 1 :
252
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
De cette scène, nous avons déduit, en nous appuyant sur les travaux d’expertise réalisés par
JP. SERRE, expert acousticien, que la durée de propagation du son, dont la célérité est de
343 m/s, entre cette position de tir n° et l’emplacement du témoin PASUCH, est de :
ds = 812 = 2,4 s environ.
343
Ce dernier, ou d’autres personnes dans ce quartier, pouvait entendre le bruit du propulseur
du missile 2,4 s après son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact du missile sur
l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion de l’avion est de :
t = 1017 = 3 s environ.
343
En résumé de cette hypothèse de tir n° nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant,
T0 + 2,4 s = temps de parcours du son du départ du missile jusqu’au témoin,
T0 + 2,5 s = impact du missile sur l’avion, déclenchant l’explosion pouvant être vue par des
témoins,
T0 + 5,5 s (2,5 s + 3 s) = perception du bruit de l’explosion de l’avion par le témoin PASUCH.
253
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C’est à ce moment là que le témoin est informé de l’événement s’il n’a pas vu l’impact du
missile déclenchant l’explosion de l’avion. A ce même moment l’avion chute accompagné de
la boule de feu depuis 3 s. Son temps de chute ayant été de l’ordre de 7 s, ce témoin avait la
possibilité d’apercevoir l’avion en flammes pendant 4 s.
Le témoin a été averti de l’explosion de l’avion 3,1 s après avoir perçu le bruit causé par le
départ du missile. Il entend le bruit causé par le départ du missile et c’est presque dans le
même temps, à 0,1 s près, qu’il peut voir l’explosion de l’avion.
8.5.9 Hypothèse de tir KANOMBE : en bas du cimetière, position n°
Il s’agit de l’intersection de deux chemins de terre, l’un accédant au cimetière, l’autre derrière
les maisons individuelles dont celle de M. et Mme PASUCH, position n° .
Vers la trajectoire d’approche de l’avion, le terrain était dégagé (clairière), tel que nous avons
pu l’observer sur une photographie de l’époque des faits. C’est un avantage considérable
pour visualiser l’approche de l’avion.
Cette position se situe à :
- 116 m du témoin PASUCH. L’altitude de cette position est de 1425 m,
- 1099 m du point d’impact du missile sur l’avion.
Le temps de parcours du missile pour atteindre l’avion, résultant des calculs précédents, a
été établi à 3,8 s. Pendant ce temps l’avion s’est déplacé de :
d5 = V.t
d5 = 61 x 3,8 = 231 m.
Ce point sur la trajectoire d’approche correspond à l’instant du tir. L’accrochage de la cible a
été effectué au minimum 12 s auparavant, l’avion parcourant 732 m. Il convient de préciser
qu’au début de l’accrochage et à l’instant de tir, l’avion et sa source chaude émissive sont
dans la fenêtre de visée du tube de lancement. C’est ce qui a été représenté sur le plan de la
scène ci-après Topo pièce n° 12-6 indice 1 et joint en annexe 1 :
254
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
De cette scène, nous avons déduit, en nous appuyant sur les travaux d’expertise réalisés par
JP. SERRE, expert acousticien, que la durée de propagation du son, dont la célérité est de
343 m/s, entre cette position de tir n° et l’emplacement du témoin PASUCH, est de :
ds = 116 = 0,34 s environ.
343
Ce dernier et d’autres personnes dans ce quartier pouvaient donc entendre le bruit produit
par le départ des missiles 0,23 s après son départ. Ce témoin se situe à 1017 m de l’impact
du missile sur l’avion.
Le temps de propagation du son de l’explosion de l’avion est de :
t = 1017 = 2,97s arrondi à 3 s.
343
En résumé de cette hypothèse de tir n° nous pouvons établir :
T0 = départ du missile, après accrochage de la cible sur sa trajectoire 12 s minimum
auparavant,
T0 + 0,34s = bruit du départ du missile pouvant être perçu par tout témoin dans cette maison
PASUCH,
T0 + 3,8 s = impact du missile sur l’avion déclenchant l’explosion pouvant être vue par des
témoins.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il s’ensuit que le témoin a pu percevoir le bruit de l’explosion de l’avion :
- 3 s après cette explosion. C’est à ce moment là que le témoin est informé de
l’événement, s’il na pas vu l’impact du missile déclenchant l’explosion de l’avion.
Toujours à cet instant, l’avion chute accompagné de la boule de feu depuis 3 s. Son
temps de chute ayant été de l’ordre de 7 s, ce témoin avait la possibilité d’apercevoir
l’avion tombant en flammes pendant 4 s,
- 6,8 s (3,8 + 3) après le départ du missile,
- 6,46 s (6,8 – 0,34) arrondi à 6,5 s, après avoir entendu le bruit lié au départ du missile.
Toutes ces données sont matérialisées sur le plan général intitulé « Positions simulations 6
tirs missiles », Topo pièce n° 14, joint en synthèse de ce chapitre et en annexe 1.
8.5.10 Synthèse sur les six hypothèses de tir
Il convient de rappeler et de préciser que l’étude des positions de tirs est strictement basée
sur :
- les aspects scientifiques du rayonnement infrarouge : émission de la source et détection
par le missile,
- les études acoustiques,
- les performances opérationnelles du missile : tir et balistique,
- les relevés réalisés sur le terrain,
- les perceptions des événements par les témoins seront analysées par la suite, pour
établir si elles sont de nature à conforter ou non certains de nos résultats techniques.
Cette analyse fait l’objet du chapitre 8.5.11. Quant à la maison PASUCH, elle nous sert
de lieu de référence par rapport aux six positions de tirs étudiées, comme nous l’avons
déjà mentionné.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Les résultats des six sites de tirs peuvent être regroupés, pour l’essentiel, sur le tableau ciaprès
:
Positions
des tirs
Durée
trajectoire
missile/avion
Propagation
du son entre
explosion,
avion et
témoin (*)
Dt : bruit
départ missile
entendu par le
témoin (*)
Dt : bruit départ
missile et bruit
explosion avion
perçus par le
témoin (*)
Dt : départ missile
et bruit explosion
avion entendu par
le témoin (*)
Dt : bruit départ
missile et
vision de
l’explosion
avion par le
témoin (*)
3,50 3 0,23 6,27 6,50 3,27
3,50 3 0,60 5,90 6,50 2,90
5,50 3 6,35 2,15 8,50 - 0,45
6,50 3 8,00 1,50 9,50 - 1,50
2,50 3 2,40 3,00 5,40 0
3,80 3 0,34 6,46 6,80 3,46
Temps en secondes
(*) référence : tout témoin dans la maison PASUCH
Nous déduisons des études conduites, en considérant toujours le missile (second tir) qui a
impacté l’avion, sachant que le premier qui est passé à côté n’a aucun lien direct avec
l’événement :
- De la maison PASUCH, tout témoin a pu percevoir le missile :
- 6,27 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position
- 5,90 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position ,
- 6,46 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position
Par contre, l’explosion de l’avion a pu être vue par le témoin, toujours avant l’arrivée
de l’onde acoustique liée au départ du missile, soit :
- 3,27 s pour la position
- 2,90 s pour la position ,
- 3,46 s pour la position
Le bruit du départ des missiles est entendu distinctement avant la vision de
l’explosion de l’avion, ce qui a pu permettre à tout témoin dans la maison PASUCH de
voir nettement les trajectoires de ces projectiles se déplaçant à très grande vitesse vers
le côté gauche de l’avion, pendant 3 à 3,5 s environ, c’est-à-dire pendant presque tout le
temps de parcours desdits missiles.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- pour les positions de tirs et tout témoin placé dans le quartier dit PASUCH
pouvait entendre distinctement, d’après l’étude acoustique, le bruit bien spécifique
produit par le missile et ce, très peu de temps après son départ :
- 0,23 s pour la position
- 0,6 s pour la position ,
- 0,34 s pour la position
- pour la position
, tout témoin placé dans le quartier PASUCH pouvait entendre le tir du
missile 2,40 s après son départ. Le bruit de l’explosion de l’avion est parvenu à ce témoin
5,48 s après le départ du missile. L’explosion de l’avion a pu être visible par le témoin 2,5
s après le tir du missile, soit dans le même temps (à 0,1 s près) que l’arrivée du bruit
produit lors de son départ.
- pour les positions de tirs MASAKA et , tout témoin placé dans le quartier dit
PASUCH pouvait entendre, sous réserve que le niveau sonore perçu soit suffisamment
élevé et distinct du bruit de fond (voir l’étude acoustique), l’effet sonore produit par le tir
du missile :
- 6,35 s après son départ de la position ,
- 8 s après son départ de la position .
Le bruit d’explosion de l‘avion est parvenu à ce témoin :
- 8,50 s après le départ du missile de la position ,
- 9,50 s après le départ du missile de la position .
Les bruits du départ des missiles ne pouvaient pas être entendus distinctement compte
tenu de l’éloignement de ces positions vis-à-vis du témoin de référence. En outre, le bruit
de ces tirs ne pouvait être entendu par tout témoin dans la maison de référence
PASUCH qu’après la perception visuelle de l’explosion de l’avion : 0,45 s pour la
position et 1,50 s pour la position et non auparavant, comme dans les
configurations de tirs de KANOMBE. En conséquence, les trajectoires des missiles n’ont
pas pu être vues à la suite de l’information sonore donnée par lesdits missiles,
Pour ces hypothèses, il convient de préciser que ces derniers événements sonores
peuvent être considérés comme très proches avec l’arrivée des bruits produits par les tirs
des missiles. Pour ces positions et ces écarts de temps sont respectivement 2,15 s
et 1,50 s,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- ce n’est pas le cas des configurations de tirs et où le bruit du départ du missile
parvient au témoin bien avant celui du bruit produit par l’explosion de l’avion. L’écart de
temps résultant de ces deux informations, proche de 6 s, permet d’éviter toute confusion,
- l’étude conduite par l’expert acousticien JP. SERRE tend à démontrer que le niveau de la
puissance sonore d’un propulseur de missile tiré de MASAKA pouvait être
éventuellement perçu, mais pas distinctement, pour tout témoin se trouvant en champ
libre dans le quartier PASUCH. A l’intérieur d’une habitation, les murs ont pu constituer
un écran induisant une atténuation acoustique.
De ce fait, eu égard à la position relative du témoin vis-à-vis des fenêtres de sa maison, il
paraît difficile à ce dernier de déceler les informations sonores produites par les départs
des missiles de la zone MASAKA. A ces distances éloignées, il convient donc
manifestement de considérer que les effets sonores produits lors de ces départs ne
pouvaient pas être perçus distinctement, même en champ libre, en référence à l’étude
acoustique,
- dans les six cas de figure étudiés, tout témoin dans le quartier PASUCH, s’il a été
informé en premier lieu par le bruit de l’explosion de l’avion, avait le temps de voir cet
avion tomber en flammes pendant 4 secondes, à condition d’être près d’une fenêtre
orientée vers l’événement ou en dehors de toute habitation. Ensuite, il pouvait voir à
travers les arbres, les lueurs produites par les débris en flammes. L’information de cette
explosion de l’avion, dans le cas où elle est apportée par l’onde acoustique et non
visuellement, implique que la vision du témoin (ou des témoins) soit orientée dans la
direction des tirs, soit vers les positions KANOMBE, soit vers celles de MASAKA.
Dans ce champ de vision, les trajectoires des missiles partant des positions de tirs
et ne pouvaient être que nettement plus perceptibles. Ce constat est également
valable pour tout témoin du camp de KANOMBE, dont le regard était orienté dans cette
direction.
- si le témoin a vu l’explosion de l’avion, il a pu déceler les trajectoires des missiles
caractérisées par les traces lumineuses se dirigeant vers lui. Les bruits induits par les
propulseurs des deux missiles et par l’explosion de l’avion arrivent respectivement dans
cet ordre au témoin avec des délais variables en fonction de l’éloignement des sources
sonores émises par lesdits missiles. L’explosion de l’avion a produit un effet sonore bien
plus élevé que les missiles,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- le plan général de la scène intitulé « Positions simulations 6 tirs missiles » est joint en
annexe 1 et ci-après :
En référence aux pièces de la procédure concernant des témoins entendus avant nos
opérations d’expertise à KIGALI, nous pouvons indiquer que tout observateur situé dans la
maison PASUCH a pu être informé de l’explosion de l’avion par le bruit important qu’elle a
produit. Nos travaux d’expertise ont permis de déterminer que cet effet sonore est parvenu à
cet observateur 3 s après cette explosion.
Il convient de rappeler que les effets sonores produits pour les tirs des sites MASAKA ont été
entendus respectivement à 1,50 s pour la position et 2,15 s pour la position après la
perception du bruit causé par l’explosion de l’avion. Ces écarts de temps ne sont pas
significatifs et les deux bruits peuvent être éventuellement confondus. Ce n’est pas le cas
pour les positions et où, les écarts de temps étant proches de 6 s, les deux bruits
sont distincts.
C’est sur ces bases techniques que l’analyse des témoignages relatant la perception des
événements a été conduite avant de pouvoir conclure.
Les missiles, par les bruits induits sur trajectoire par leurs propulseurs, pouvaient être
facilement et indiscutablement détectés par les témoins du quartier PASUCH se trouvant aux
environs de 100 et 200 mètres environ des deux zones de tirs étudiées dans le camp de
KANOMBE. Cela ne peut pas être manifestement le cas des tirs partant de MASAKA, les
effets sonores pouvant être diffus, d’où plus difficilement identifiables.
260
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
A ce stade de l’expertise, si l’on s’en tient aux données objectives des temps de propagation
et de l’intensité des effets sonores des événements survenus (tirs des missiles et explosion
de l’avion), les missiles paraissent avoir été tirés de la zone de KANOMBE entourant les
maisons du quartier PASUCH.
Toutefois, sur les bases techniques que nous venons d’établir, il convient d’affiner nos
investigations compte tenu de l’impact du missile dans le réservoir de carburant de
l’avion, tel que nous l’avons déterminé précédemment, dans le but de localiser plus
précisément la zone de tir la plus probable. C’est un paramètre important de l’expertise.
Nos investigations se sont donc poursuivies en étudiant, pour chaque position de tir, les
performances balistiques du missile jusqu’à son point d’impact et vérifier si des
témoignages pouvaient conforter nos approches scientifiques et techniques, tout en
gardant en mémoire les capacités de détection de l’autodirecteur du missile.
8.5.11 Perception des événements - Analyse des témoignages
Les perceptions des événements visuels et acoustiques, comme les témoins entendus dans
cette procédure les avaient décrits, ont été analysées pour en tirer des enseignements, avec
pour objectif d’établir si elles sont de nature à conforter ou non certains de nos résultats
techniques.
8.5.11.1 Pièces de la procédure remises avant le déplacement au RWANDA
Des témoignages pouvant avoir un lien avec la perception des événements ont été extraits
des pièces de la procédure, communiquées par les magistrats instructeurs, citées dans la
mission. Nous les avons étudiés dans le but de préparer notre mission au RWANDA.
Ces extraits ont été rapportés dans le chapitre 3.1. Ces témoignages sont analysés dans la
synthèse propre à ce chapitre, rubrique 8.5.11.4
8.5.11.2 Témoins entendus et positionnés sur le site
Une image de la scène montrant les trajectoires des missiles, suivant les six positions de tirs
supposées, est associée à la présentation de chaque témoin. Voir également en annexe 3.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Cette visualisation des trajectoires des missiles a été établie à la suite des études
précédemment conduites ayant pour objectif de localiser le lieu de tir plus probable qui a
permis d’abattre le Falcon 50.
Comme il sera précisé dans le chapitre 8.6, une modélisation tridimensionnelle de la scène a
été réalisée. Nous avons mis en place une caméra à chaque position des témoins visualisant
la trace des trajectoires prises par les missiles, en fonction des six hypothèses de tirs
précitées. Pour une meilleure lisibilité, chaque trace possède une couleur différente :
- la trace de couleur rouge correspond au missile partant de la position 1 : intersection des
chemins près de l’hôpital de KANOMBE,
- la trace de couleur bleu clair correspond au missile partant de la position 2 : cimetière de
KANOMBE,









!
"
#$%% &'%(
- la trace de couleur violette correspond au missile partant de la position 4 : MASAKA, lieu
dit la Ferme,
- la trace de couleur bleue correspond au missile partant de la position 5 : porcherie,
- la trace de couleur marron correspond au missile partant de la position 6 : KANOMBE,
bas du cimetière.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 1 - M. GERLACHE Matthieu
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin.
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion.
Nous observons que les trois traces lumineuses issues de KANOMBE sont sensiblement au
même endroit que celles issues de MASAKA.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage [D2575 et D2709]
Ce témoin se trouvait à 4529 mètres du point d’explosion de l’avion. Il a aperçu l’avion en
approche par la présence de ses feux de navigation. Il a vu partir le premier missile par la
présence d’une trace lumineuse se déplaçant à grande vitesse dans le ciel, suivie d’une
deuxième une dizaine de secondes plus tard (sans qu’il puisse être précis sur cet écart de
temps) qui est venue impacter l’avion. Les feux de navigation se sont éteints au passage du
point lumineux et de l’avion lui faisant dire qu’il a été impacté par le projectile. Par contre, il
n’a constaté aucune explosion à ce moment là. Lors de l’impact du second missile sur
l’avion, une boule de feu a illuminé le ciel. Ces traces lumineuses sont parties à droite de
l’avion qu’il voyait de face. Il n’a pas entendu les bruits produits par les départs de ces
missiles. Nous pouvons indiquer que son appréciation à ce sujet est cohérente, dans la
mesure où il se trouvait à 4000 mètres environ du point moyen des positions KANOMBE et à
6400 mètres environ des positions MASAKA, c’est-à-dire à des distances très éloignées pour
que les effets sonores de propulseurs de missiles soient entendus. Il a déclaré que le point
de départ de ces missiles était le camp de KANOMBE.
A la distance de l’événement où se trouvait ce témoin, nous considérons qu’il ne pouvait pas
apprécier si les tirs partaient de MASAKA ou de KANOMBE, en référence à l’image cidessus.
Toutefois, le camp de KANOMBE est beaucoup plus près que les positions de
MASAKA (2400 mètres environ), ce qui a pu favoriser son appréciation. A noter que les
positions de MASAKA sont en contrebas du profil du terrain, ce qui l’empêchait de voir le
départ des missiles et une partie de leur trajectoire.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 2 - M. NSENGIYUMVA Tharcisse
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion.
Nous observons que les trois traces lumineuses issues de KANOMBE diffèrent de celles de
MASAKA.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage :
Ce témoin se situe à 1182 m du point d’explosion de l’avion. La direction indiquée par le
témoin concernant l’avion, correspondant à ladite cheminée est décalée sur la droite d’une
angle important (30° environ). Par contre, elle indique la zone des trajectoires des missiles
qu’il pouvait apercevoir se déplaçant vers l’avion de la droite vers la gauche.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 3 : M. SIBORUREMA Silas
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion.
Nous observons que les trois traces lumineuses issues de KANOMBE diffèrent de celles de
MASAKA, ce qui peut éviter de faire une confusion. La direction qu’indique ce témoin passe
par les maisons individuelles, dont celle de M. et Mme PASUCH, situées dans le camp de
KANOMBE, c’est-à-dire à proximité des positions de tirs et .
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 1107 m du point d’explosion de l’avion. La direction du tir indiquée par
le témoin, relevée sur site, correspond, d'une manière imprécise, à la voie (impasse)
longeant l'hôpital militaire et aboutissant au cimetière de KANOMBE. Ce témoignage peut
être pris en considération car le témoin n'a eu aucune difficulté pour se repositionner à
l'endroit qu'il occupait lors de l'explosion ( angle du bâtiment existant). Sa fenêtre
d'observation, orientée vers la scène de l’événement, est assez étroite ce qui pouvait lui
permettre de localiser plus facilement les deux trainées lumineuses dont celles des positions
et .de KANOMBE, plus proches que les hypothèses de MASAKA et apercevoir le
point d’explosion de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 4 : M. NGIRUMPATSE Pascal
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion. Nous observons que les trois traces lumineuses issues de
KANOMBE diffèrent de celles de MASAKA
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 2928 m du point d’explosion de l’avion. Se trouvant sur un axe routier
important, il a perçu les deux traînées lumineuses dans la direction de cette voie, à droite de
l’approche de l’avion. Ce témoignage, s'appuyant sur ce repère physique, peut être pris en
considération, la direction moyenne de ces traces lumineuses étant située entre KANOMBE
et la villa présidentielle.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 5 : M. MUTWARANGABO Jean Bosco
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion. Nous observons que les trois traces lumineuses issues de
KANOMBE diffèrent de celles de MASAKA.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 1148 m du point d’explosion de l’avion. Après avoir relevé sa position et
la direction du tir qu'il indique, nous constatons que ce témoin pouvait observer dans la
même direction, l’explosion de l’avion sur sa trajectoire d’approche et son impact au sol. La
direction de l'impact sur l’avion qu'il indique se situe sensiblement au-dessus de la villa
présidentielle, ce qui depuis sa position est incohérent des relevés que nous avons réalisés.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 6 : M. BWANAKWERI Isidore
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Aucune simulation ne peut être effectuée puisque le témoin n'a vu aucune trace lumineuse
dans le ciel.
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 4812 m du point d’explosion de l’avion. Ce témoignage n'apporte rien
sur la direction des missiles, ni sur le lieu de l’explosion de l’avion. Le ciel a été illuminé par
la boule de feu qui s’est produite dès l’explosion sur l’avion et a persisté pendant toute sa
chute. Le grand bruit peut être attribué à l’explosion de l’avion. Les deux coups secs ayant
précédé ce bruit fort n’ont pas été identifiés. Ces deux coups secs pourraient être les bruits
produits par le départ des missiles. Toutefois, compte tenu des distances très éloignées de
ces départs de missiles (4409 m minimum pour la position de KANOMBE et 6451 m
minimum pour la position de MASAKA), il ne pouvait pas percevoir le bruit produit lors des
tirs. A ce titre, il faut rappeler que le témoin GERLACHE n’a pas entendu les départs des
missiles, alors qu’il se trouvait plus près du point d’impact du missile (4529 m) et était attentif
sur l’approche de l’avion : il regardait la scène.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
En outre il convient de préciser que ce témoignage n’est pas fiable, car il a inversé la
perception des événements qui, pour ce qui le concerne, sont les suivants :
- l’effet lumineux produit par la boule de feu dès l’explosion a instantanément illuminé le
ciel,
- par contre le bruit de l’explosion n’a pu parvenir à ce témoin que 14 secondes environ
après, ce qui correspond au temps de propagation de l’onde acoustique (343 m/s) sur la
distance de 4812 m, séparant le témoin de l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Témoin n° 7 : M. NSENGIYUMBA Théogène
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion. Nous observons que les trois traces lumineuses issues de
KANOMBE diffèrent de celles de MASAKA.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 4805 m du point d’explosion de l’avion. Après avoir relevé sa position
ainsi que la direction qu'il indiquait, on s’aperçoit qu’elle correspond sensiblement à celle de
la villa présidentielle. On remarque que le témoin prend pour référence l'angle du hangar, qui
n'a pas été modifié depuis lors. La direction de l'explosion ou des tirs s'appuie sur des
éléments existants situés à proximité du témoin. L'orientation du tir est assez précise. Ce
témoin ne fait pas état d’effet sonore associé aux traces lumineuses vues dans le ciel.
Toutefois, compte tenu de son éloignement de la scène, il paraît difficile de différencier les
lieux de départ des missiles.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Témoin n° 8 : M. NTWARANE Anastase
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion. Nous observons que les trois traces lumineuses issues de
KANOMBE diffèrent peu de celles de MASAKA.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Ce témoin a entendu deux bruits assez éloignés, suivis d’un feu dans le ciel qui tombait :
c’est la chute de l’avion en flammes.
En guise de rappel, le temps de chute de l’avion a été estimé à 7 s. Or, comme pour le
témoin n° 6, celui-ci inverse la perception des événements :
- l’effet lumineux produit par la boule de feu dès l’explosion a instantanément illuminé le
ciel,
- par contre le bruit de l’explosion n’a pu parvenir à ce témoin que 15 secondes environ
(14,7 s) après, ce qui correspond au temps de propagation de l’onde acoustique (343
m/s) sur la distance de 5050 m, séparant le témoin de l’avion.
A la distance où il se trouvait des points supposés des positions des missiles, il ne pouvait
pas entendre le bruit de leurs départs. Le bruit de l’explosion de l’avion n’a pu que lui
parvenir 8 secondes après le crash et non alors qu’il se trouvait sur sa trajectoire de chute.
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 5050 m du point d’explosion de l’avion. On observe que la direction
indiquée est dans le prolongement de la piste, de la villa présidentielle et de l'impact du
missile sur l'avion. Il ne précise pas dans quelle direction il a vu les deux traînées montant
vers l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n° 9 : M. GASHOKE Jacques
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence les trajectoires des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion.
Tenant compte de la position du témoin, se trouvant sur la droite de l‘axe d’approche de
l’avion, les trajectoires des missiles sont très différentes : à gauche de l’avion pour les
missiles venant de MASAKA, à droite de l’avion pour les missiles venant de KANOMBE.
L’impression visuelle montre des trajectoires presque verticales (MASAKA) et de l‘ordre de
45° (KANOMBE) alors qu’en réalité, les angles d’attaque des missiles sont respectivement
compris entre 9° et 13° environ. L'impact du missile sur l’avion a eu lieu pratiquement audessus
de ce témoin. Ce témoin était particulièrement bien placé pour indiquer la
provenance des tirs, tel que nous le remarquons sur la simulation ci-après :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Il est le seul de tous les témoins à être bien placé pour faire une différence dans la
provenance des tirs des missiles.
Commentaire sur le témoignage
De tous les témoins, c’est lui qui est le plus près de l’impact du missile sur l’avion : 262
mètres. Ce dernier était situé en contrebas de la voie menant à la villa communale, à
proximité d'une maison. La villa communale est proche de l'axe d'atterrissage de l'avion; la
fenêtre d'observation est assez réduite tenant compte du talus important existant et de la
végétation
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n°10 : M. TURATSINZE Samson
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 1674 m du point d’explosion de l’avion. Les relevés de la position et de
la direction qu'indique le témoin sont assez imprécis, bien que se trouvant assez près de la
scène. Il devient alors difficile de savoir s'il indique le départ d'un tir ou l’explosion de l'avion.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n°11 : M. MUNYANEZA Patrice
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Cette image met en évidence le départ des tirs des six positions envisagées et le point
d'impact du missile sur l’avion. A la distance où il se trouve des événements, il est difficile de
différencier les tirs de MASAKA ou de KANOMBE, comme le montre la simulation ci-après :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Commentaire sur le témoignage
Nous avons rencontré ce témoin au pied de la nouvelle tour de contrôle. C'est le contrôleur
qui était en service lors de l'évènement. Après avoir relevé la tour de contrôle, nous avons
positionné le témoin. Il se trouve presque dans l’axe de la piste, à 5108 m de l’impact du
missile sur l’avion. Il se trouvait face à l’événement de manière à pouvoir apercevoir, mais de
loin, l’explosion de l’avion. C’est ce qu’il a effectivement aperçu.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Témoin n°12 : M. MUKAZITONI Joséphine
Visualisation des trajectoires des missiles en fonction de la position du témoin
Aucune simulation ne peut être effectuée.
Commentaire sur le témoignage
Ce témoin se situe à 6831 m du point d’explosion de l’avion. Nous ne pouvons pas apporter
de commentaire sur ce témoignage. Toutefois, nous pouvons indiquer qu’il se trouve très loin
de l’événement, en référence au tableau des distances associé au plan de mise en situation
ci-dessus. De son témoignage [D7280], il ressort qu’elle a entendu une « déflagration » et vu
ensuite, depuis la terrasse de sa maison surplombant l’aéroport, « deux espaces de fusées
qui se suivaient et qui montaient vers le ciel ». En terme de chronologie des événements, les
missiles ont été tirés avant l’explosion de l’avion. De plus, le bruit de l’explosion de l’avion lui
est parvenu 20 s environ après, en référence à la célérité du son (343 m/s). Ce témoignage
n’est donc pas cohérent et ne peut pas être retenu.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Plan général des témoins, rapportés ci-après et joints en annexe 1.
Plan n° 1 (2010049_4908 Topo Pièce N° 6 Indice 4 octobre 2011), où chaque témoin a été
positionné :
Plan n° 2 (2010049_4908 Topo Pièce N° 6 bis Indice 4 octobre 2011), où sont reportés leurs
positions et la direction de l’explosion et/ou des traces lumineuses qu’ils ont perçues :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.5.11.3 Pièces de la procédure remises après déplacement au RWANDA
M. Massimo PASUCH, Mme Brigitte DELNEUVILLE épouse PASUCH et M. Daniel
DAUBRESSE, sont des témoins qui ont perçu des événements visuels et sonores. Ils ont
établi des croquis désignant la zone dans laquelle ils ont perçu (vu et/ou entendu) les
trajectoires des deux missiles :
- témoin M. DAUBRESSE – cote D7968/10
Sur ce croquis, le regard est orienté vers le jardin, au-delà de la maison PASUCH, zone
de la clairière comprise entre le cimetière (position ) et le bas du cimetière (position ).
Les tirs sont approximativement perpendiculaires à l’axe de cette zone, la flèche orientée
vers l’avion sur sa trajectoire d’approche : entre le point de tir des positions , et et
l’impact du missile.
- témoin M. PASUCH – cote D7983/1
Sur ce croquis, le regard est orienté vers le jardin et au-delà, zone dans laquelle se
trouve le cimetière. Les tirs sont approximativement perpendiculaires à l’axe de cette
zone, les flèches orientées vers l’avion sur sa trajectoire d’approche. Ce témoin a indiqué
sur le croquis, en manuscrit : « impossible de déterminer la profondeur du départ à partir
de ma maison ».
De la reconstitution des tirs que nous avons réalisée, en considérant toutes les positions
étudiées, en regardant par la fenêtre de la salle à manger de la maison PASUCH, voici
ce que les témoins ont pu voir :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
D’une manière indiscutable, cette planche montre que les missiles tirés des positions et
étaient visibles distinctement, associés à leur bruit caractéristique de forte intensité qui a été
entendu.
Nous rappelons que la position du cimetière se situe à 203 mètres de cette maison et que
celle du bas du cimetière à 116 mètres. Ces trajectoires sont quasiment perpendiculaires à
cette maison. C’est cohérent avec les positions MASAKA qui, en guise de rappel, se situent
à 2177 m pour le pylône sous l’entreprise GUTTANIT et à 2722 m pour la Ferme.
Manifestement, ces positions sont très éloignées pour que ces témoins aient pu discerner
aussi distinctement les trajectoires des missiles. La reconstitution des tirs que nous venons
de présenter en est l’illustration. De plus, les trajectoires des missiles tirés de MASAKA
possèdent un angle d’attaque convergent (de 45° environ) vis-à-vis de ce point
d’observation. Ce qui est différent des tirs des positions et . En outre, il convient de
préciser que ces témoins ne peuvent pas apercevoir la première partie de la trajectoire de
chaque missile, le point de tir étant plus bas de 100 mètres environ. Ils ne pouvaient
apercevoir que les 2/3 environ de la phase finale de la trajectoire.
Sur le plan acoustique, ces témoins pouvaient entendre le tir des missiles moins de 0,5 s
après leur départ (voir l’étude des hypothèses de tirs), ce qui leur donnait le temps
d’apprécier leurs trajectoires se suivant avec un décalage temporel de 2 à 3 s environ, voire
5 s, selon certains témoins. Le second missile a pu être mieux perçu, les témoins ayant été
interpelés par le premier.
8.5.11.4 Analyse générale des témoignages
- Deux projectiles se déplaçant à grande vitesse ont été tirés l’un après l’autre en
direction de l’avion en approche de la piste d’atterrissage, aperçus dans le ciel par leur
signature lumineuse,
- les trajectoires de chaque projectile ont été concrétisées par une trace ou traînée
lumineuse qui est la caractéristique, visible de nuit, d’un propulseur de missile sol-air.
Les gaz de combustion du propergol solide, portés à une très haute température (plus de
1500°C), sortant à très grande vitesse par la tuyère du propulseur, produisent une lueur
rouge-orangé. Elle constitue un traceur de trajectoire de missiles sol-air, très
caractéristiques des missiles SA16 d’origine soviétique que nous avons retenu,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- ces deux missiles tirés se déplaçaient de la droite vers la gauche (selon les témoins
placés face à l’approche de l’avion), c’est-à-dire vers l’avion que certains témoins ont
vu « exploser ». Cette explosion très forte a été entendue par la suite par les témoins
relativement les plus proches,
- les traces lumineuses des missiles étaient séparées de quelques secondes, en moyenne
2 à 3 s. Elles convergeaient vers l’avion.
C’est le second missile qui a impacté l’avion sur son flanc gauche, l’explosion étant
concrétisée immédiatement par une boule de feu très lumineuse. Le premier missile a
manqué l’avion, de peu si l’on s’en tient à quelques témoignages. Il a poursuivi sa course
dans l’air. Son autodestruction sur trajectoire, survenant une quinzaine de secondes
après son lancement, n’a pas été entendue, couvert par les conséquences de la chute de
l’avion et des tirs d’armes automatiques,
- les directions observées par les témoins n° 1 et n° 4, situées approximativement dans
l’axe de la piste, tout en étant éloignés de l’explosion de l’avion, pourraient correspondre
à une des positions de tir , , ou , situées dans le fond du camp militaire
KANOMBE : cimetière et alentour. Toutefois, la zone MASAKA se situe dans le
prolongement de cette direction. A noter que les témoins ont des difficultés à apprécier
les distances, surtout la nuit,
- le témoin n° 4 est bien placé, en référence à un angle de bâtiment, pour indiquer que les
traces lumineuses se situent entre KANOMBE et la villa présidentielle,
- tous les témoins qui ont vu « l’explosion » de l’avion évoquent une boule de feu
parfaitement visible, donc de taille et de luminosité importantes, qui a persisté pendant
toute la durée de la chute de cet aéronef,
- les perceptions des événements sonores des témoins SAINT QUENTIN, VAN DEENEN,
DAUBRESSE et PASUCH, permettent d’indiquer que les bruits des deux missiles
parfois appelés « les deux coups » sont rapprochés. Ils paraissent se situer « entre 500
et 1000 m. C’était suffisamment proche pour que je crois qu’on attaquait le camp »
d’après le général de SAINT QUENTIN [D7998],
- de l’étude acoustique conduite par J.P. SERRE, les appréciations de ces témoins
peuvent nous orienter sur un tir de ces missiles dans une zone du camp de KANOMBE,
proche des maisons SAINT QUENTIN et PASUCH. Effectivement, les missiles tirés de
MASAKA, respectivement à 2177 m (position ) et à 2722 m (position ) de la maison
PASUCH, ne pouvaient pas être perçus avec une bonne discrimination acoustique
pouvant aboutir à une identification certaine,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- des effets sonores émis par les propulseurs de ces missiles, nous pouvons tirer des
enseignements pour, à ce stade de l’expertise, éliminer avec une forte probabilité, la
zone de tir de MASAKA,
- sur l’appréciation visuelle et sonore de ces événements, les témoins se trouvant dans la
maison PASUCH sont susceptibles d’apporter d’autres informations. C’est le cas de ce
médecin militaire belge qui était bien placé, compte tenu de la baie vitrée de sa maison
orientée vers le jardin et les terrains du cimetière actuel, appelés devant de vallée sur le
croquis établi par M. DAUBRESSE [D7968] et vers la NYABARONGO, sur celui de M.
PASUCH [D7983/9].
Au moment des faits, M. et Mme PASUCH se trouvaient dans la salle à manger dotée de
cette baie, accompagnés de leurs enfants, du Dr DAUBRESSE et de Mme VAN
DEENEN. Cette fenêtre était toujours ouverte, étant équipée d’une moustiquaire, tout
comme les autres fenêtres de cette maison,
- les témoins présents dans la maison PASUCH ont pu apprécier au mieux, sur les plans
visuel et auditif, les tirs des missiles se trouvant face à la scène, compte tenu de la baie
ouverte orientée vers le cimetière, la clairière et la vallée. La reconstitution des
trajectoires de tous les tirs étudiés, affiche une bonne lecture des événements (hormis
l’explosion de l’avion), comme nous le montrons encore une fois ci-après :
- si l’on s’en tient à ces témoins particulièrement bien placés, dont les témoignages sont
globalement cohérents, le tir de missiles de la position , intersection des chemins à
proximité de la maison SAINT QUENTIN doit être écarté. Ce point se trouve à l’arrière de
la baie de cette maison PASUCH, par laquelle les témoins regardaient,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
- pour un tir de la position , le témoin Grégoire de SAINT QUENTIN, se trouvant à 100
mètres environ à l’arrière du départ des coups, aurait distinctement entendu deux bruits,
de surcroît très intenses. Aucune confusion n’aurait été possible. Ce n’est pas le cas,
- pour un tir de la position , aucun témoin entendu sur site à KIGALI, ni ceux entendus
par les magistrats instructeurs par la suite, ne font état d’une trajectoire à la verticale de
l’axe d’approche de l’avion,
- il faut préciser que les témoins, placés face à l’approche de l’avion, ont vu les
déplacements des missiles de la droite vers la gauche, converger vers l’avion,
- en fait, toute trajectoire verticale ou à la droite de l’appareil est à exclure. C’est ainsi que
des tirs venant de la colline de N’déra ne peuvent pas être retenus.
8.6 Modélisation de la scène
8.6.1 Choix des logiciels
Nous avons pour mission de modéliser la scène pour visualiser en 3 dimensions
l’environnement immédiat, l’atterrissage de l’avion et le point d’impact du missile.
Pour répondre à cette problématique, notre choix s’est porté en premier lieu sur la création
du modèle numérique à l’aide du logiciel 3DS Max. Le modèle numérique étant réalisé, il est
possible avec ce même logiciel de créer des images de synthèses et des films.
Un film est le résultat à partir de la position d’une caméra figée par le réalisateur d’une
succession d’images de synthèses, générant ainsi une perception visuelle unique de la
scène.
Afin de ne pas être restrictif dans cette visualisation, notre choix s’est porté sur l’utilisation du
logiciel NOVA. Cet applicatif se greffe sur le logiciel 3Dsmax pour créer un exécutable qui
autorisera une simulation 3D temps réel. Autrement dit, toute personne disposant de cet
exécutable pourra se déplacer dans l’espace à son grès et observer librement tout
l'environnement.
LE LOGICIEL 3DS MAX
Méthodologie retenue :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
La modélisation a été effectuée à partir :
• De la carte du Rwanda ( région de KIGALI) au 1/50.000
• Des données terrains recueillis sur site
La zone d’étude a été digitalisée sur une longueur de 17 km et une largeur de 7 km.
Dans un premier temps nous avons redessiné sur Autocad dans cette zone les routes et les
éléments caractéristiques nécessaires pour une bonne localisation.
Afin de disposer d'une vue en trois dimensions, nous avons dessiné toujours à partir de la
carte du Rwanda sur Autocad les courbes de niveau. Nous avons affecté ensuite aux points
constituant la courbe de niveau l'altitude de la courbe.
Les courbes étant ainsi définies, nous avons crée à partir de celles-ci le MNT (Modèle
Numérique de Terrain) afin de pouvoir observer le terrain en 3D. Sur ce modèle numérique
de terrain a été plaqué ensuite une photographie permettant d’avoir une perception visuelle
plus réaliste.
La modélisation numérique issue de cette carte a une précision relative, par exemple la
largeur des routes principales sur la carte ont une largeur de 50 m environ, ce qui n'est bien
entendu pas le cas, mais nous ne les avons pas modifiées.
Pour habiller le plan, nous avons rajouté d’une manière aléatoire des maisons et des arbres
en se collant au plus près à l'environnement rencontré sur place.
Toutes les zones que nous avons relevées lors de notre déplacement à KIGALI ont été
positionnées en respectant les distances et dénivelées relatives entre elles. La villa
présidentielle ainsi que le mur d'enceinte ont été positionnés dans la scène avec les détails
relevés sur place. Il en est de même pour une partie de l'hôpital militaire de KANOMBE,
notamment une cheminée qui est un repère visuel pour un des témoins. En ce qui concerne
l'aéroport nous avons modélisé, suivant nos relevés, l'ancienne tour de contrôle, la piste
d'atterrissage ainsi que le hangar à hélicoptère.
Afin de rendre plus réaliste la scène et pour éviter d'aller mesurer un avion similaire pour
créer une image de synthèse qui aurait engendré un coût important, nous avons acquis sur
Internet sur un site spécialisé l'image de synthèse en 3D de l'avion Falcon 50. Les
dimensions de ce modèle ont été contrôlées avant qu'il ne soit inséré dans la scène.
L'avion étant en phase d'atterrissage nous avons positionné ce modèle sur la droite inclinée
d'un angle de 3° et axée sur la piste d'atterrissage et l'avons animé d'une vitesse constante
de 61 m/s
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Afin de repérer dans la scène les lieux caractéristiques, nous avons indiqué avec une flèche
verticale leur position et leur nom : MASAKA" " LA FERME" " MAISON COMMUNALE", "
VILLA PRESIDENTIELLE", " HOPITAL MILITAIRE DE KANOMBE" " PISTE ILS 0" "
ANCIENNE TOUR DE CONTROLE" " L'AEROPORT"
Au fur et à mesure de l'avancement de l'expertise, la scène a été complétée et modifiée
pour prendre en compte les facteurs suivants :
- la trajectoire et la vitesse d'atterrissage de l'avion,
- les six positions possibles de départ de tir de missile.
Les six positions supposées du tir du missile étant définies, il était important pour la
modélisation de définir le point d’impact du missile sur l’avion.
Le missile étant un missile sol-air avec une tête à recherche infrarouge, nous avons défini en
premier lieu un barycentre correspondant aux points chauds des réacteurs comme indiqué
sur le croquis ci dessous.
DETERMINATION DU BARYCENTRE
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le missile est prévu pour dévier sa trajectoire à l’approche du point d’impact vers l’avant
tenant compte de la vitesse moyenne de la cible (voir Chapitre descriptif du missile).
Ainsi nous avons défini le point d’impact du missile à 3.00 m comme indiqué sur le croquis
ci-dessous.
En fonction des positions de départ précitées et du point d’impact du missile, les courbes
d'attaque des missiles par rapport à l'avion ont été crées en tenant compte de la vitesse du
missile et celle de l'avion.
Ces courbes, qui ne sont pas issues d’une formule mathématique, ont été crées à partir de
segments de droite en appliquant le principe suivant : pour la modélisation et afin de
simplifier le calcul nous avons considéré que l’avion avait une vitesse constante de 61 m/s et
que le missile se déplaçait également avec une vitesse constante de 400 m/ s.
Lorsque l’avion se déplace de 10 m, le missile parcourt 66.67 m en étant orienté sur l’avion.
Pour le tronçon suivant d’une longueur équivalente, il modifie sa trajectoire en s’orientant
sur l’avion qui s’est déplacé de 10 m et ainsi de suite.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le croquis ci dessous montre la construction de la trajectoire du missile.
Les déplacements de l’avion, des missiles partant des six positions supposées étant définis,
et afin d'avoir une vision la plus exhaustive possible de la scène, nous avons positionné :
• une caméra devant chaque missile
• une caméra derrière chaque missile avec au départ le tireur avec le viseur du lance
missile permettant de voir l'avion avec les points chauds,
8.6.2 Le logiciel exécutable sur DVD
A partir de la modélisation effectuée sous 3DS max, un fichier exécutable, qui présente les 6
positions supposées des tirs de missiles 1 à 6, a été crée.
Avant toute utilisation, le fichier stocké sur DVD devra être transféré sur le disque dur
d'un ordinateur PC fonctionnant 64 bits disposant d'une bonne carte graphique ( avec
une bibliothèque direct X10).
Nous exposons ci-après les principales fonctionnalités afin de pouvoir naviguer dans la
scène.
Lorsque l'exécutable est lancé, en double cliquant sur le fichier ***.exe, on arrive après
quelques secondes directement dans le viewer.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Dans la partie haute de la scène, on observe 5 onglets principaux qui sont, de la gauche
vers la droite :
Onglet Arrêt scène
Onglet Jour/Nuit
Onglet Contrôle Vitesse
Onglet Points de vues missiles
Onglets Points de vues témoins
Dans la partie basse de la scène, on observe 6 onglets rectangulaires sur lesquels sont
inscrits : position 1, position 2, position 3, position 4, position 5, position 6
1. Arrêt scène
Lorsque l'on clique sur cet onglet on stoppe l'exécution de la scène.
2. Jour /Nuit
Lorsque l'on clique sur cet onglet on passe en position nuit ou jour.
3. Contrôle vitesse
L'avion et les missiles ont des vitesses très différentes, en cliquant sur cet onglet,
quatre onglets apparaissent permettant de moduler la vitesse de la scène entière.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Lorsque les missiles ont commencé leur trajectoire, il est nécessaire de cliquer sur
l’onglet « vitesse d’atterrissage 1/100 » afin de visualiser les points d’impacts estimés
sur l’avion. La scène se déroulera suivant une vitesse 100 fois plus lente.
4. Points de vues missiles
Il a été crée plusieurs caméras :
• Caméra située côté droit de l'avion :
• pour la position 1 en rouge caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 1 en rouge caméra derrière le missile visant l'avion
• pour la position 2 en bleu clair caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 2 en bleu clair caméra derrière le missile visant l'avion
• pour la position 3 en jaune caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 3 en jaune caméra derrière le missile visant l'avion
• pour la position 4 en violet caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 4 en violet caméra derrière le missile visant l'avion
• pour la position 5 en bleu foncé caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 5 en bleu foncé caméra derrière le missile visant l'avion
• pour la position 6 en marron caméra devant le missile visant l'avion
• pour la position 6 en marron caméra derrière le missile visant l'avion.
- La position 1 correspond à l’intersection de deux chemins sur le site de
Kanombé,
- la position 2 correspond au cimetière de Kanombé,
- la position 3 correspond au pylône électrique supportant une ligne à haute
tension dans la plaine de Masaka à proximité de l’usine de Guttanit,
- la position 4 correspond au lieu dit « la ferme »,
- la position 5 correspond au bâtiment désigné «la porcherie » situé à proximité de
la villa présidentielle,
- la position 6 correspond à l’intersection de deux chemins situés en bas du
cimetière de Kanombé.
5. Points de vues témoins
Il a été crée 15 onglets qui définissent des positions fixes au sol :
• Témoins 1 à 12
• Villa présidentielle
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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• Colline de Ndera
• M et Mme PASUCH
Les points de vues ou caméra ont été positionnés conformément aux relevés effectués
sur site. Nous avons surélevé toutes les caméras de 1.65m par rapport au sol, simulant
ainsi la perception visuelle du témoin.


6. Positions 1 à 6
Les onglets positions 1 à 6 permettent de gérer les traces des missiles qui ont les
couleurs appropriées en fonction de leur départ.
Lorsque le missile est parti, il est possible, en cliquant sur l’onglet dédié, de faire
disparaître ou réapparaître la trace du missile, le missile et le texte indiquant la
position de départ.
Ceci peut être mis en oeuvre pour visualiser une trace uniquement.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
7. Lancement de la scène
Pour lancer la scène, il faut cliquer sur un des onglets "Vitesse". L'animation s'arrête
automatiquement peu avant l'impact sur l’avion. En effet, la vitesse du missile étant
très élevée, il n’était pas possible d’appréhender l’impact du missile sur l’avion sans
arrêter la scène.
Ensuite, il faut cliquer sur l’onglet vitesse */100 pour voir l’avion se déplacer
lentement et les missiles se rapprocher. La scène peut être stoppée à tout moment
en cliquant sur l’onglet « Arrêt scène».
Le (ou les) missile (s) peut (peuvent) être ainsi visualisé (s) à proximité de l'avion. A
l'issue de l'impact, l'avion explose et les débris tombent à proximité de la villa
présidentielle aux endroits constatés par les gendarmes belges, conformément aux
plans intégrés dans notre rapport.
8. Fin de l’animation
Lorsque l’animation est terminée, tous les onglets disparaissent et le texte suivant
apparaît « Cliquer sur Reload pour relancer la Scène ».
L’animation sera relancée depuis le début en cliquant sur le bouton « Reload « situé
en haut à gauche.
9. Orientation des caméras
Les caméras, ou points de vues, sont par défaut orientées sur l’avion qui se déplace.
Pour avoir plus de liberté dans la visualisation, il est possible de cliquer sur le bouton
« View » dans la barre d’outil puis sur le bouton « Free View ».
Le bouton « Free view » permet avec la souris de se déplacer librement dans toute la
scène et dans toutes les directions.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Le bouton « Objet view » force la caméra
à s’orienter sur l’avion qui est le point vue
prédéfini sauf pour le point de vue
"Pasuch" qui est fixe.
10. Déplacement dans la scène.
Il est possible de se déplacer manuellement avec la souris dans la scène.
Avant tout déplacement, il faut être en mode « Free view ».
La caméra s’oriente immédiatement comme la souris que l’on déplace.
Pour monter ou descendre, on utilisera les touches « Pg up « et pg down ».
La flèche « haut » du clavier permet d’avancer,
La flèche »bas « du clavier permet de reculer,
La flèche « gauche » du clavier permet de se déplacer vers la gauche tout en
regardant en face,
La flèche « droite » du clavier permet de se déplacer vers la droite tout en regardant
en face.
Afin d’avoir un déplacement plus rapide, il est possible de choisir sous le bouton
« Rapidity » une vitesse plus élevée.
De même pour une plus grande définition dans la représentation des objets, il est
possible de choisir sous le bouton « Quality » un chiffre plus élevé.
Le temps de calcul sera plus important et la scène sera moins fluide.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030



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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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8.7 Détermination de la zone de tir la plus probable
De la modélisation tridimensionnelle de la scène et pour chaque hypothèse de tir, nous
avons extrait les photographies montrant le missile en position d’impacter l’avion. L’écart de
temps avant la percussion est égal pour chaque position.
Comme nous l’avons indiqué précédemment, la trajectographie des missiles a été calculée
en considérant en fin de parcours un point de percussion à 3 mètres environ à l’avant des
réacteurs, soit 7 à 8 mètres devant la source chaude en sortie des réacteurs. Cette
démarche s’inscrit toujours dans l’axe de nos investigations, compte tenu des indices
matériels résultant de l’analyse des débris de l’appareil et de la formation de la boule de feu,
nous permettant de retenir que le missile a impacté la partie de l’aile gauche, le plus
probablement près du fuselage, comprenant le réservoir de carburant. Cet impact n’a pu se
faire que par le dessous, compte tenu des tirs venant du sol : missile sol-air. Tout impact sur
la tranche de l’aile (soit de face, soit de l’arrière) ne peut manifestement pas être retenu.
De quelle position de tir le missile pouvait-il percuter le dessous de cette aile ?
8.7.1 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
302
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position , le missile peut percuter le dessous de l’aile gauche comprenant
le réservoir de carburant.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.7.2 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
304
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position , le missile peut percuter le dessous de l’aile gauche comprenant
le réservoir de carburant.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.7.3 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
306
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position le missile vient impacter par le ¾ arrière le réacteur gauche du
fuselage, plus haut que le plan de l’aile.
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
8.7.4 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position le missile vient impacter par le ¾ arrière le réacteur gauche du
fuselage, plus haut que le plan de l’aile.
8.7.5 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position le missile vient impacter le dessous du fuselage en limite de
l’encastrement de l’aile gauche qui comprend le réservoir central.
8.7.6 Position de tir - voir photographies en annexe 4 et ci-après :
310
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Tiré de cette position le missile peut percuter le dessous de l‘aile gauche, à peu près
vers la moitié de son envergure, comprenant le réservoir de carburant.
8.7.7 Capacités opérationnelles du missile SA16 en matière d’accrochage et de probabilité
d’atteinte de la cible :
Positions de tir MASAKA et
Ces deux positions offrent l’avantage d’une bonne acquisition du rayonnement
infrarouge émis par les réacteurs. C’est la meilleure position de toutes celles que
nous avons étudiées. C’est effectivement par le ¾ arrière que l’émission du
rayonnement infrarouge est la meilleure, comme nous l’avons précédemment expliqué,
ce qui est connu depuis très longtemps dans le domaine de la guerre électronique,
visant à protéger les plateformes de combat par des leurres crédibles.
Les distances de l’avion au moment du tir, 2012 mètres pour la position de tir et
1608 mètres pour la position de tir entrent parfaitement dans le domaine
opérationnel de tir de ce système d’arme sol-air : SA16 ou équivalent. De ces positions,
l’acquisition visuelle pouvait être facilement réalisée, l’avion étant vu de loin. Le tireur
avait largement le temps de se préparer pour le tir : voir le tableau de séquence de tir
simplifié. C’est à partir de ces deux positions que la probabilité d’atteinte est la plus
élevée de toutes les positions de tirs étudiées.
312
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Par contre, de par la configuration des réacteurs de l’avion, la source chaude de la
cible se trouve plus haute que le plan de l’aile. L’autodirecteur dirige le missile vers le
point d’impact (barycentre) envisagé dans sa cellule de résolution, étant en amont mais
à la même hauteur que la source chaude. De ce fait, le missile ne peut pas impacter le
dessous le l’aile. Il ne peut que percuter le réacteur gauche ou celui de l’arrière. Or,
cela n’a pas été le cas, compte tenu de l’examen des débris montrant que les trois
réacteurs ont été épargnés par les effets de l’explosion du missile.
Positions de tir La Porcherie
L’angle d’attaque est frontal : pratiquement 0°. C’est la position la plus défavorable pour
accrocher la source chaude de l’avion : émissivité infrarouge insuffisante. Nous
pouvons même indiquer que l’accrochage ne peut pas être réalisé, interdisant ainsi le
tir. La distance missile-avion au moment du tir, de l’ordre de 671 mètres, est faible, en
limite sinon en deçà des capacités opérationnelles de cette génération de missiles. De
plus, aucun témoin placé à l’avant de l’approche de l’avion n’indique des tirs à
trajectoire verticale. C’est la plus mauvaise des positions de tir étudiées. Cette position
de tir est à exclure totalement.
Positions de tir camp de KANOMBE , et
En matière de rayonnement infrarouge « vu » par l’autodirecteur, l’accrochage de la
cible peut être plus difficile que pour les positions MASAKA. C’est surtout le cas
d’avions de combat à un seul réacteur installé dans l’axe de la cellule. Dans la
configuration du FALCON 50, la source chaude produite par les trois réacteurs est plus
haute et la surface du flux est nettement augmentée. L’énergie radiative n’est que
partiellement masquée par la cellule de l’avion. L’accrochage de cette source émissive
était possible depuis ces positions de tirs.
Les acquisitions visuelles de l’avion pouvaient se faire pendant un temps suffisamment
long pour que le tireur puisse engager la procédure de tir : voir le tableau séquence de
tir simplifié.
Les distances de l’avion au moment du tir, 956 m pour la position 944 m pour la
position et 1099 m pour la position entrent parfaitement dans le domaine
opérationnel de ce système d’arme sol-air.
La probabilité d’atteinte de l’avion est moins élevée que celle des configurations de tirs
MASAKA. Elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l’un d‘eux puisse
toucher l’avion.
313
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
Pour ces trois configurations, le missile impacte l’aile gauche par le dessous. Tiré
par l’avant de l’avion, le missile doit traverser le plan de l’aile avant d’atteindre le point
d’impact théorique (barycentre) envisagé dans sa cellule de résolution. Dans ces
conditions, c’est l’explosion du réservoir et la formation de la boule de feu, ce qui est
cohérent avec l’événement survenu constaté par les témoins.
8.7.8 Conclusion
Le faisceau de points de cohérence qui se dégage des études que nous avons conduites
nous permet de privilégier comme zone de tir la plus probable, le site de KANOMBE. Dans
cette zone s’inscrivent les positions et (la position ayant été écartée précédemment)
c’est-à-dire le cimetière actuel et le bas du cimetière, sur un espace compris entre les
façades arrière des trois maisons des ressortissants belges dont celle des époux PASUCH,
et le sommet de la colline surplombant la vallée de NYAGARONGO. Le fait que nous
privilégiions ces deux positions et ne signifie pas que les missiles n’ont pas pu être
techniquement mis en oeuvre dans un périmètre un peu plus étendu. Nous considérons
qu’une zone étendue vers l’Est et le Sud, de l’ordre d’une centaine de mètres voire plus,
sous réserve d’avoir un terrain dégagé vers l’axe d’approche de l’avion, peut être prise en
compte.
Ces points de cohérence sont :
- le missile peut percuter le dessous de l’aile gauche pour exploser dans la partie
correspondante du réservoir de kérosène, justifiant ainsi et c’est la seule condition, les
endommagements mécaniques et thermiques importants constatés sur cette aile et la
formation de la boule de feu qui a accompagné l’avion dans sa chute,
- l’acquisition visuelle de l’avion possible pendant un temps suffisamment long pour que le
tireur puisse engager la procédure de tir, aboutissant à l’accrochage de la source chaude
de la cible (possible par l’énergie radiative de surface élevée), nécessité incontournable
pour déclencher le tir,
- les distances de l’avion au moment de l’accrochage et du tir entrent parfaitement dans le
domaine opérationnel du système d’arme sol-air retenu,
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Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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- le bruit du départ des missiles est entendu distinctement avant la vision de
l’explosion de l’avion, ce qui a pu permettre à tout témoin dans la maison PASUCH de
voir nettement les trajectoires de ces projectiles se déplaçant à très grande vitesse vers
le côté gauche de l’avion, pendant 3 à 3,5 s environ, c’est-à-dire pendant presque tout le
temps de parcours desdits missiles.
Quant aux deux sites de tir de MASAKA, positions et nous avons été conduits à les
écarter en raison des incohérences suivantes :
- le missile ne peut pas venir percuter le dessous de l’aile gauche. Par cette attaque par le
¾ arrière, il pouvait aboutir dans le réacteur gauche, au-dessus du plan de cette aile,
c’est-à-dire en dehors du réservoir de carburant. L’explosion du missile aurait détruit le
réacteur et percé éventuellement une partie du fuselage. Le kérosène du réservoir
n’aurait pas explosé, formant ladite boule de feu,
- les bruits du départ des missiles ne pouvaient pas être entendus distinctement compte
tenu de l’éloignement de ces positions vis-à-vis du témoin de référence. En outre, le bruit
de ces tirs ne pouvait être entendu par tout témoin dans la maison de référence
PASUCH qu’après la perception visuelle de l’explosion de l’avion : 0,45 s pour la
position et 1,50 s pour la position et non auparavant, comme dans les
configurations de tirs de KANOMBE. En conséquence, les trajectoires des missiles n’ont
pas pu être aperçues à la suite de l’information sonore donnée par lesdits missiles,
- les trajectoires des missiles ne peuvent pas être aperçues distinctement compte tenu de
l’éloignement. De plus, le lieu de ces tirs est masqué par le sommet de la colline, étant
plus bas de 100 mètres environ, empêchant de voir le premier tiers environ de la
trajectoire des missiles.
De la zone de tir que nous privilégions, il y avait deux tireurs, pouvant être distants de
quelques mètres, voire d’une vingtaine de mètres. Des assistants, ou servants, pouvaient
être associés à ces tireurs.
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9. CONCLUSION
Le 6 avril 1994, vers 20h30, le FALCON 50 transportant le président du RWANDA, le
président du BURUNDI, leurs accompagnateurs et l’équipage, est abattu lors de son
approche en piste 28 de l’aéroport de KIGALI.
La démarche que nous avons retenue pour cette expertise a été la suivante :
- étudier les pièces de la procédure qui nous ont été communiquées,
- se transporter au RWANDA, accompagnant les magistrats instructeurs pour :
. prendre connaissance de l’environnement, de la géographie des lieux, des spécificités
du relief, de l’aéroport, de la piste d’atterrissage et de la trajectoire d’approche des
avions,
. examiner les débris restants de l’épave de l’avion et en tirer des enseignements,
. positionner ces débris peu après le crash pour localiser la position de l’avion au moment
de l’impact du missile,
. examiner les lieux de tirs possibles cités par des témoins, conformément à la mission,
. réaliser des relevés topographiques des différentes scènes d’investigations,
. relever les positions et des coordonnées des témoins entendus par les magistrats
instructeurs,
. apprécier l’instant où l’avion en phase d’approche peut être visuellement repéré la nuit
et évaluer le temps d’acquisition et le délai dont dispose le tireur pour une mise à feu et
ce, pour chaque position de tir possible,
- procéder à toute étude des projectiles tirés pour établir leurs performances
opérationnelles en matière de détection infrarouge et dans le domaine balistique,
- analyser les perceptions des témoignages pouvant avoir un lien avec les événements
visuels et sonores constatés,
- s’appuyer sur l’étude acoustique conduite par l’expert acousticien, dont le rapport est
annexé au nôtre,
- établir une modélisation tridimensionnelle de la scène des événements,
pour répondre aux points de la mission qui suivent :
1. La trajectoire d’approche de l’avion lors de sa phase d’atterrissage sur l’aéroport
de KIGALI au moment de l’attentat (prévoir des essais sur un simulateur FALCON
50)
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C2
6. Les conséquences du ou des tirs sur l’avion (changement de trajectoire
involontaire dû au tir ou d’évitement, dislocation en vol ou lors de l’impact au sol)
La trajectoire d’approche du Falcon 50 sur l’aéroport de Kigali au moment de l’attentat
est décrite au paragraphe 8.2.3.
Il s’agit de la trajectoire d’approche habituelle lors d’une arrivée aux instruments sur l’ILS
de la piste 28. Cela nous est confirmé par la transcription de la bande sonore des
communications radio avec la tour de contrôle, lorsque l’avion annonce sa position, elle
correspond à cette approche habituelle.
Ce n’était pas la seule trajectoire envisageable, car les pilotes avaient dans des
correspondances reproduites au paragraphe 8.2.3.1, envisagé d’autres trajectoires leur
permettant une moindre vulnérabilité. Nous avons étudié au simulateur ces trajectoires
alternatives. Cependant, peut-être en raison de la présence d’un autre avion dans le
circuit, et en tout état de cause parce que cette trajectoire directe était la plus courte
compte tenu de la provenance de l’avion, c’est cette trajectoire qui a été adoptée.
Une altération de trajectoire a pu être effectuée par les pilotes s’ils ont aperçu le premier
tir, celui qui a manqué son but. Il est dans la logique d’un pilote militaire de dévier
latéralement sa trajectoire et éventuellement effectuer un changement brusque d’altitude.
Pour ce qui est du second tir, nous avons conclu que l’avion a été touché par la gauche,
il est donc normal que la trajectoire de l’avion ou du moins ce qu’il en restait ait été
déviée vers la gauche, ce qui explique que les débris aient été trouvés à gauche de la
trajectoire d’approche de l’avion. Les conséquences « physiques » sur les pièces que
nous avons examinées sont développées au paragraphe 6.4 « Examen et identification
des débris », il semble évident que le réservoir de l’aile gauche ait explosé, provoquant
un éclatement des rivets – que nous avons constaté – symptomatique d’une explosion de
réservoir.
2. La position et l’altitude de l’avion lors de son atterrissage sur l’aéroport de KIGALI
au moment des faits
7. L’angle d’impact de l’avion ou des principales pièces de l’avion au sol, ainsi que le
périmètre de dispersion des débris de l’appareil ou des corps
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C3
Connaître la position de l’avion, en phase d’approche, au moment de l’impact du missile
a été un objectif prioritaire avant de pouvoir déterminer le lieu de tir le plus probable
des missiles. Au moment où l’avion a été touché, sa vitesse était de l’ordre de 61 m/s, sa
trajectoire d’approche en légère pente descendante de 3°.
Des pièces de la procédure, il ressort avec évidence que deux projectiles se déplaçant à
très grande vitesse ont été tirés en direction de l’avion, le premier manquant sa cible, le
second le percutant sur son flanc gauche, provoquant son explosion.
Les coordonnées de la position de l’avion lors de l’impact du missile ont été établies :
X = 186070 m
Y = 9781387 m
Z = 1646 m.
L’avion présidentiel a donc été impacté par le missile à une altitude de 1646 mètres que
nous considérons comme une valeur nominale, à laquelle il faut accorder un intervalle de
tolérance sur sa trajectoire d’approche de ± 40 mètres.
Compte tenu des grandes dimensions de la scène, cet écart n’a pas été significatif ou du
moins pas suffisant pour modifier en quoi que ce soit notre méthodologie consistant à
rechercher le lieu de tir des missiles.
L’approche par le calcul et par la méthode géométrique pour évaluer le point d’impact du
missile sur l’avion, donne des valeurs cohérentes. L’avion a parcouru une distance
horizontale de l’ordre de 400 m, avant de s’écraser au sol, éparpillant des débris sur une
longueur de 145 mètres et une largeur de 20 m environ. Il a heurté le sol suivant un
angle de 31° environ. Avec cet angle d’incidence, il est logique que l’avion ait ricoché,
perdant des débris au fur et à mesure de son parcours. Sa trajectoire de chute se trouve
sur la gauche de son axe d’approche de piste. Il a dévié de cet axe d’approche d’un
angle de 14° environ.
Le point d’impact sur l’avion se situe à 236 mètres au-dessus de l’altitude du lieu du
crash : Z = 1410 m.
Compte tenu de la faible dispersion des débris, nous avons exclu une désintégration
totale de l’avion en vol, mais son intégrité a été très altérée par l’explosion du missile et
celle des vapeurs de kérosène, phénomène repris par la suite dans cette conclusion.
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C4
Le temps de chute de l’avion a été de 7 sec. environ, sa vitesse verticale (composante
verticale) à l’impact étant de l’ordre de 68 m/s.
L’impact du missile sur l’avion se situe à une distance de 3150 m de la réf. ILS. Le lieu
du crash a été positionné, ramené sur la trajectoire d’approche de l’avion, à 2760 m de
cette référence.
3. Les projectiles utilisés pour atteindre l’avion
De l’étude exhaustive qui a été conduite, portant sur 53 systèmes d’armes anti-aériens,
nous en avons déduit que les projectiles utilisés étaient des missiles sol-air portables et
tirés à l’épaule. Le système d’arme le plus susceptible d’avoir été mis en oeuvre serait le
missile SA16.
Ce système d’arme de deuxième génération, dit Igla, a été développé dans les années
1970-1980 au profit de l’armée soviétique. Le système Igla a été conçu pour procurer aux
troupes terrestres, qu’elles soient à l’arrêt ou en mouvement, un moyen de se défendre
contre des attaques aériennes survenant de manière inopinée.
Il a résulté de cette exigence une conception de ce système d’arme qui se caractérise
par un encombrement réduit et une grande simplicité de mise en oeuvre, nécessitant
néanmoins une formation et un entraînement appropriés. Ce système fait partie des
systèmes d’armes très courtes portées en service opérationnel. Il est utilisable contre les
avions de combat évoluant à grande vitesse, ainsi que contre les hélicoptères évoluant à
basse altitude.
Ce concept d’emploi peut toutefois être détourné pour employer ce système d’arme dans
des actions d’agression contre tout type d’aéronef passant à basse ou très basse
altitude. Le missile de ce système est attiré par toute source de chaleur élevée rayonnant
dans des bandes spectrales de l’infrarouge proche et/ou moyen, émise par les réacteurs
des avions de combat, de lignes commerciales et les moteurs des hélicoptères. En fait,
toute source de chaleur émise par une plateforme aérienne évoluant à grande et faible
vitesse est susceptible d’être atteinte par ces types de missiles avec un coefficient de
réussite élevé.
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C5
Ce système d’arme est constitué :
- d’un tube de tir ou de lancement,
- d’un missile (logé dans son tube de tir),
- d’une crosse ou poignée de tir,
- d’un dispositif ensemble pile refroidisseur (EPR).
Le tube de tir mesure 1,7 m de long. La masse du tube de tir au stade opérationnel,
c’est-à-dire équipé du missile, de la poignée de tir et de l’EPR, est de l’ordre de 17 kg.
Le missile SA16 d’une longueur totale de 1670 mm, d’un calibre de 70 mm environ et
d’une masse d’environ 10,800 kg est constitué de l’avant vers l’arrière des éléments
suivants :
- un autodirecteur à guidage infrarouge,
- un tronçon pilote et génération électrique pour le pilotage du missile,
- un tronçon charge militaire et le dispositif de sécurité et d’armement (DSA),
- un propulseur principal,
- un éjecteur.
La propulsion du missile est assurée par l’intermédiaire de deux propulseurs à propergol
solide. Le premier propulseur, nommé éjecteur, situé à l’arrière du missile, est destiné à
assurer l’éjection de ce missile hors du tube de lancement, en lui imprimant un roulis de
stabilisation de trajectoire. Le second, le propulseur principal comprenant une phase
d’accélération et une phase de croisière, assure la propulsion du missile durant sa
mission.
Ce missile SA16 est équipé d’un autodirecteur passif à guidage infrarouge monobande,
bande 2, comprise entre 3,8 et 5,0 μm. C’est par cette « fenêtre atmosphérique » que le
missile détecte le rayonnement thermique émis par la cible. L’autodirecteur a une
fonction de détection et d’accrochage ou de capture de la cible. Son but est l’accrochage
et la poursuite de sources de chaleur rayonnées par des réacteurs d’avions de combat,
civils et de moteurs thermiques d’hélicoptère.
La portée de ce missile est de 5000 m maximum. La tranche de distance nominale
opérationnelle est comprise entre 1000 et 3000 mètres. Sa vitesse maximum est de
l’ordre de 550 à 570 m/s.
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C6
Lorsqu’une cible a été détectée, le tireur procède aux opérations d’identification visuelle
de la cible, d’évaluation de la menace, d’orientation de l’arme dans la direction de la
cible.
Le choix de l’instant d’activation de l’EPR est une des clés de la réussite d’un tir.
En effet, l’EPR ne doit pas être activé trop tôt, sous peine de le voir s’épuiser avant que
la cible parvienne à portée de tir (l’EPR fonctionne pendant 60 s maximum à partir de son
activation) ou trop tard, sous peine que la cible ne sorte du domaine ou de la fenêtre de
tir avant que l’autodirecteur ne soit correctement refroidi par le gaz issu de l’EPR. Il
convient de considérer que l’EPR est réellement opérationnel pendant 50 s. Dépasser ce
délai, c’est réduire considérablement l’efficacité de la mission.
Le processus du tir est étroitement lié à la durée de vie de ce dispositif vital. Ce
processus peut se décomposer de la façon suivante :
- alimentation en puissance électrique de la poignée-crosse de tir et du missile : 1 à
1,3 s,
- temps minimum requis par le système pour engager la cible : 12 s
- temps maximum dont dispose le tireur pour appuyer sur la détente
(liberté d’action) : 30 sec. C’est le temps nécessaire à l’acquisition visuelle et à
l’autorisation de tir délivrée par le signal sonore, révélateur de l’accrochage de
l’autodirecteur à guidage infrarouge sur la cible,
- fin d’activité de l’EPR : 50 s, 60 s maximum.
Le tireur oriente ensuite son arme de manière à apercevoir la cible à travers le système
de visée fixé sur le tube de tir. L’accrochage de la cible par l’autodirecteur est signalé au
tireur par :
- l’allumage fixe d’un voyant,
- l’audition d’un signal sonore modulé dans le haut-parleur de la poignée.
La perception de ces deux signaux garantit au tireur que le missile voit la cible et qu’il est
en mesure de se diriger vers celle-ci.
Une fois tiré, le missile se dirige automatiquement vers sa cible, guidé par le
rayonnement infrarouge émis par celle-ci. Sa poursuite sur la cible obéit aux principes de
la navigation proportionnelle.
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C7
Une fois lancé par son éjecteur, son propulseur d’accélération est mise à feu. Aux
alentours d’une vitesse de 400 m/s, la phase de croisière prend le relais.
Le type de propergol très performant utilisé produit, la nuit, une traînée lumineuse dans le
ciel, visible de nuit uniquement, qui a été vue en toute logique par de nombreux témoins.
Les trajectoires de chaque projectile ont été concrétisées par une traînée lumineuse qui
est la caractéristique d’un propulseur de missile sol-air. Les gaz de combustion du
propergol solide, portés à très haute température, sortant à très grande vitesse par la
tuyère du propulseur, produisent une lueur rouge-orangé. Elle constitue un traceur de
trajectoire très caractéristique des missiles SA16 (et SA18 également).
La tête de ce missile comprend une charge explosive très performante. Cette tête est
constituée d’une enveloppe en acier préfragmentée, pour générer de nombreux petits
éclats calibrés, chargée d’un explosif militaire qui est constitué d’octogène.
Cette substance possède la plus grande vitesse de détonation de tous les explosifs
utilisés, pouvant atteindre 9100 m/s à sa densité maximale de chargement. Cette vitesse
est considérable, ce qui permet de qualifier cet explosif de très brisant. La masse totale
d’explosif (charge principale et charge secondaire) de la tête de ce missile est de l’ordre
de 400 g. Le fond avant de cette enveloppe est légèrement hémisphérique. Cette forme a
la particularité de pouvoir former un effet de charge creuse, intensifiant l’énergie
destructrice dans l’axe de l’impact.
Le pouvoir vulnérant d’une telle tête est considérable et destructeur. A ce potentiel
explosif peut s’ajouter la mise en détonation du reste de propergol solide du propulseur
en phase de poussée (phase de croisière).
Dans les cas de tirs que nous avons envisagés, en fonction de la distance parcourue par
le missile pour chacune des six hypothèses étudiées (point 8 de la conclusion), il restait
encore une masse importante de propergol au moment de l’impact sur l’avion. Ce qui a
accentué les effets destructeurs de l’explosion.
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C8
Ce type de missile est doté d’une fonction d’autodestruction au bout d’une quinzaine de
secondes.
Recherchant l’endroit où le missile a pu percuter l’avion, l’examen des débris de l’épave,
réalisé lors de notre déplacement au RWANDA, nous a apporté des informations
instructives :
- les trois moteurs à réaction de l’avion n’ont pas été déformés par les effets de
l’explosion du missile. Les endommagements mécaniques sont dus aux chocs subis
lors du contact brutal de l’avion avec le sol. Ils ne comportent pas d’orifice traversant
venant d’éclats produits par l’explosion de la tête du missile fonctionnant à proximité
de la cible. Ces trois réacteurs n’ont donc pas été sollicités, de près ou de loin, par
l’explosion de la charge explosive du missile,
- l’empennage, le tronçon fuselage arrière et le cône de queue, n’ont également pas
été déformés par l’explosion de la charge explosive du missile. Aucun orifice, causé
par un (ou plusieurs) éclat (s) de la charge explosive, n’a été identifié. Des orifices
causés par des munitions d’armes de petits calibres ont été observés, résultant de
tirs réalisés après le crash de l’avion. Les déformations mécaniques relevées, dont
de nombreux arrachements, sont uniquement dues aux chocs survenus lors de
l’impact de l’avion sur le sol,
- les ailes :
. l’aile gauche est nettement plus endommagée que celle de droite : métal tordu et
déchiqueté par endroits. Une grande partie a disparu, ne pouvant être que la
conséquence d’une explosion. Certains morceaux ont été soumis à un flux
thermique très élevé qui a brûlé la peinture. L’éclatement de la ligne des rivets est
typique d’une explosion interne de réservoir d’aile. Il manque la portion de l’aile et
du réservoir qui étaient raccordées au fuselage,
. l’aile droite ne présente aucune trace de calcination : la peinture n’a pas brûlé. Par
contre, il en manque une petite partie, elle a été fracturée par arrachement à
l’aplomb du puits de train,
. pour ces deux ailes, aucun orifice lié à une projection d’éclats de la tête du missile
n’a été relevé.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C9
C’est le second missile tiré qui a percuté l’avion. Tous les témoins qui ont été
spectateurs de la scène ont fait état d’une explosion de l’avion dès l’impact du missile,
accompagnée d’une boule de feu. Nous avons recherché dans quelles conditions et
pour quelles raisons cette boule de feu s’était produite dès l’explosion de l’avion.
En phase d’atterrissage, les réservoirs du FALCON 50 contenaient environ 3000 litres de
kérosène.
Ce phénomène de boule de feu s’est produit suivant le processus résumé ci-après :
- la détonation très brisante de l’explosif (octogène) de la munition rompt brutalement
le confinement du réservoir de kérosène,
- de manière quasi instantanée, l’importante quantité de chaleur dégagée par la
détonation vaporise une masse élevée de combustible liquide,
- la phase gazeuse se mêle à l’air et s’enflamme spontanément puisque la température
du mélange est supérieure au point d’auto-inflammation du combustible. C’est
l’explosion de l’aérosol,
- la réaction de combustion du kérosène est extrêmement rapide puisque la plus
grande partie du combustible est sous forme de vapeur et d’aérosol : le panache de
flammes est d’autant plus étendu si l’avion se déplace encore, le processus étant
alimenté par le renouvellement constant de l’oxygène de l’air.
Sur les bases fondamentales des aspects de la détonique, des énergies mises en jeu par
les explosifs et les réactions explosives des vapeurs de kérosène, l’explosion du
réservoir de carburant du Falcon 50, n’a pu se produire que sous l’influence du
pouvoir d’amorçage de la détonation de la tête du missile pénétrant dans ledit
réservoir, côté aile gauche. L’amorçage du kérosène et de ses vapeurs a été très élevé
et brutal.
Ce pouvoir d’amorçage est attribuable à la mise en détonation de cet explosif militaire et
du reste du propergol du propulseur principal qui se trouvait en phase de poussée au
moment de l’impact.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C10
Il a fallu que l’enceinte de ce réservoir, que ce soit le milieu gazeux ou le kérosène luimême,
soit concernée directement par l’onde de détonation extrêmement puissante du
type d’explosif mis en oeuvre, même si la charge par elle-même n’est pas trop élevée :
400 g environ. C’est ainsi qu’en matière d’énergie initiatrice de la formation de la boule
de feu et des données objectives résultant de nos constatations, nous sommes conduits
à exclure :
. la projection d’un (ou de plusieurs) éclat (s) métallique (s) venant de l’explosion de la
tête du missile fonctionnant à proximité de l’avion ou à l’intérieur de la cellule,
. l’explosion de la tête du missile en dehors du réservoir, en deçà d’une distance où
l’enceinte du réservoir était susceptible de ne pas pouvoir éclater sous l’influence de la
détonation de la charge explosive, distance que nous pouvons évaluer à 2 mètres
environ.
Des points de cohérence qui résultent de l’examen des débris de l’épave et du
mécanisme explosif générant la boule de feu, le missile a percuté l’aile gauche de
l’avion.
En conséquence :
- ce missile explosant dans cette partie de l’aile gauche, probablement la plus proche
du fuselage comprenant son réservoir, la cellule de l’avion a pu être déformée en
éclatant partiellement et être ainsi désorganisée,
- la puissance du phénomène explosif de la tête du missile, conjuguée à cette réaction
explosive au bilan thermique élevé (boule de feu), a nettement altéré son intégrité, ce
qui a entraîné sa chute.
4. Le mode opératoire qui aurait dû normalement être utilisé, en considérant des
caractéristiques de l’avion (décrire celles-ci), pour optimiser les chances de
l’abattre avec les projectiles utilisés :
Est-ce que la source chaude produite par l’avion était suffisamment émissive pour qu’elle
soit détectée par l’autodirecteur du missile ?
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Les missiles sol-air sont à guidage infrarouge. Le missile de type SA16 que nous avons
retenu, ou d’un équivalent de deuxième génération, possède un autodirecteur avec une
fenêtre bande 2, c’est-à-dire un intervalle spectral compris entre 3,8 et 5,0 μm. Sa fenêtre
est ouverte dans celle de l’atmosphère où le pourcentage de transmission ne constitue
pas un écran absorbant le rayonnement infrarouge.
Sa « vision infrarouge » est aussi liée à son optique qui présente le plus souvent une
surface plus étroite que les bornes de l’ouverture atmosphérique. Le rayonnement
infrarouge reçu sera proportionnel à la surface de l’optique qui est variable en fonction de
la qualité de fabrication de ses composants.
Des précisions ont été apportées sur les domaines de la physique de l’atmosphère
concernant l’émission et la détection du rayonnement infrarouge qui ont un rôle
primordial dans le comportement du type de missile que nous avons retenu.
Le rayonnement infrarouge est une particularité des diverses formes de l’énergie que
nous rencontrons sur terre.
Le rayonnement infrarouge est une énergie radiative, la plus connue nous parvenant du
soleil. Le transfert radiatif possède la particularité de pouvoir s’effectuer sans support
matériel.
Le rayonnement infrarouge est donc une propagation d’énergie sans support
matériel sous forme d’ondes électromagnétiques caractérisées par leur fréquence et
leur longueur d’onde.
Les rayons infrarouges sont émis par les corps chauds. Il convient d’éviter toute
confusion entre la luminance énergétique (émissivité) produite par le corps chaud et ce
qui est vu ou reçu par un détecteur dans le domaine de la longueur d’onde de l’infrarouge
concernée compte tenu de l’absorption du rayonnement par l’atmosphère (transmission
atmosphérique).
L’atmosphère est un élément perturbateur car elle n’est pas transparente dans toutes les
longueurs d’ondes du domaine infrarouge. La propagation du rayonnement infrarouge
est donc étroitement liée à la physique de l’atmosphère.
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C12
Le soir du 6 avril 1994 vers 20h30, la nuit était calme et bien établie. L’obscurité était
totale. Il n’y avait pas de brume, ni de brouillard, ni de pluie. Vu du sol par le missile,
le ciel, c’est-à-dire le fond thermique, était homogène et pas émissif.
A ce moment là, l’atmosphère locale possédait une bonne transparence pour que, d’une
manière indiscutable, l’accrochage de la source chaude émise par l’avion en phase
d’approche puisse se réaliser.
Le rayonnement infrarouge émis par cette cible pouvait être « vu » par le missile SA16
que ce soit à 1000, 2000 ou 3000 mètres, du fait de la bonne transparence
atmosphérique.
Les réacteurs des avions sont connus pour émettre un rayonnement thermique visible
dans l’infrarouge. Bien évidemment, la puissance du rayonnement infrarouge est fonction
de la nature des réacteurs ou des moteurs thermiques utilisés par les aéronefs et de la
visibilité (dans le domaine de l’infrarouge) de la source. La température produite par les
réacteurs est élevée.
Il faut préciser que la source infrarouge émise est plus ou moins perceptible par le
missile en fonction de sa position de tir vis-à-vis de la trajectoire de l’avion. Ceci induit
des emplacements d’attaque plus favorables que d’autres.
Pour le Falcon 50, les trois réacteurs placés à l‘arrière du fuselage, dont deux latéraux et
un central placé sur le cône de queue, ont une source émettrice rayonnant suivant un
angle solide plus élevé que dans le cas d’un seul réacteur. La distribution spatiale est
meilleure. Le flux rayonné suivant cet angle solide d’envergure importante (par
comparaison avec un seul réacteur) a la possibilité d’être plus facilement perçu à 45° par
l’avant. Si la valeur absolue de la puissance émise par le réacteur d’un Falcon 50 est
plus faible que celle du moteur d’un avion de combat ou d’un Boeing 707, la surface
émettrice est plus élevée. La détection du flux rayonné à 45° par l’avant en sera facilitée.
A cet égard, le Falcon 50 est relativement discret en matière de puissance infrarouge
émise mais il ne l’est pas au niveau de la surface émissive de sa source chaude produite
par les trois réacteurs, offrant une très bonne distribution spatiale. L’angle solide émissif
est plus élevé, ce qui augmente proportionnellement le flux rayonné.
Pour conclure, le rayonnement infrarouge émis par les trois réacteurs de cet avion
pouvait être détecté par l’autodirecteur d’un missile SA16 (c’est l’accrochage de la
cible), que ce dernier soit positionné à 45° par l’avant, par le travers (90°), par l’arrière
(135°) ou à 180°, jusqu’à une distance de 3000 m voire plus.
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C13
Bien entendu, à une distance de 1000 m, le rayonnement émis ne pouvait être que mieux
détecté. Par un tir par l’avant, le rayonnement thermique des réacteurs est masqué en
grande partie, ce qui permet d’éliminer cette éventualité.
Sur site, nous avons constaté que l’avion en approche était visible par ses feux de
navigation, avant d’entendre le bruit de ses réacteurs : 1,30 mn avant son passage à
notre niveau, 2,30 mn maximum. Nous avons précisé que le temps de 1,30 mn était
largement suffisant pour que les tireurs se mettent en position pour engager la procédure
de tir.
L’autre méthode d’identification en approche suppose que les tireurs soient informés de
l’heure approximative à laquelle l’avion allait se présenter en approche d’atterrissage.
L’utilisation d’artifices éclairants, pour éclairer le paysage, n’était pas nécessaire dans le
cas de la mise en oeuvre de ces missiles. Au contraire, l’emploi de tels artifices va à
l’encontre de la discrétion, ce qui est demandé au commando qui commet un tel attentat.
Il est fortement déconseillé car le tir de ces artifices éclairants aurait révélé la position
des tireurs. De plus, ces artifices éclairants étaient, éventuellement suivant leur position
dans l’espace vis-à-vis du lieu de tir et de l’avion, de nature à perturber l’autodirecteur du
missile.
La mise en oeuvre de ce matériel sol-air nécessite une préparation et un entraînement
sérieux. Ce n’est pas un « amateur » ou un néophyte qui peut utiliser correctement ces
missiles. Comme nous l’avons précédemment indiqué, 70 tirs d’entraînement, soit 50 à
60 heures, sont nécessaires pour une bonne compréhension du système d’arme afin de
devenir un tireur opérationnel.
Le soir du 6 avril 1994, à 20h30, les conditions atmosphériques à KIGALI étaient
propices pour atteindre le résultat escompté. Le fond thermique était homogène, la
source chaude de la cible se démarquant indiscutablement pour qu’elle puisse être
accrochée ou capturée par l’autodirecteur du missile. Une fourchette de tir entre 1000 et
3000 mètres représente le domaine opérationnel optimal. C’est le cas de notre scène, ce
qui ressort des positions de tirs étudiées.
L’avion en approche, eu égard aux positions de tirs envisagées et compte tenu des
conditions climatiques, était plus vulnérable qu’au décollage. En effet, le décollage ayant
lieu le matin des faits, les conditions météorologiques n’étaient vraisemblablement pas
les mêmes que lors de cette soirée : présence de nappes de brouillard, ou du soleil
levant éventuellement.
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C14
L’émission du rayonnement thermique de la source aurait été partiellement absorbée par
cette mauvaise transparence atmosphérique, sinon totalement, rendant inopérante
l’utilisation des missiles, c’est-à-dire mettant en échec l’attentat.
5. Le mode opératoire qui a effectivement été utilisé pour abattre l’avion
L’étude exhaustive des systèmes d’armes antiaériens nous a permis de retenir avec une
très forte probabilité l’utilisation de missiles sol-air SA16. Les traces lumineuses
caractéristiques de ce type de missile, aperçues par les témoins, sont des paramètres
confortant le choix de ce matériel.
L’interdiction de survol du CND n’était pas indispensable pour réaliser cet attentat. Le
mode opératoire consistant à utiliser ces missiles sol-air au pouvoir offensif élevé et
performant sur le plan opérationnel, ne pouvait que conduire à la réussite de cette
opération avec une probabilité élevée. Les sites de tirs étudiés, en fonction de la mission
d’expertise, étaient globalement bien placés pour cette entreprise, c’est-à-dire avoir un
champ de vision suffisamment dégagé pour se préparer et être prêt à tirer.
8. Les lieux possibles des tirs et les lieux qui peuvent au contraire être exclus
Compte tenu de nos investigations menées au RWANDA et des pièces de la procédure,
nous avons eu comme démarche d’étudier six positions de tirs situées dans deux zones
éloignées, avec pour objectif d’établir quelle serait la plus probable. Ces six hypothèses
de tirs sont :
1 KANOMBE : intersection des chemins à proximité des maisons individuelles, dont
celle de M. et Mme PASUCH
2 KANOMBE : cimetière
3 MASAKA : le pylône, à proximité de l’entreprise GUTTANIT
4 MASAKA : la Ferme, à côté du point d’eau
5 La PORCHERIE : près de la résidence présidentielle
6 KANOMBE : en bas du cimetière.
Ces sites de tir sont positionnés sur le plan général de la scène, intitulé « Positions
simulations 6 tirs missiles » référencé » Topo pièce n° 14, joint en annexe 1 et ci-après :
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C15
Les événements sonores et/ou visuels perçus pour tout témoin se trouvant dans la maison
de référence PASUCH ou à proximité, ont été reproduits en résumé sur le tableau ci-après :
Positions
des tirs
Durée
trajectoire
missile/avion
Propagation
du son entre
explosion,
avion et
témoin (*)
Dt : bruit
départ missile
entendu par le
témoin (*)
Dt : bruit départ
missile et bruit
explosion avion
perçus par le
témoin (*)
Dt : départ missile
et bruit explosion
avion entendu par
le témoin (*)
Dt : bruit départ
missile et
vision de
l’explosion
avion par le
témoin (*)
3,50 3 0,23 6,27 6,50 3,27
3,50 3 0,60 5,90 6,50 2,90
5,50 3 6,35 2,15 8,50 - 0,45
6,50 3 8,00 1,50 9,50 - 1,50
2,50 3 2,40 3,00 5,40 0
3,80 3 0,34 6,46 6,80 3,46
Temps en secondes
(*) référence : tout témoin dans la maison PASUCH
Nous déduisons des études conduites, en considérant toujours le missile (second tir) qui a
impacté l’avion :
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C16
Les enseignements tirés des perceptions visuelles et sonores :
Zone de KANOMBE : positions et
De la maison PASUCH, tout témoin a pu percevoir le missile :
- 6,27 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position
- 5,90 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position ,
- 6,46 s avant d’entendre le bruit de l’explosion de l’avion dans le cas de la position
Par contre, l’explosion de l’avion a pu être vue par le témoin, toujours avant l’arrivée
de l’onde acoustique liée au départ du missile, soit :
- 3,27 s pour la position
- 2,90 s pour la position ,
- 3,46 s pour la position
Tout témoin placé dans le quartier dit PASUCH pouvait entendre distinctement, d’après
l’étude acoustique, le bruit bien spécifique produit par le départ du missile et ce, très peu
de temps après son départ , soit :
- 0,23 s pour la position
- 0,60 s pour la position ,
- 0,34 s pour la position
- pour ces configurations et le bruit du départ du missile parvient au
témoin bien avant celui du bruit produit par l’explosion de l’avion. L’écart de temps
résultant de ces deux informations, proche de 6 s, permet d’éviter toute
confusion,
Zone de MASAKA : positions et
- pour les positions de tirs MASAKA et , tout témoin placé dans le quartier dit
PASUCH pouvait entendre, sous réserve que le niveau sonore perçu soit
suffisamment élevé et distinct du bruit de fond (voir l’étude acoustique), l’effet sonore
produit par le tir du missile :
- 6,35 s après son départ de la position ,
- 8 s après son départ de la position .
Le bruit d’explosion de l‘avion est parvenu à ce témoin :
- 8,50 s après le départ du missile de la position ,
- 9,50 s après le départ du missile de la position .
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C17
Ces derniers événements sonores peuvent être considérés comme très proches avec
l’arrivée des bruits produits par les tirs des missiles. Pour ces positions et ces écarts
de temps sont respectivement 2,15 s et 1,50 s,
L’étude conduite par l’expert acousticien JP. SERRE tend à démontrer que le niveau de
la puissance sonore d’un propulseur de missile tiré de MASAKA pouvait être
éventuellement perçu, mais pas distinctement, pour tout témoin se trouvant en champ
libre dans le quartier PASUCH. A l’intérieur d’une habitation, les murs ont pu constituer
un écran induisant une atténuation acoustique. De ce fait, eu égard à la position relative
du témoin vis-à-vis des fenêtres de sa maison, il paraît difficile à ce dernier de déceler les
informations sonores produites par les départs des missiles de la zone MASAKA. A ces
distances éloignées, il convient donc manifestement de considérer que les effets sonores
produits lors de ces départs ne pouvaient pas être perçus distinctement, même en
champ libre, en référence à l’étude acoustique.
De cette étude acoustique, les appréciations de ces témoins peuvent nous orienter sur
un tir de ces missiles dans une zone du camp de KANOMBE, proche des maisons
SAINT QUENTIN et PASUCH. Effectivement, les missiles tirés de MASAKA,
respectivement à 2177 m (position ) et à 2722 m (position ) de la maison PASUCH,
ne pouvaient pas être perçus avec une bonne discrimination acoustique pouvait aboutir à
une identification certaine,
Il convient de préciser que dans les six cas de figure étudiés, tout témoin dans le quartier
PASUCH, s’il a été informé en premier lieu par le bruit de l’explosion de l’avion, avait le
temps de voir cet avion tomber en flammes pendant 4 secondes, à condition d’être près
d’une fenêtre orientée vers l’événement ou en dehors de toute habitation. Ensuite, il
pouvait voir à travers les arbres, les lueurs produites par les débris en flammes.
L’information de cette explosion de l’avion, dans le cas où elle est apportée par l’onde
acoustique et non visuellement, implique que la vision du témoin (ou des témoins) soit
orientée dans la direction des tirs, soit vers les positions KANOMBE, soit vers celles de
MASAKA.
Dans ce champ de vision, les trajectoires des missiles partant des positions de tirs
et ne pouvaient être que nettement plus perceptibles que celles des positions et
Ce constat est également valable pour tout témoin du camp de KANOMBE, dont le
regard était orienté dans cette direction,
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C18
Zone de La Porcherie : position
Tout témoin placé dans le quartier PASUCH pouvait entendre le tir du missile 2,40 s
après son départ. Le bruit de l’explosion de l’avion est parvenu à ce témoin 5,48 s après
le départ du missile. L’explosion de l’avion a pu être visible par le témoin 2,5 s après le tir
du missile, soit dans le même temps (à 0,1 s près) que l’arrivée du bruit produit lors de
son départ.
Les enseignements tirés des témoignages :
- deux projectiles se déplaçant à grande vitesse ont été tirés l’un après l’autre en
direction de l’avion en approche de la piste d’atterrissage, aperçus dans le ciel par leur
signature lumineuse,
- les trajectoires de chaque projectile ont été concrétisées par une trace ou traînée
lumineuse qui est la caractéristique, visible de nuit, d’un propulseur de missile sol-air.
Elle constitue un traceur de trajectoire de missiles sol-air, très caractéristiques des
missiles SA16 d’origine soviétique, que nous avons retenu,
- ces deux missiles tirés se déplaçaient de la droite vers la gauche (selon les témoins
placés face à l’approche de l’avion), c’est-à-dire vers l’avion que certains témoins ont
vu « exploser ». Cette explosion très forte a été entendue par la suite par les témoins
relativement les plus proches,
- les traces lumineuses des missiles étaient séparées de quelques secondes, en moyenne
2 à 3 s. Elles convergeaient vers l’avion. C’est le second missile qui a impacté
l’avion sur son côté gauche, l’explosion étant concrétisée immédiatement par une
boule de feu très lumineuse. Le premier missile a manqué l’avion, de peu si l’on s’en
tient à quelques témoignages. Il a poursuivi sa course dans l’air. Son autodestruction sur
trajectoire, survenant une quinzaine de secondes après son lancement, n’a pas été
entendue, couverte par les conséquences de la chute de l’avion et des tirs d’armes
automatiques,
- les directions observées par les témoins n° 1 et n° 4, situées approximativement dans
l’axe de la piste, tout en étant éloignés de l’explosion de l’avion, pourraient correspondre
à une des positions de tir , , ou , situées dans le fond du camp militaire
KANOMBE : cimetière et alentour. Toutefois, la zone MASAKA se situe dans le
prolongement de cette direction. A noter que les témoins ont des difficultés à apprécier
les distances, surtout la nuit,
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C19
- le témoin n° 4 est bien placé, en référence à un angle de bâtiment, pour indiquer que les
traces lumineuses se situent entre KANOMBE et la villa présidentielle,
- tous les témoins qui ont vu « l’explosion » de l’avion évoquent une boule de feu
parfaitement visible, donc de taille et de luminosité importantes, qui a persisté pendant
toute la durée de la chute de cet aéronef,
- les perceptions des événements sonores des témoins de SAINT QUENTIN, VAN
DEENEN, DAUBRESSE et PASUCH, permettent d’indiquer que les bruits des deux
missiles parfois appelés « les deux coups » sont rapprochés. Ils paraissent se situer
« entre 500 et 1000 m. C’était suffisamment proche pour que je crois qu’on attaquait le
camp » d’après le général de SAINT QUENTIN,
- sur l’appréciation visuelle et sonore de ces événements, les témoins se trouvant dans la
maison PASUCH sont susceptibles d’apporter d’autres informations.
Au moment des faits, M. et Mme PASUCH se trouvaient dans la salle à manger dotée de
cette baie, accompagnés de leurs enfants, du Dr DAUBRESSE et de Mme VAN
DEENEN. Cette fenêtre était toujours ouverte, étant équipée d’une moustiquaire, tout
comme les autres fenêtres de cette maison,
- ces témoins ont pu apprécier, pour ceux placés face à la fenêtre, MM. PASUCH et
DAUBRESSE, sur les plans visuel et auditif, les tirs des missiles. La reconstitution des
trajectoires de tous les tirs étudiés, affiche une bonne lecture des événements (hormis
l’explosion de l’avion), comme nous le montrons ci-après :
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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C20
Cette image montre que le témoin pouvait apercevoir très nettement les trajectoires des
missiles tirés, soit du cimetière, soit du bas du cimetière et très difficilement les
trajectoires des tirs de MASAKA. Les différences dans ces appréciations sont
manifestement très nettes, au point d’éviter toute confusion.
Les missiles, par les bruits induits sur trajectoire par leurs propulseurs, pouvaient être
facilement et indiscutablement détectés par les témoins du quartier PASUCH se trouvant
aux environs de 100 et 200 mètres environ des zones de tirs étudiées dans le camp de
KANOMBE. Cela ne peut pas être manifestement le cas des tirs partant de MASAKA, les
effets sonores pouvant être diffus, d’où plus difficilement identifiables.
- si l’on s’en tient à ces témoins particulièrement bien placés, dont les témoignages sont
globalement cohérents, les tirs de missiles de la position , intersection des chemins à
proximité de la maison SAINT QUENTIN doit être écartée. Ce point se trouve à l’arrière
de la baie de cette maison PASUCH, par laquelle les témoins regardaient,
- pour un tir de la position , le témoin Grégoire de SAINT QUENTIN, se trouvant à 100
mètres à l’arrière du départ des deux tirs des missiles, aurait distinctement entendu deux
bruits, de surcroît très intenses. Aucune confusion n’aurait été possible. Ce n’est pas le
cas,
- pour un tir de la position , aucun témoin entendu sur site à KIGALI, ni ceux entendus
par les magistrats instructeurs par la suite, ne font état d’une trajectoire à la verticale de
l’axe d’approche de l’avion, en se plaçant face à son axe d’approche. Cette position peut
d’ores et déjà être exclue.
- il faut préciser que les témoins (face à l’approche de l’avion) ont vu les déplacements des
missiles de la droite vers la gauche, converger vers l’avion. De ce fait, il convient
d’éliminer l’hypothèse de tirs venant de la droite de l’avion, c’est-à-dire par exemple de la
colline de N’déra. Il faut souligner que tous les témoins ont vu les trajectoires des
missiles se diriger vers le côté gauche de l’appareil.
Les enseignements tirés des performances opérationnelles du missile et de son
point d’impact dans l’aile gauche de l’avion :
Positions de tir MASAKA et
Ces deux positions offrent l’avantage d’une bonne acquisition du rayonnement infrarouge
émis par les réacteurs. C’est la meilleure position de toutes celles que nous avons
étudiées.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
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C21
C’est effectivement par le ¾ arrière que l’émission du rayonnement infrarouge est la
meilleure, comme nous l’avons précédemment expliqué, ce qui est connu depuis très
longtemps dans le domaine de la guerre électronique, visant à protéger les plateformes
de combat par des leurres crédibles.
Les distances de l’avion au moment du tir, 2012 mètres pour la position de tir et 1608
mètres pour la position de tir entrent parfaitement dans le domaine opérationnel de tir
de ce système d’arme sol-air : SA16 ou équivalent.
De ces positions, l’acquisition visuelle pouvait être facilement réalisée, l’avion étant vu de
loin. Le tireur avait largement le temps de se préparer pour le tir. C’est à partir de ces
deux positions que la probabilité d’atteinte est la plus élevée de toutes les positions de
tirs étudiées.
Par contre, de par la configuration des réacteurs de l’avion, la source chaude de la cible
se trouve plus haute que le plan de l’aile. L’autodirecteur dirige le missile vers le point
d’impact (barycentre) envisagé dans sa cellule de résolution, étant en amont mais à la
même hauteur que la source chaude. De ce fait, le missile ne peut pas impacter le
dessous de l’aile, dont le plan est plus bas que le lieu d’impact théorique. Il ne peut que
pénétrer le réacteur gauche ou celui de l’arrière.
Or, cela n’a pas été le cas, compte tenu de l’examen des débris montrant que les trois
réacteurs et l’arrière du fuselage ont été épargnés par les effets de l’explosion du missile.
Positions de tir La Porcherie
L’angle d’attaque est frontal : pratiquement 0°. C’est la position la plus défavorable pour
accrocher la source chaude de l’avion : émissivité infrarouge insuffisante. Nous pouvons
même indiquer que l’accrochage ne peut pas être réalisé, interdisant ainsi le tir. La
distance missile-avion au moment du tir, de l’ordre de 671 mètres, est faible, en limite
sinon en deçà des capacités opérationnelles de cette génération de missiles. De plus,
aucun témoin placé à l’avant de l’approche de l’avion n’indique des tirs à trajectoire
verticale. C’est la plus mauvaise des positions de tir étudiées. Cette position de tir est à
exclure totalement.
Positions de tir camp de KANOMBE , et
En matière de rayonnement infrarouge « vu » par l’autodirecteur, l’accrochage de la cible
peut être plus difficile que pour les positions MASAKA. C’est surtout le cas d’avions de
combat à un seul réacteur installé dans l’axe de la cellule.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C22
Dans la configuration du FALCON 50, la source chaude produite par les trois réacteurs
est plus haute et la surface du flux est nettement augmentée. L’énergie radiative n’est
que partiellement masquée par la cellule de l’avion. L’accrochage de cette source
émissive était possible depuis ces positions de tirs.
Les acquisitions visuelles de l’avion pouvaient se faire pendant un temps suffisamment
long pour que le tireur puisse engager la procédure de tir.
Les distances de l’avion au moment du tir, 956 m pour la position 944 m pour la
position et 1099 m pour la position entrent parfaitement dans le domaine
opérationnel de ce système d’arme sol-air.
La probabilité d’atteinte de l’avion est moins élevée que celle des configurations de tirs
MASAKA. Elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l’un d‘eux puisse
toucher l’avion.
Pour ces trois configurations, le missile impacte l’aile gauche par le dessous. Tiré par
l’avant de l’avion, le missile doit traverser le plan de l’aile avant d’atteindre le point
d’impact théorique (barycentre) envisagé dans sa cellule de résolution. Dans ces
conditions, c’est l’explosion du réservoir et la formation de la boule de feu, ce qui est
cohérent avec l’événement survenu constaté par les témoins.
Lieux de tirs possibles et lieux pouvant être au contraire exclus
Le faisceau de points de cohérence qui se dégage des études que nous avons conduites
nous permet de privilégier comme zone de tir la plus probable, le site de KANOMBE. Dans
cette zone s’inscrivent les positions et (la position ayant été écartée précédemment)
c’est-à-dire le cimetière actuel et le bas du cimetière, sur un espace compris entre les
façades arrière des trois maisons des ressortissants belges dont celle des époux PASUCH,
et le sommet de la colline surplombant la vallée de NYAGARONGO. Le fait que nous
privilégiions ces deux positions et ne signifie pas que les missiles n’ont pas pu être
techniquement mis en oeuvre dans un périmètre un peu plus étendu. Nous considérons
qu’une zone étendue vers l’Est et le Sud, de l’ordre d’une centaine de mètres voire plus,
sous réserve d’avoir un terrain dégagé vers l’axe d’approche de l’avion, peut être prise en
compte.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C23
Ces points de cohérence sont :
- le missile peut percuter le dessous de l’aile gauche pour exploser dans la partie
correspondante du réservoir de kérosène, justifiant ainsi et c’est la seule condition, les
endommagements mécaniques et thermiques importants constatés sur cette aile et la
formation de la boule de feu qui a accompagné l’avion dans sa chute,
- l’acquisition visuelle de l’avion possible pendant un temps suffisamment long pour que le
tireur puisse engager la procédure de tir, aboutissant à l’accrochage de la source chaude
de la cible (possible par l’énergie radiative de surface élevée), nécessité incontournable
pour déclencher le tir,
- les distances de l’avion au moment de l’accrochage et du tir entrent parfaitement dans le
domaine opérationnel du système d’arme sol-air retenu,
- le bruit du départ des missiles est entendu distinctement avant la vision de
l’explosion de l’avion, ce qui a pu permettre à tout témoin dans la maison PASUCH de
voir nettement les trajectoires de ces projectiles se déplaçant à très grande vitesse vers
le côté gauche de l’avion, pendant 3 à 3,5 s environ, c’est-à-dire pendant presque tout le
temps de parcours desdits missiles.
Quant aux deux sites de tir de MASAKA, positions et nous avons été conduits à les
écarter en raison des incohérences suivantes :
- le missile ne peut pas venir percuter le dessous de l’aile gauche. Par cette attaque par le
¾ arrière, il pouvait aboutir dans le réacteur gauche, au-dessus du plan de cette aile,
c’est-à-dire en dehors du réservoir de carburant. L’explosion du missile aurait détruit le
réacteur et percé éventuellement une partie du fuselage. Le kérosène du réservoir
n’aurait pas explosé, formant ladite boule de feu,
- les bruits du départ des missiles ne pouvaient pas être entendus distinctement compte
tenu de l’éloignement de ces positions vis-à-vis du témoin de référence. En outre, le bruit
de ces tirs ne pouvait être entendu par tout témoin dans la maison de référence
PASUCH qu’après la perception visuelle de l’explosion de l’avion : 0,45 s pour la
position et 1,50 s pour la position et non auparavant, comme dans les
configurations de tirs de KANOMBE. En conséquence, les trajectoires des missiles n’ont
pas pu être aperçues à la suite de l’information sonore donnée par lesdits missiles,
- les trajectoires des missiles ne peuvent pas être aperçues distinctement compte tenu de
l’éloignement. De plus, le lieu de ces tirs est masqué par le sommet de la colline, étant
plus bas de 100 mètres environ, empêchant de voir le premier tiers environ de la
trajectoire des missiles.
Destruction en vol du Falcon 50 – KIGALI (RWANDA)
Instruction n° 2272/00/13&1341 – Parquet n° 9729523030
C24
Des lieux possibles des tirs qui se dégagent de nos travaux d’expertise, chaque missile a été
tiré par un opérateur différent. Ils pouvaient être distants de quelques mètres, voire d’une
vingtaine de mètres.
A ce rapport d’expertise est associé celui de l’expert acousticien, conformément à la mission
des magistrats instructeurs.
Les experts remettent en conséquence un rapport d’expertise en deux exemplaires et
attestent qu’ils ont personnellement accompli la mission qui leur a été confiée.
D. VAN SCHENDEL C. OOSTERLINCK
J. SOMPAYRAC O. CHAVANIS
J. HUON

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